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Hélène Grimaud a-t-elle trouvé la clé de l’interprétation beethovénienne ?

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 5 en mi bémol majeur « L’Empereur » op. 73 ; Sonate pour piano n°28 en la majeur op. 101. Hélène Grimaud, piano ; Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Vladimir Jurowski. 1 CD Deutsch Grammophon DG 477 7149 (+ 1 DVD bonus), code barre 0 2894777149 4. Enregistré en décembre 2006 à Dresde (concerto) et en juillet 2007 à Berlin (sonate). Notice trilingue (allemand, anglais, français). Durée : 59’18’’

 

Quelques jours après avoir assisté au concert d’Hélène Grimaud accompagnée de la au Théâtre des Champs-Élysées, l’enregistrement DG du même Concerto « L’Empereur » nous tombait entre les mains. A dire vrai pas tout à fait le même puisque, pour le CD, remplaçait Fabio Luisi et c’est sans doute ici la seule différence majeure entre le concert et le disque. Nous y avons en effet retrouvé, à ce détail près, exactement les même caractéristiques : deux mouvements extrêmes plus réussis que l’Adagio un poco mosso qui à chaque fois manquait d’émotion et un jeu pianistique strictement identique, du moins autant que notre mémoire du concert nous en permet la comparaison.

Avouons que, peut-être effet du concert, la direction de Luisi nous a paru plus vivante, plus directe, plus simple que celle de son confrère russe qui nous a semblé immédiatement plus raide, plus intéressée par certains détails d’orchestration et de son que par la grande ligne, ce fameux souffle unique qui porte toute la longue introduction orchestrale (et l’ensemble de chaque mouvement et in fine le concerto tout entier). La elle-même sonne différemment, presque banale, sans nous donner l’impression d’écouter un des tous meilleurs orchestres du monde, et sans qu’on puisse accuser la prise de son. Nous avions également remarqué lors du concert que le style choisi par la pianiste allait mieux aux mouvements vifs qu’au sublime Adagio, le disque ne fait qu’enfoncer le clou avec un accompagnement orchestrale froid comme la pierre, oserons nous dire « sans le moindre intérêt » ? Aller, osons, car un disque s’écoute plusieurs fois et se frotte aux autres enregistrements disponibles dont certains ont justement atteint au sublime tant absent ici (on pense bien sûr au miraculeux et inaccessible Fischer-Furtwängler, mais pas seulement), alors oui, dans cette perspective, cet Adagio est loin du compte. Au final cela nous donne un « Empereur » qui ne bouleverse pas la discographie, mais qui aurait pu trouver sa place grâce à l’originalité et la cohérence du jeu d’, qu’on aime ou pas mais qu’on ne peut nier, s’il n’y avait cet orchestre un peu raide et ce fameux deuxième mouvement …

Seconde œuvre au programme de ce CD, la Sonate pour piano n°28, vrai casse-tête musical pour l’interprète tant il faut trouver le ton juste (tempo, articulation, respiration) dans cette étrange partition pour lui donner un naturel et une évidence qui ne sautent pas forcément aux yeux en première lecture.

Sous les doigts d’ (Lire notre entretien avec l’artiste) cette sonate nous a paru très appliquée, presque décortiquée, sur un tempo plutôt lent ne favorisant pas l’avancée rythmique ou mélodique, ne trouvant pas toujours l’expression juste, avec la sensation d’une dynamique souvent plaquée sans justification sur la phrase sinon qu’il fallait bien le faire puisque explicitement marquée sur la partition Et enfin un son de piano manquant de couleur et d’harmonique (quel maigre médium). Cela nous a donné un premier mouvement Allegretto, ma non troppo (« un peu animé et avec un sentiment intime » est-il précisé en allemand sur la partition, sur un rythme de 6/8 !) joué sur un tempo très non troppo pas facile à assumer qui ne nous a pas convaincu. Pas plus que le Vivace alla Marcia qui suit dont le rythme de marche syncopé quelque peu forcé manquait du « naturel » que bien d’autres avaient trouvé. Le court et lent Adagio n’est quant à lui pas gêné par la lenteur du tempo, mais fait cruellement percevoir le manque de profondeur sonore qui, dans ce type de mouvement peut apporter l’émotion qui manque ici (pensons à ce que faisait Arrau par exemple). Enfin le final fugué est par trop mécanique. Œuvre musicalement difficile où Hélène Grimaud n’a manifestement pas – encore – trouvé les clés, cet opus 101 reste assez loin des belles réussites de la discographies, pas si nombreuses malgré tout, mais il suffit d’écouter l’exemplaire Backhaus pour comprendre la différence.

Un mot quand même sur le packaging de l’objet, plutôt bien fait et complet sur la forme, avec un DVD (assez court) en bonus comportant interviews et extraits des séances d’enregistrement (on recommande le passage très instructif où Hélène grimace lorsque répond à sa critique « c’est un peu ploum ploum » par le classique « mais c’est écrit comme ça » … si c’était si facile …). Par contre sur le fond nous serons plus critique devant un texte de présentation parfois un peu fumeux et une brochure frisant l’inutilité totale (série de photos posées de la pianiste qui auraient plus leur place dans un magazine de mode que dans un bon vieux Deutsche Grammophon). Marketing, marketing …

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 5 en mi bémol majeur « L’Empereur » op. 73 ; Sonate pour piano n°28 en la majeur op. 101. Hélène Grimaud, piano ; Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, direction : Vladimir Jurowski. 1 CD Deutsch Grammophon DG 477 7149 (+ 1 DVD bonus), code barre 0 2894777149 4. Enregistré en décembre 2006 à Dresde (concerto) et en juillet 2007 à Berlin (sonate). Notice trilingue (allemand, anglais, français). Durée : 59’18’’

 
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