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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 5-XII-2007. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, ouverture ; Variations sur un thème roccoco op. 33, version pour trompette et orchestre ; Symphonie nº6 en si mineur « Pathétique » op. 74. Sergei Nakariakov, trompette ; Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, direction : Yuri Temirkanov.

Orchestre de Saint-Pétersbourg

Ce concert était le dernier d’une série de trois donné au Théâtre des Champs-Elysées par l’ dirigé par son chef titulaire, . Après avoir assisté au premier concert où le pianiste Denis Matsuev a impressionné par son énergie dans le Concerto pour piano n°1, mais où Temirkanov nous a donné une version bien tarabiscotée et peu convaincante de la Symphonie n°4, nous voici au troisième concert, où une curiosité nous attendait : la transcription pour trompette des Variations sur un thème roccoco écrites originellement pour violoncelle. C’est le juvénile, malgré ses trente ans, qui interprétait cette transcription effectuée par son propre père, qui est également son professeur. On imagine aisément la difficulté qui consiste à substituer à l’archet du violoncelle, qui par définition n’a pas de problème de souffle et peut jouer des accords sur plusieurs cordes, une trompette qui ne peut fournir qu’un son à la fois, et qui oblige à respirer ici où là. Il a donc fallu toute la virtuosité dont a été capable le jeune trompettiste russe pour nous convaincre que le jeu en valait peut-être la chandelle. Mais remarquons quand même qu’il s’est trouvé une ou deux fois en difficulté, notamment quand il essayait de reproduire les doubles cordes. Cela ne nous a pas empêché d’admirer la performance. Néanmoins, et malgré ces efforts louables, avouons que cette transcription, dont le passage le plus réussi était incontestablement la Variation VII Andante sostenuto, est loin de valoir l’originale pour violoncelle.

Juste avant et en « ouverture » du concert, nous avons entendu un Roméo et Juliette au style peu romantique, plus tourné vers le conflit entre les deux familles, aspect parfaitement justifié puisqu’il occupe une bonne place dans cette œuvre, mais il reste quand même une partie plus lyrique, sensuelle et romantique évoquant les deux amants qui a manqué justement de sensualité par un orchestre dont la sonorité en était dépourvue, et de romantisme par une direction qui refusait de quitter la rudesse de la bataille. On notera que l’orchestre s’y est montré énergique plus qu’ordonné, et que certains curieux « flottements » apparaissaient ici ou là (ils étaient déjà présents lors du premier concert).

La célèbre Pathétique qui constituait la deuxième partie du concert après l’entracte, nous a, comme la Symphonie n°4, mais pour d’autre raisons, bien déçus. Cette fois-ci Temirkanov a adopté une conception plus simple de cette partition, sans essayer des phrasés ou des couleurs « tarabiscotés », ce qui est incontestablement un bon point car cette œuvre peut être de la très belle musique à condition de la jouer sobrement. Là où nous somme moins convaincus, c’est dans la volonté d’empêcher cette musique de respirer, en choisissant, non seulement un tempo rapide, mais en plus fort peu contrasté non seulement à l’intérieur de chaque mouvement mais aussi d’un mouvement à l’autre. Cela a conduit à une uniformisation bien appauvrissant de cette partition, l’architecture de chaque mouvement devenait accessoire, les couleurs trop semblables, et l’émotion trop rare. Ainsi le long premier mouvement, aux multiples indications de tempo, est-il passé brutalement d’Adagio à Allegro en oubliant le « non troppo » et toutes les nuances qui suivaient, le second mouvement Allegro a zappé le con grazia, etc. Si tout cela avait baigné dans une perfection orchestrale ça n’aurait pas été trop grave, mais il faut dire que plus d’une fois on a frôlé la pagaille, avec des cuivres trop souvent laissé à l’abandon qui semblaient jouer seuls dans leur coin une petite cacophonie indépendante du reste de l’orchestre, pas toujours ensemble non plus, ailleurs c’étaient les bois qui flottaient, en fait tout se passait comme si Temirkanov n’arrivait à tenir sa ligne que pour les instruments au premier plan, laissant systématiquement les autres à leur triste sort. Surprenante chute qualitative par rapport au concert de l’an dernier à Pleyel bien plus satisfaisant, même si imparfait, mais les défauts d’alors restaient du niveau du détail. Lors de ces soirées Tchaïkovski, la paille s’étaient muée en poutre et gageons que le grand Mravinski n’aurait pas reconnu ses troupes, qu’il n’aurait d’ailleurs jamais mis dans un tel état. L’affiche était alléchante, mais le rendez-vous fut manqué.

Crédit photographique : © Kasskara

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 5-XII-2007. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, ouverture ; Variations sur un thème roccoco op. 33, version pour trompette et orchestre ; Symphonie nº6 en si mineur « Pathétique » op. 74. Sergei Nakariakov, trompette ; Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, direction : Yuri Temirkanov.

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