La lente agonie de l’Orphée de Stefano Landi

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Stefano Landi (1586-1639) : La morte d’Orfeo. Cyril Auvity, Orfeo ; Guillemette Laurens, Teti, Calliope ; Dominique Visse, Bacco, Caronte ; Jan van Elsacker, Ireno, Fileno ; Damien Guillon, Lincastro, Fosfore ; Aurore Bucher, Aurora, Nisa, Euridice ; Emmanuel Vistorky, Hebro, Giove ; Vincent Lesage, Apolline, Furore ; Bertrand Dazin, Mercurio ; Geoffroy Buffière, Fato ; Cécile Kempenaers, Céline Vieslet, Laurence Renson, tre euretti ; Massimo Moscardo, Eero Palviainen, Bernard Zonderman, certerone, théorbes, archiluths, guitare, tiorbono ; Marina Bonetti, harpe ; Matthieu Lusson, Sylvia Abramowicz, Claas Harders, violes, violone, lirone ; Laurent Stewart, Emmanuel Mandrin, Sébastien Wonner, clavecin, orgue, épinette ; Veronika Skuplik, Frédéric Martin, violons, lira da braccio ; Frithjof Smith, Gawain Glenton, cornets, flûtes ; Simen Van Mechelen, Pascal Gonzales, Franck Poitrineau, saqueboutes ; Adrian Rovatkay, dulciane ; Thierry Gomar, tambourin, cymbales antiques ; reconstitution et direction : Françoise Lasserre. 2 CD Zig Zag territoires ZZT070402. Enregistré du 3 au 11 janvier 2006 à l’Eglise Notre-Dame du Liban à Paris. Notice : français, anglais. Durées : 74’13’’et 76’55’’.

 

Qu’advint-il d’Orphée après le retour d’Eurydice aux enfers ? La légende raconte que, désespéré de cette perte définitive, il commença à haïr les femmes, et se mit même à prêcher l’homosexualité. Les Ménades, pour se venger d’avoir été abandonnées, le mirent en pièce. Sa tête épargnée descendit le fleuve Ebre jusqu’à l’île de Lesbos, où elle fut enterrée, et sa lyre devint une constellation.

Cinquième adaptation orphique après les deux Euridice de Peri et Caccini, L’Orfeo monteverdien et L’Orfeo dolente de Belli et Chiabrera, c’est cette partie du mythe qu’a choisi d’illustrer dans La morte d’Orfeo, composé et publié en 1619, dont il écrivit aussi probablement le livret. Choix en vérité lourd de sens, car la perte d’Eurydice et la condition de sa résurrection étant ainsi occultées, il n’existe plus véritablement d’enjeu dramatique au livret. Tel n’était d’ailleurs pas le propos du compositeur, encore soumis aux lois de la favola in musica d’inspiration pastorale, donnant la prédominance au texte sur la musique, et tendant à favoriser l’intérêt littéraire et poétique du livret plutôt que l’action.

Hélas ! Nous sommes à notre époque fort peu à pouvoir ressentir la beauté de l’italien du XVIIe siècle, et l’absence de ressort dramatique, même sur une musique splendide, se fait sentir. Dès le curieux premier acte, construit comme un prologue, dans lequel la déesse Thétys annonce presque immédiatement la mort prochaine d’Orphée, tout est dit. La suite consistera en pastorales, conversations, déplorations…

Est-ce aussi la reconstitution et la direction de qui uniformise l’ambiance ? La partition ne manque pourtant pas de morceaux saillants, comme un trio des vents ébouriffant, à tous les sens du terme, ou la scène de Nysa, ponctuée par les interventions de l’écho qui donne un sens nouveau à ses déclarations, mais rien n’y fait. On ne peut qu’apprécier la beauté de la musique et la qualité de l’interprétation, tout en y restant extérieur. Même le déjanté , interprétant l’air de Charon sur les eaux du fleuve Léthé comme une chanson à boire, nous laisse de marbre !

On n’a rien à redire sur l’interprétation pourtant, et on loue les fort jolies voix de , ou , qu’on a déjà entendues et appréciées par ailleurs ; on reconnaît une belle présence, avec malgré tout des tiraillements dans l’aigu, à . Tous se partagent une multitude de rôles, car l’intrigue fourmille de personnages : des dieux (Thétys, Mercure, Apollon, Bacchus…) des figures allégoriques (le Destin, la Fureur) des éléments (les vents, l’Ebre) et aussi des bergers, des satyres, des ménades… Mais… rien ne fait disparaître cette vague sensation d’enlisement…

Quelques pièces instrumentales de Francesco Usper, Biagio Marini, Dario Castello, Giovanni Gabrielli, Andrea Falconieri, ont été insérées, habitude courante à l’époque de la création.

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