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Florent Schmitt : Gloire au Seigneur !

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Florent Schmitt (1870-1958) : Psaume XLVII op. 38 ; Suite sans esprit de suite op. 89 ; La Tragédie de Salomé op. 50. Christine Buffle, soprano (Psaume) ; Jennifer Walker, soprano (Tragédie) ; Charles Humphries, orgue. Chœur et BBC National Orchestra of Wales, direction : Thierry Fischer. 1 CD Hyperion CDA67599. Code barre : 034571175997. Enregistré les 24 et 25 octobre 2006 au Brangwyn Hall, Guildhall, Swansea. DDD. Notices trilingues (anglais, français, allemand) excellentes. Durée : 78’19.

 

Les publications consacrées à sont bien trop parcimonieuses pour ne pas considérer avec sympathie cette production du label anglais Hyperion. Déjà à l’époque du microsillon, Jean Martinon avait, le premier, imposé le couplage Psaume 47Tragédie de Salomé avec les forces de la Radio-Télévision Française et, pour le Psaume, le concours du superbe organiste Gaston Litaize (EMI). Seul, à l’ère du CD, Marek Janowski avait honoré les deux partitions de Schmitt avec le même orchestre chez Erato/Warner. Il convient toutefois de ne pas oublier les versions pionnières de Georges Tzipine pour le Psaume 47 avec l’incomparable Maurice Duruflé à l’orgue et surtout la soprano inégalée Denise Duval, et pour La Tragédie de Salomé celles de Pierre Dervaux (EMI) et de Paul Paray (Mercury), sans compter la gravure 78 tours du compositeur lui-même.

Le CD Hyperion nous propose de manière particulièrement généreuse (plus de 78 minutes) non seulement les deux grandes fresques précitées, mais aussi la très rare Suite sans esprit de suite, œuvre à l’orchestration plus légère qui, placée entre les deux imposantes partitions, leur apporte un intermède bienvenu. Le Psaume 47 op. 38 (1904) est une page grandiose comme on savait encore en écrire à cette époque : composé pour soprano, chœur mixte, orgue et grand orchestre, il fut présenté comme envoi de Rome, son auteur ayant remporté le Premier Grand Prix de Rome en 1900 avec la cantate Sémiramis. Œuvre au fort parfum d’exotisme oriental, tour à tour sauvage ou d’une langueur sensuelle lancinante, le Psaume 47 amena Léon-Paul Fargue, le poète ami de Schmitt et de Ravel, à clamer son enthousiasme devant « cet orchestre de triphtongues, de saxotartes, de trimbalets, de tromboches, de pangibles et de fusils… » Et la presse française de bientôt voir en « le nouveau Berlioz » ! En attendant Arthur Honegger …

D’un orientalisme non moins somptueux, La Tragédie de Salomé op. 50 fut à l’origine un ballet pour petit ensemble d’une vingtaine de musiciens (1907) sur un argument de l’écrivain Robert d’Humières ; Schmitt en extrait environ la moitié de la musique dans une Suite symphonique pour grand orchestre (1909), qui eut un succès retentissant, conforté par le mot célèbre de Stravinsky à qui elle est dédiée : « Que c’est beau ! C’est un des plus grands chefs-d’œuvre de la musique moderne. » Stravinsky écrira de manière édifiante à Schmitt en 1912 que La Tragédie de Salomé lui avait procuré « la plus grande émotion qu’une œuvre d’art puisse donner ».

L’orientalisme n’est guère prépondérant dans la Suite sans esprit de suite op. 89 (1937) dont déjà le titre en jeu de mots montre assez l’humour de son auteur. Cette œuvre ravissante en cinq parties, d’un maître-orchestrateur, d’une clarté méridionale et d’inspiration plutôt néo-classique, se réfère à des danses de diverses origines pour s’achever sur allusion au jazz – et ses formes de danses – auquel Schmitt, tout comme Ravel, n’était pas insensible.

Les interprètes de ce CD Hyperion sont tous remarquables : les voix solistes, bien définies, ont la sensualité appropriée ; le chœur dans le Psaume 47 est tout simplement extraordinaire de chaleur, de dynamique, de précision incisive, et surtout affiche une diction française absolument impeccable au point de comprendre chaque mot du texte – ce qui est suffisamment rare (même dans le cas d’une chorale française) pour être souligné. Le chef d’orchestre suisse adopte des tempi assez modérés par rapport aux autres versions discographiques, favorisant de la sorte les moments poétiques et leur sensualité envoûtante.

Les deux seules petites restrictions sont l’orgue et la prise de son : l’instrument-roi sonne étriqué et un peu comme un orgue électronique, ce qui est un comble en face de l’esprit et des effectifs du Psaume 47, et d’autant plus décevant en comparaison de l’orgue grandiose de Gaston Litaize dans l’enregistrement EMI réalisé par Jean Martinon ; par ailleurs, la prise de son, au demeurant claire, transparente et d’une grande dynamique, désavantage assez curieusement les cordes par rapport au reste de l’orchestre, à tel point que l’harmonie et le contrepoint s’en trouvent parfois déséquilibrés, et que l’admirable violon solo précédant l’entrée de la soprano solo dans ce même Psaume 47, passe presque inaperçu, ou plutôt presque inaudible ! …

Mais ceci ne tempère en rien notre admiration pour les interprètes et les œuvres dont la noblesse et la beauté n’ont d’égale que l’extrême difficulté technique à les capter et à vous les offrir dans votre salon d’écoute par l’intermédiaire du CD.

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Florent Schmitt (1870-1958) : Psaume XLVII op. 38 ; Suite sans esprit de suite op. 89 ; La Tragédie de Salomé op. 50. Christine Buffle, soprano (Psaume) ; Jennifer Walker, soprano (Tragédie) ; Charles Humphries, orgue. Chœur et BBC National Orchestra of Wales, direction : Thierry Fischer. 1 CD Hyperion CDA67599. Code barre : 034571175997. Enregistré les 24 et 25 octobre 2006 au Brangwyn Hall, Guildhall, Swansea. DDD. Notices trilingues (anglais, français, allemand) excellentes. Durée : 78’19.

 
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