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Sarah Chang, violoniste de grand répertoire

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Il y aura bientôt vingt ans que parcourt le monde en interprétant le grand répertoire avec les plus grands chefs actuels, et pourtant elle n’a pas trente ans. De passage à Paris pour sa tournée française construite autour des Quatre Saisons de Vivaldi, elle explique à ResMusica ses choix de carrière et comment elle voit son avenir.

« J’ai vu des étudiants venir à la Julliard et y échouer, non parce qu’ils étaient mauvais musiciens, mais parce qu’ils n’avaient pas d’affinité avec leur professeur. »

ResMusica : Vous êtes Américaine et Coréenne, vos parents sont Coréens et vous jouez depuis l’âge de 9 ans avec les meilleurs orchestres et les chefs d’orchestres les plus célèbres. Est-ce que ce parcours vous donne l’impression d’être représentative de cette Amérique qui offre sa chance aux jeunes musiciens du monde entier, avec ses écoles prestigieuses et notamment la Julliard School ?

 : Je suis née à Philadelphie, où est installée le Curtis Institute of Music, mais si j’ai intégré la Juilliard, c’était pour travailler avec Dorothy DeLay, qui était d’abord le professeur de mon père, et avec laquelle j’avais une grande entente. La qualité de la relation personnelle entre le professeur et l’élève est essentielle. J’ai vu des étudiants venir à la Julliard et y échouer, non parce qu’ils étaient mauvais musiciens, mais parce qu’ils n’avaient pas d’affinité avec leur professeur.

RM : Lorsque EMI a publié votre premier disque, vous étiez une enfant prodige, et la presse française se posait alors la question de savoir si vous arriveriez à devenir une vraie musicienne. Cette période passée pèse-t-elle sur votre carrière ?

SC : Je veux de me débarrasser de ce statut d’enfant prodige, à neuf ans vous faites tout ce qu’on vous dit, puis il y a l’adolescence, âge où on a l’impression que rien ne fonctionne. Maintenant je contrôle bien ma carrière, mais je ne fais rien qui ne puisse satisfaire ma mère et mon grand-père.

RM : On trouve sur Internet certaines vidéos de concerts avec Kurt Masur ou Placido Domingo, des interviews et même des clips. Vous y donnez toujours l’impression d’un grand contrôle de vous-même. Craignez-vous de perdre ce contrôle sur vous et, par suite, sur votre image ? Craignez-vous aussi ces téléphones mobiles qui peuvent désormais être utilisés pour vous filmer à votre insu ?

SC : J’ai fait quelques vidéos pour EMI, pour l’Orchestre de Berlin et puis dernièrement l’Eté des Quatre Saisons, et c’est vrai que je suis très attentive à garder le contrôle sur ces vidéos. Je ne vais pas voir ce qu’il y a sur moi sur Internet!… J’essaye de vivre ma vie, et je ne m’inquiète pas quand je suis avec mes vrais amis.

RM : Les Quatre Saisons, pourquoi ce choix ? 

SC : Je sais bien que cette œuvre a été bien trop enregistrée, mais c’est un joyau absolu, et sur un plan plus personnel cela intervient après mon enregistrement des concertos pour violon de Chostakovitch et de Prokofiev, avec Berlin et Simon Rattle. Ces œuvres m’avaient tout pris, le Concerto n°1 de Chostakovitch est un monstre, et je voulais poursuivre avec une œuvre plus féminine. C’est aussi mon premier disque sans chef d’orchestre.

RM : C’était pour vous une expérience nouvelle ? 

SC : Après la disparition de mon professeur, j’ai continué à approfondir ma technique avec les chefs d’orchestres. Mais la musique de chambre est un travail complètement différent. J’ai joué les Quatre Saisons pendant deux ans avec l’ensemble Orpheus, on a fait deux grandes tournées avant de l’enregistrer. Cette œuvre est pour moi une étape vers la musique de chambre.

RM : Combien de temps passez-vous en tournée ?

SC : Trop, rien que ce mois-ci, j’ai 25 concerts. Je ne m’arrête qu’à Noël et même pas durant l’été, car j’aime beaucoup l’atmosphère des festivals. Je passe la moitié du temps aux Etats-Unis et l’autre moitié à l’international, avec un séjour de 3 semaines à 1 mois en Asie qui inclut typiquement Hong-Kong, le Japon et bien sûr la Corée. Entre les répétitions, les concerts, les réceptions, c’est difficile de trouver du temps pour soi. C’est un rythme intensif, mais qui correspond aussi à une étape de ma carrière.

RM : Craignez-vous d’être blasée, après autant d’expérience aussi jeune ?

SC : En plus de l’évolution vers la musique de chambre, j’aime travailler avec des compositeurs contemporains. J’ai créé à Carnegie Hall la Sonate de Richard Danielpour, et en octobre 2008 je créerai un concerto pour violon de Christopher Theosanidis, une pièce très virtuose, très technique, avec un mouvement central lyrique et émouvant, et qui se conclut brillamment en feu d’artifices.

RM : Votre prochain disque sera donc de la musique de chambre?

SC : Non, ce seront les concertos de Brahms et de Bruch. Pendant dix ans j’ai joué avec Kurt Masur, et à partir de l’âge de 16 ou 17 ans je l’ai supplié de pouvoir jouer Brahms. Il a refusé jusqu’en 2002, et il a fallu encore attendre trois ans jusqu’en 2005 pour que l’occasion de l’interpréter ensemble se présente, à Leipzig. Quand je lui ai demandé pourquoi il m’avait fait attendre si longtemps, il m’a répondu que l’écart entre les parties jouées pianissimo et le fortissimo est réduit, qu’il ne fallait pas faire de feu d’artifices, ce que l’on ne sait pas faire à 12 ans, que Brahms exige de la maturité, de la patience.

A lire aussi, Sarah Chang en concert :
Les Quatre Saisons avec l’English Chamber Orchestra
– Le Concerto pour violon de Tchaïkovski dirigé par Kurt Masur
– Le Concerto pour violon n°1 de Chostakovitch dirigé par Oleg Caetani

Crédits photographiques : © Cliff Watts / EMI Classics

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