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Cenerentola brillante mise en scène par Paul Curran

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Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola. Mise en scène : Paul Curran. Décors : Pasquale Grossi. Costumes : Zaira De Vincentiis. Lumières : Claudio Schmid. Avec : Sonia Ganassi, Angelina, la Cenerentola ; Antonino Siragusa, Don Ramiro, prince de Salerne  ; Alfonso Antoniozzi, Don Magnifico ; Carla Di Censo, Clorinda ; Paola Gardina, Tisbe  ; Simon Orfila, Alidoro  ; Marco Vinco, Dandini. Chœur et orchestre de l’Opéra Carlo Felice de Gênes, direction : Renato Palumbo. 2 DVD TDK (ASIN : 8 24121 00223 7). Enregistré en mai 2006 au théâtre Carlo Felice de Gênes. Sous titrages en anglais, allemand, français, italien, espagnol. Réalisateur : Gino Rossi. Durée : 2 h 49.

 

La Cenerentola reste, devant l’histoire, l’œuvre qui affirma définitivement aux oreilles du public romain le génie du jeune Rossini (à peine âgé de 25 ans), après le houleux succès du Barbiere di Siviglia au théâtre Argentina de la même ville, en février 1816. Ayant offert La Gazzetta et Otello aux théâtres napolitains, Rossini retourna donc presque aussitôt à Rome pour la création de La Cenerentola, le 25 janvier 1817. L’argument repose sur l’histoire de Cendrillon, trop universellement connue pour qu’il soit ici utile de la rapporter. Avec cet opéra, il semble soudain que le musicien se détourne de la veine burlesque et cherche à mieux exploiter l’humanité de ses personnages, tendance déjà perceptible, c’est à noter, dans Il Barbiere di Siviglia. Cependant, le rôle-titre est confié à une contralto coloratura, le compositeur restant fidèle au principe de l’ornementation vocale. En dépit de très hautes réussites comiques (tel le sextuor en mi bémol du second acte), La Cenerentola consacre en effet l’émergence d’une nouvelle race d’héroïnes, mélancoliques et sentimentales ; Bellini saura en retenir la leçon, dès La Sonnambula.

À l’occasion de sa création au Théâtre Valle en janvier 1817, La Cenerentola fut applaudie sans réserve, tant pour la richesse mélodique de ses airs, pourtant parcimonieusement distribués, que pour la vitalité rutilante de ses ensembles et la dynamique dramatique de ses chœurs. Mais dans le même temps, le public salua, tout au long des deux actes découpant l’action, l’étonnante métamorphose musicale du célèbre petit conte. Si Angelina est sœur de Rosine par sa séquestration arbitraire et ses rêves d’amour, elle s’en différencie profondément par la condition sociale et la cœrcition domestique. Son drame est celui, si fréquent alors, d’une forme moderne d’esclavage domestique. Apparemment, point de salut pour cette innocente victime d’un destin dont elle-même a du mal à mesurer l’iniquité. Et pourtant, au gré des épisodes formant progressivement la trame enchantée de son sauvetage, elle franchit tous les obstacles comme en se jouant, sans manifester la moindre acrimonie, sans exprimer la moindre amertume, sans même marquer le plus petit signe de revanche au moment de son triomphe terminal. La constance dans l’adversité et le pardon de la victime à ses bourreaux (mal) repentis, tels sont donc les ressorts dramatiques d’un opéra explicitement sous-titré « Le triomphe de la bonté ».

Filmée à l’Opéra Carlo Felice de Gênes en mai 2006, mais créée à Naples deux ans plus tôt, la production dirigée par , admirablement servie par tous ses interprètes et mise en scène par , fait donc l’objet d’une édition DVD dont personne ne songera à contester la saine et brillante réussite. Écartés tous les clichés relatifs à la musique du « gros homme gai », abolies toutes les références au comique troupier dont l’accablèrent tant de massacreurs diligents par le passé, évacuées toutes les tentations d’un humour réduit aux effets de la grosse caisse et du crescendo systématique ! Ici, tous les protagonistes semblent s’être donné le mot pour privilégier la finesse psychologique et l’ingéniosité dramatique. Les chanteurs font tous preuve d’évidentes qualités de comédiens, ne forçant jamais le trait, assurant le difficile équilibre entre une prestation vocale nécessairement virtuose et une tenue en scène fondée pour l’essentiel sur le naturel des attitudes et la clarté des expressions. Il semble bien ici que le metteur en scène ait retenu la grande leçon du regretté – et jamais remplacé – Jean-Pierre Ponnelle. Le décor sollicite une esthétique Art Nouveau qui renvoie à l’élégance surannée de la première décennie du XXe siècle ; la direction très sûre – par moments presque implacable – de favorise les effets automatiques voulus par le compositeur dans ses ensembles conçus comme de scintillantes mécaniques rythmiques. Souvent, la prise de risque ajoute à l’intensité scénique, mais la sûreté des interprètes finit par créer une curieuse et jubilatoire certitude d’infaillibilité lors même que la moindre erreur serait de nature à provoquer une catastrophe musicale.

Au sein de cette réussite collective, il semble presque déplacé de saluer les prestations individuelles. Pourtant, le mezzo cuivré et agile de (Angelina) est en soi une heureuse surprise, tant l’aplomb lyrique et la fougue incandescente nourrissent et varient son chant d’une impeccable justesse de ton et de ligne. Lui offrant une digne réplique, (Don Ramiro) témoigne de qualités parentes, avec un soin particulier porté à l’émission du registre aigu. À leurs côtés, le trio des voix masculines profondes, Alfonso Antoniozzi (Don Magnifico), Simon Orfila (Alidoro) et (Dandini) et le duo des sœurs futiles et vaniteuses, Carla Di Censo (Clorinda) et (Tisbe) complètent superbement la chatoyante fresque sonore du maître de Pesaro.

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