Les Trios avec piano de Cécile Chaminade à réévaluer
La musique de Cécile Chaminade mérite bien plus que l'étiquette « salonarde » qui lui est parfois attribuée. La preuve avec ses deux Trios avec piano de très haute volée.
Comme beaucoup de compositrices de la fin du XIXᵉ siècle et du début du XXᵉ siècle, Cécile Chaminade (1857-1944) a trop souvent été cantonnée dans la « musique de salon ». Il existe pourtant tout un pan de sa musique de chambre qui mériterait d'être jouée dans les grandes salles de concert. A l'image des deux superbes Trios avec piano qui viennent d'être enregistrés sur le label italien Da Vinci Classics par trois jeunes interprètes méconnues mais convaincues : Tatiana Larionova (piano), Sara Pastine (violon) et Martina Biondi (violoncelle).
Bien sûr, l'influence romantique de Felix Mendelssohn et surtout de Robert Schumann est clairement perceptible dans le Trio n°1 en sol mineur op.11 (1881). La jeune compositrice de 24 ans, encouragée par Camille Saint-Saëns et Georges Bizet, cherche à bien faire dans la forme longue, respectant scrupuleusement les règles harmoniques et de développement de ses maîtres. Pourtant, dès le thème introductif de l'Allegro, incisif et vigoureux, immédiatement suivi d'un thème léger d'une grande chaleur expressive, on sent qu'il y a là une « patte » assez personnelle, un discours tout en contrastes qui va entraîner l'auditeur jusqu'au bout. Ce premier mouvement est un coup de maître, les trois autres étant un peu plus conventionnels, malgré un presto virevoltant quasi « mendelssohnien ». On aurait aimé un peu plus d'engagement de la part des trois jeunes interprètes, que l'on sent un peu timides, et guères flattées par une prise de son assez sèche, mais qui n'entame pas le plaisir de la découverte.
Le véritable chef-d'œuvre est cependant le Trio n°2 op.34 en la mineur (1887). On sent cette fois plus de maturité et d'audace dans cette pièce à nouveau pleine de contrastes. A l'image de l'introduction, allegro moderato, élégiaque et véhémente, surprenante même de rudesse pour une compositrice à qui colle une image tenace de préciosité. Le grand thème lyrique et tendre qui s'enchaîne montre à quel point Cécile Chaminade savait équilibrer les contrastes. Le mouvement central, lento, est une pure merveille, comme un air d'opéra où violon et violoncelle semblent enlacés par l'accompagnement immuable du piano. Avant un final à nouveau surprenant de « virilité ». Le trio Larionova/Pastine/Biondi s'empare avec beaucoup plus de conviction de cette page magnifique, sans toutefois égaler la puissance de la version du Trio Chausson (Mirare).
Ce disque, qui propose également trois charmants Morceaux pour violon et piano, a toutefois le mérite de compléter une discographie assez pauvre, en proposant sur un même album les deux Trios, à ne vraiment pas négliger.
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