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Paris. Salle Pleyel. 12-VI-2007. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8 en ut mineur (version Nowak 1890). Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, direction : Marek Janowski.

L’, placé sous la présidence de S. A. R. la Princesse de Hanovre fête ses 150 ans avec Bruckner. Dédiée à l’Empereur François-Joseph, la Symphonie n°8 fut élaborée entre 1884 et 1887. Le refus par l’illustre chef wagnérien Hermann Levi de la diriger mit le compositeur au bord du suicide. Comme pour la plupart de ses symphonies, Bruckner la remania. Elle fut créée à Vienne en 1892, dans la dernière version, celle de Nowak, élève du compositeur.

Œuvre romantique, a-t-on dit. Certes, mais à condition d’y voir ce qu’on pourrait appeler « la symphonie du voyageur ». Non pas le Wanderer de Schubert, ni celui de Wagner, mais le marcheur qui a entrepris la traversée d’un paysage alpestre mué en paysage intérieur. Une ascension mystique vers la lumière, ou plutôt une suite d’ascensions, menant toujours plus loin de mouvement en mouvement, vers l’apothéose finale, non sans affres, non sans cette nostalgie poignante qui alterne avec la contemplation joyeuse des sommets. Quelque chose comme l’» Ascension du Mont Ventoux » de Pétrarque. En dépit des méandres et des reprises motiviques, des idées déroulées à perte de vue (ce qui ne doit pas faciliter la mémorisation, soit dit en passant), Janowski sait magistralement structurer l’œuvre en l’organisant autour, d’une part, du pôle rythmique de la marche, si élargi soit- il, comme dans l’Adagio, d’autre part, en dosant les dynamiques, grâce à des fortissimi progressifs et non répétés de façon statique, en particulier dans le premier mouvement, allegro moderato et dans le final.

En fait, deux conceptions de cette symphonie s’affrontent : celle qui voit avant tout en Bruckner un compositeur nourri de Wagner et celle qui reconnaît la spécificité de son écriture, héritière, bien sûr, de Beethoven et de l’auteur du Ring mais également novatrice et préfigurant tout aussi bien celle de Richard Strauss. Un exemple de la première option, celle que proposait, en mars dernier, Christian Thielemann à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Vienne, au Théâtre des Champs-Elysées : les brusques fortissimi, écrasants, où ressortissaient à l’excès les dissonances, la noirceur des basses, digne de l’âme de Hagen succédant à des pianissimi que seul cet orchestre peut s’offrir tant ils étaient subtils, autant d’effets cassant l’œuvre et en faussant les perspectives. Sans parler de l’agressivité de la marche à l’entrée du final, comme si les chevaliers teutoniques envahissaient soudain l’Europe. Lors de ce concert avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, à l’inverse, Janowski reste fidèle au sens de la partition : les fortissimi sont savamment gradués, du moins fort au plus fort, au plus éclatant suivis une lente descente modulée par le quatuor, envahie souvent par une tristesse insondable qui fait songer à l’errance de Kundry dans la forêt. Les éléments noirs sont gommés au profit de la luminosité des mélodies, par exemple dans le deuxième mouvement, auquel la clarté des hautbois et des clarinettes confère avec justesse une atmosphère pastorale. La noble gravité de l’Adagio, le velouté bien rare des cordes, notamment des altos, l’humble profondeur de l’interprétation sont inoubliables. Les cuivres, dont huit cors, d’une justesse et d’une précision exemplaires, sans jamais couvrir les autres instruments, donnent à l’écriture de Bruckner toute sa force rayonnante. Ainsi, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, en sept ans seulement de travail sous la direction de , a accompli une véritable métamorphose, enrichi désormais, grâce à l’obstination de son chef, de quinze nouveaux instrumentistes, bien nécessaires à une telle phalange.

Symphonie du voyageur, mais symphonie des adieux aussi, où les regrets alternent avec l’espérance. C’est sans doute pour cette émouvante raison qu’après avoir été seize ans à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, l’a offerte au public parisien avant de le quitter. Comme il nous l’offrit le 12 Juin pour son adieu à Monaco. Nombreux, ce soir-là, étaient les solistes qu’il avait dirigés à la tête de son « Philhar », ses anciens musiciens de Paris, ses amis, venus fidèlement l’écouter, l’acclamer et lui souhaiter un avenir glorieux.

Ce concert sera diffusé sur France-Musique le 5 août prochain à 21h30

Crédit photographique : © Guy Vivien

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Paris. Salle Pleyel. 12-VI-2007. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8 en ut mineur (version Nowak 1890). Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, direction : Marek Janowski.

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