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Bouleversant Miljenko Turk dans Billy Budd

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Cologne. Opernhaus. 27-V-2007. Benjamin Britten (1913-1976) : Billy Budd, opéra en deux actes sur un livret de Edward Morgan Forster et Eric John Crozier d’après Herman Melville. Mise en scène : Willy Decker, reprise par Alexander Edtbauer. Décors et Costumes : Wolfgang Gussmann. Lumières : Hans Tœlstede. Avec : Douglas Nasrawi, Edward Fairfaix Vere ; Miljenko Turk, Billy Budd ; Johannes von Duisburg, John Claggart ; Samuel Youn, Mr. Redburn ; Andrew Collis, Mr. Flint ; Dieter Schweikart, Lieutenant Ratcliffe ; Johannes Preißinger, Red Whiskers ; Julian Krüper, Donald ; Ulrich Hielscher, Dansker ; Martin Finke, Squeak, Musa Nkuna, Le novice ; Orlandp Mason, Bosun ; David Pichlmaier, Le Premier Maître ; Raphael Schwarzer, le Second Maître. Maîtrise de la Cathédrale de Cologne (chef de chœur : Eberhard). Chœur de l’Opéra de Cologne (chef de chœur : Andrew Ollivant). Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Enrico Dovico.

Cela pouvait paraître osé. Alors que les grandes maisons, pour distribuer Billy Budd, se disputent les Keenlyside, Gunn et autres Skovhus, l’Opéra de Cologne mise sur un jeune membre de sa troupe, à peine âgé d’une trentaine d’années. Certes, Miljenko Turk fait partie des talents les plus prometteurs, certes son physique de grand garçon le prédispose quasiment au rôle du jeune marin. Mais vocalement, serait-il à la hauteur d’un emploi bien plus lourd que les rôles de baryton purement lyrique qu’il aborde habituellement ? Nous étions donc à la fois curieux et sceptiques…

Mais disons-le d’emblée, a su balayer tout scepticisme. Scéniquement, on ne peut faire mieux. Juvénile et souriant, son jeu étant d’un naturel confondant, Turk incarne à merveille le jeune marin à la fois aimable et naïf. Et pourtant, c’est le côté vocal qui nous impressionne le plus. Depuis que nous suivons la carrière du jeune chanteur, la voix a gagné en puissance, notamment dans le bas médium. Deux ou trois notes graves mises à part, la tessiture du rôle ne lui pose donc aucun problème. Et grâce à une projection parfaite de la voix, l’orchestre, par moment assez fourni, ne le met jamais en danger. S’il nous convainc donc dès le premier acte, c’est au deuxième qu’il nous fait pleurer. La scène de la prison est d’une telle beauté, si nuancée, si pure et à la fois si bouleversante. Chapeau !

Mais Billy Budd n’est pas un opéra où une seule star peut sauver la soirée. Au contraire, il faut un vrai travail d’équipe – et c’est là que l’Opéra de Cologne se montre habituellement sous son meilleur jour. Cette reprise n’est pas une exception. Ainsi, la mise en scène de , datant de 1992, a-t-elle été reprise avec soin par Alexander Edtbauer. Avec des décors stylisés et costumes d’époque (chose désormais assez rare en pays germanique !), elle mise surtout sur la direction d’acteurs, de bout à bout convaincante, sans d’ailleurs trop mettre en avant la question de l’homosexualité. La distribution des nombreux seconds rôles frôle l’idéal. Citons notamment et , très impressionnants en Mr Redburn et Mr Flint, l’excellent novice de et le Dansker particulièrement émouvant de .

Claggart et Vere enfin, ont été confiés à des artistes invités. Johannes von Duisburg campe un vilain plus vrai que nature, à la fois dangereux et fascinant, dont la voix un peu brute s’accorde merveilleusement au personnage. Le capitaine de Douglas Nasrawi laisse en revanche une impression plus mitigée. Très crédible sur scène et très nuancé, il dérange néanmoins avec son émission constamment serrée.

Au pupitre d’un Gürzenich-Orchester brillant de tous feux, au son à la fois sonore et souple, livre une lecture tout à fait professionnelle, intense et captivante et très respectueuse envers les chanteurs. Le public – malheureusement assez clairsemé – s’est montré enthousiaste, notamment pour . Celui-ci prépare ses débuts dans un autre rôle très important : en automne 2007, il sera Wolfram dans une nouvelle production de Tannhäuser.

Crédit photographique : Douglas Naswari (Vere) & Miljenko Turk (Billy Budd) © Klaus Lefebvre

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Cologne. Opernhaus. 27-V-2007. Benjamin Britten (1913-1976) : Billy Budd, opéra en deux actes sur un livret de Edward Morgan Forster et Eric John Crozier d’après Herman Melville. Mise en scène : Willy Decker, reprise par Alexander Edtbauer. Décors et Costumes : Wolfgang Gussmann. Lumières : Hans Tœlstede. Avec : Douglas Nasrawi, Edward Fairfaix Vere ; Miljenko Turk, Billy Budd ; Johannes von Duisburg, John Claggart ; Samuel Youn, Mr. Redburn ; Andrew Collis, Mr. Flint ; Dieter Schweikart, Lieutenant Ratcliffe ; Johannes Preißinger, Red Whiskers ; Julian Krüper, Donald ; Ulrich Hielscher, Dansker ; Martin Finke, Squeak, Musa Nkuna, Le novice ; Orlandp Mason, Bosun ; David Pichlmaier, Le Premier Maître ; Raphael Schwarzer, le Second Maître. Maîtrise de la Cathédrale de Cologne (chef de chœur : Eberhard). Chœur de l’Opéra de Cologne (chef de chœur : Andrew Ollivant). Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Enrico Dovico.

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