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L’éthique de Richard Strauss en musique … de chambre !

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Richard Strauss (1864-1949) : Les Métamorphoses, version pour septuor à cordes de Rudolph Léopold (né en 1954) ; Quatuor avec piano en do mineur op. 13  ; Prélude de Capriccio. The Nash Ensemble. 1 CD Hyperion CDA 67574 ; Code barre : 0 34571 17574 4. Enregistré à Londres du 12 au 14 avril 2006 ; Notes en anglais, français et allemand ; Durée totale : 77’33’’.

 

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est un musicien complet qui a abordé tous les genres musicaux avec succès. Pourtant c’est en tant que compositeur de musique vocale que son génie est le plus éclatant et le plus universellement reconnu. Ce CD de musique de chambre a donc un air de curiosité plutôt engageant. Que peut-t-il nous apprendre sur  ? En fait, beaucoup et peu à la fois : est un homme qui croyait en la culture, un musicien savant autant que sensible, en lien profond avec son époque.

Le Quatuor avec piano date de 1885, Capriccio de 1941, les Métamorphoses de 1945 accompagnant le trajet d’une vie qui traversa une des époques les plus noires de la civilisation.

Avec les Métamorphoses, ce récital nous plonge d’emblée dans l’inquiétude et la souffrance. Cette œuvre fut composée par Strauss dans un moment de grand abattement, en pleine guerre. La version que le nous propose revient aux sources. Car avait d’abord composé cette pièce pour un septuor à cordes avant de l’amplifier en la publiant en 1945 pour 23 cordes. Cette version, dans cette interprétation tout à fait magistrale, nous entraîne dans un abîme de douleur.

La beauté des sonorités, la précision des attaques, la richesse des nuances et la souplesse des phrasés, tout est mis au service de la profondeur du propos. Nul doute que dans cette version beaucoup plus recueillie, comme concentrée, parfois âpre, le tourment d’une société qui a connu les pires crimes contre l’humanité retrouve un miroir désolant. Ici, à l’écoute de cette version, on ne peut que revivre les affres de la conscience douloureuse, face à l’horreur dont l’homme est capable. C’est tout l’art d’un compositeur de génie qui, certainement conscient de la force noire de sa composition, l’a habillée du brillant de nombreuses cordes avant de la publier. Après un tel voyage dans les ténèbres il faut reprendre son souffle, ou s’abandonner à la désolation pour longtemps.

Le quatuor avec piano est parfaitement capable de nous revivifier. Œuvre de jeunesse, elle représente un hommage très appuyé à Brahms et plus subtil à Schumann, peut être aussi à Schubert. Composition grandiose, sans grandiloquence, très charpentée, elle semble frappée du sceau de la solidité et de la force vive de la jeunesse. À rebours nous mesurons le parcours musical et humain de Strauss. L’interprétation contrastée, brillante de l’ensemble fait merveille. Il est vraiment difficile de croire que cette œuvre est du Richard Strauss. Le joue le jeu avec un humour discret. C’est un véritable régal.

La troisième œuvre au programme est le Prélude de son ultime opéra, Capriccio. Toujours avec l’ampleur qui le caractérise et qu’une fosse d’opéra réclame, Richard Strauss fait débuter cette « conversation en musique » (le thème de Capriccio est la dualité entre le librettiste et le compositeur d’un opéra) par un sextuor à cordes. L’interprétation est sensible, mélancolique avec élégance, rassurante en sa parfaite maîtrise. Elle sonne ici bien plus musique de chambre que prélude d’opéra, et surtout le souvenir des Métamorphoses nous permet toutefois de deviner ce qui se cache sous cette musique à l’émotion feutrée.

La prise de son est tout du long admirable. L’iconographie de la pochette est spectaculaire, reprenant une œuvre très suggestive de la surréaliste Marie Cerminova Toyen.

Voilà un CD qui permet de connaître en profondeur l’éthique d’un musicien, qui en fin de compte est bien moins superficiel qu’il n’y paraît. L’interprétation du Nash Ensemble est superlative.

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Richard Strauss (1864-1949) : Les Métamorphoses, version pour septuor à cordes de Rudolph Léopold (né en 1954) ; Quatuor avec piano en do mineur op. 13  ; Prélude de Capriccio. The Nash Ensemble. 1 CD Hyperion CDA 67574 ; Code barre : 0 34571 17574 4. Enregistré à Londres du 12 au 14 avril 2006 ; Notes en anglais, français et allemand ; Durée totale : 77’33’’.

 
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