Emouvante Violetta

Festivals, La Scène, Opéra

Belle Ile en Mer. Arsenal de la citadelle. 07-VIII-2007. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Réduction d’orchestre, Philip Walsh. Mise en scène, Richard Cowan. Avec Lyubov Petrova, Violetta. Alex Richardson, Alfredo Germont. William Andrew Stuckey, Giorgio Germont. Erin Elisabeth Smith, Flora Bervoix. Luc Lalonde, Docteur Grenvil. Peter Tantsits, Gastone. Keith Harris, Baron Douphol. Michael Scarcelle, Marquis d’Obigny. Samantha Malk, Annina. David Allen Bailey, Giuseppe. Michael Weigand, domestique de Flora. Joseph Stanek, commissionnaire. Chœur du festival (chef de chœur Christine Greneau), Orchestre de « Lyrique-en-mer » ; Direction musicale, Philip Walsh.

La Traviata

Après avoir dit que Violetta, campée de façon magistrale par , a porté l’opéra d’un bout à l’autre, on aurait envie de s’arrêter là, car l’essentiel est dit, puisqu’en fait, elle aura éclipsé et les autres chanteurs et l’orchestre, tant à l’évidence, grande était la distance entre cette artiste et le reste des interprètes. Là où elle vivait son rôle, Alfredo (Alex Richardson), engoncé dans la partition, ne parvenait pas à sortir d’une technicité trop métrique. Là où elle s’envolait, portant son jeu romantique au plus haut de sa voix, sans aucune impureté, Giorgio Germont (William Andrew Stuckey) peinait à maintenir, dans les graves, une diction claire, faisant porter à l’œuvre une lourde confusion. Lourdeurs, longueurs et confusions furent d’ailleurs bien souvent associées à un manque de nuances, contrastant ainsi avec la pureté et l’assurance de Violetta. L’orchestre lui-même se révéla souvent très saccadé et parfois manquant d’ensemble notamment avec les percussions. Mais il faut mettre à la décharge de l’ensemble, la difficile configuration de la scène de l’Arsenal de la citadelle. Disons même que jouer dans ces conditions relève d’un difficile équilibre dont a su limiter les contraintes. Toutefois, si l’on peut regretter de nombreuses insuffisances musicales (certaines davantage apparentes du fait de ce décalage entre Violetta et le reste de la troupe), le jeu des acteurs portait, quant à lui, une véritable intensité dramatique qui a ému aux larmes une grande partie de la salle et des acteurs, si l’on en juge par les belles joues perlées d’Annina (Samantha Malk) sur le lit de mort de sa maîtresse. Verdi peut être content, lui qui recherchait plus l’intensité émotive que l’exploit musical.

La mise en scène, extrêmement classique, servait parfaitement une Dame aux camélias revisitée par le maître de l’opéra italien. Mais l’intense déploiement scénique du début de l’acte trois, ajouté à la fatigue des chanteurs fortement sollicités depuis plusieurs semaines, a considérablement nui à la qualité des chœurs. Leurs entrées très approximatives, souvent poussives, ont donné lieu à une grande confusion, parfois réellement désagréable. Les fins de phrase, souvent essoufflées laissaient une impression d’inachevé pour transformer ce troisième acte en un véritable capharnaüm. Heureusement, le début de l’acte IV (dans la version ici présentée) introduisant la mort de Violetta nous a permis de retrouver une scène plus apaisée où chacun, porté par l’intensité dramatique du moment et de , a pu donner le meilleur de lui-même et faire oublier les déboires antérieurs, laissant une partie de la salle en pleurs et l’autre debout. La Traviata, présentée comme le point d’orgue de ce festival, grâce à la présence de , ne sera finalement pas la meilleure des représentations de cette dixième édition, la pureté de la voix de Lyubov et son talent d’actrice lyrique ayant trop fait ressortir les approximations et les limites des autres jeunes chanteurs. Toutefois, il est également possible de voir le verre à moitié plein et de reconnaître le potentiel réel de ces jeunes chanteurs, tant solistes que choristes, et de saluer l’immense travail que suppose une telle œuvre, compte tenu des conditions de production. C’est ainsi que le public Bellilois a su apprécier la voix souple, douce et chaude de Lyubov, mais aussi le réel travail des jeunes du chœur et reconnaître au-delà des imperfections, cet immense effort dans la densité de travail nécessaire pour tenir près d’un mois de répétitions puis de concerts sans interruption.

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