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Kryštof Mařatka : la terreur selon Daniil Harms

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Paris. Grand Salon de l’Hôtel National des Invalides. 8-VI-2007. Antonin Dvořák (1841-1904) : Bagatelles op. 47. Kryštof Mařatka (né en 1972) : Le Corbeau à quatre pattes. Alain Carré & Vincent Figuri, récitants ; Ensemble Calliopée, direction : Kryštof Mařatka.

Félicitons tout d’abord les solistes de l’ qui ont remplacé le poussif harmonium demandé par Dvořák dans ses Bagatelles par un accordéon. Le principe de phonation est le même, mais avec des possibilités de dynamiques bien supérieures. Si ces petites pièces, outre l’instrument à anches libres (tenu par ), deux violons ( et ) et violoncelle () ont bénéficié d’une interprétation vivante et engagée, elles n’ajoutent en rien à la gloire de leur auteur.

Le Corbeau à quatre pattes, évènement de la soirée a, malgré l’exiguïté et le faste des lieux, gardé tout de son mordant, de sa verve et surtout de son désespoir. Œuvre hybride, à mi-chemin entre le théâtre musical et la cantate dramatique, elle est basée sur des textes du poète russe (1905-1942), talent créateur fauché par la « Terreur stalinienne », maître de la petite forme, de la prose, de l’absurde et de l’ironique désespéré, à l’instar de son contemporain Mikhaïl Boulgakov. a choisi plusieurs de ses textes, qu’il a réunis et illustrés d’une musique dont Stravinsky en serait le grand-père et Ligeti, le père.

Tout un bric-à-brac sonore est convoqué : les récitants se mettent à l’harmonica et au kazou, les instrumentistes chantent une fausse liturgie orthodoxe ou manient appeaux, sifflets, sacs en cartons et ballons de baudruche (plus un ocarina pour le clarinettiste) dans une espèce de désordre joyeux qui avait valu à cette œuvre une création triomphale lors du dernier festival Présence. Tout n’y est que distanciation et ironie, jusqu’à la fausse fanfare finale. Les trois « pauses » fictives où chacun nettoie son instrument, se remaquille, plaisante avec son voisin, téléphone, … forment une mise en abyme originale du cérémonial du concert.

Saluons les performances d’ et , dont le travail ne s’est pas simplement limité à la lecture des textes de  : les exigences de la partition (textes chantés, récités en rythme) sont alliées à quelques déplacements scéniques et mimes. Malheureusement l’amplification des voix n’a pas été à la hauteur…

Crédit photographique : – DR

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Paris. Grand Salon de l’Hôtel National des Invalides. 8-VI-2007. Antonin Dvořák (1841-1904) : Bagatelles op. 47. Kryštof Mařatka (né en 1972) : Le Corbeau à quatre pattes. Alain Carré & Vincent Figuri, récitants ; Ensemble Calliopée, direction : Kryštof Mařatka.

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