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Trop fort Chosta avec Tughiev !!!

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Toulouse. Halle aux grains. 06-XII-2007. Alexandre Borodine (1833-1887) : Dans les Steppes de l’Asie centrale ; Antonín Dvořák (1841-1904) : Concerto pour violoncelle et orchestre en si-mineur, op. 104 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975)  : Symphonie n°5 en ré-mineur, op. 47 ; Truls Mork, Violoncelle ; Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction : Tugan Sokhiev.

Soirée bénie des dieux : Un orchestre du capitole en grande forme, un soliste international très attendu, un chef passionné et un programme idéal dans une Halle aux grains comble. En sortant de ce concert Chostakovitch était le grand vainqueur. Trop fort Chosta, oui assurément ! Dirigé de la sorte par le grand le choc a été violent au point de mettre à distance le souvenir ému de la première partie du concert.

Pourtant dès cette courte pièce symphonique impressionniste, l’invitation au voyage musical a été un délice. Dans les steppes de l’Asie centrale nous a emportés par la délicatesse de la vision, puis la force de persuasion de la caravane qui passe. Le public a été entraîné dans un voyage dépaysant, certain de vivre un grand moment de musique. Tous les pupitres ont brillé même les violons avec ces extraordinaires phrases dans le sur aiguë.

L’arrivée de Truls Mork, son installation précautionneuse au-devant de la scène, avec son superbe instrument vénitien de 1723 annonçait un moment musical rare. On ne présente pas un soliste de cette trempe, aussi amoureux de la musique en tant que soliste international ou chambriste.

Le concerto pour violoncelle de Dvorak est d’âme romantique, puissant, envoûtant au lyrisme décoiffant. La virtuosité du soliste n’a d’égal que la richesse de l’orchestration. Mais ce que ces magnifiques interprètes ont mis en lumière ce soir ce sont les moments de musique de chambre qui nécessitent une écoute attentive. La tête penchée, l’oreille attentive Truls Mork est un chambriste émouvant. Les moments de duo avec la flûte ont été magiques. Le phrasé assorti avec les violons un régal. Mais peu de violoncellistes osent des sons si délicats, si piano dans ce concerto. Le travail sur les sonorités que fait le violoncelliste est unique. Cette interprétation a eu une cohérence rare. Aucune extravagance dans le choix des tempi, c’est une constance de , une mise en place « classique », une construction rigoureuse et un très beau travail sur les nuances ont mis en évidence la subtilité de cette partition comme rarement. Le soliste a été tant applaudi qu’il a offert un bis qu’il na pas présenté, dans lequel il a donné une leçon de sensibilité et d’émotion grâce à une utilisation extraordinaire du vibrato comme ornement et non comme structure du son. Instant magique… À l’entracte, il n’y avait de commentaires et d’éloges que pour ce soliste très aimé, si fin musicien.

La deuxième partie du concert était pour beaucoup l’occasion de découvrir la cinquième symphonie de Chostakovitch, écrite en réponse à la fameuse lettre de critiques staliniennes parue anonymement dans la Pravda après la création de Lady Macbeth de Mzensk. Lettre qui avait si profondément touché Chostakovitch que sa vie de compositeur et d’homme avait été en danger… cette œuvre répond donc et à la douloureuse expérience du compositeur menacé d’anéantissement et sert aussi de credo musical en un avenir possible.

Tout cela était présent dans cette extraordinaire interprétation : la douleur qui terrasse et détruit, le combat de la musique qui veut croire en la vie ; cette manière unique de respecter la forme tout en la faisant sienne ; cette recherche d’un langage nouveau, accessible à tous, cette exigence éthique en forme de protestation intransigeante et respectueuse et surtout ce final enthousiasmant faisant penser, non il ne va pas oser aller plus loin… Tout était magnifique, comme un choc qui réveille l’âme et les sens. Transportés par un Tugan Sokhiev qui défendait cette partition comme sa vie, au point d’en devenir parfois bruyant avec des grognements (suggérés dans la partition mais non écrits…), tous les pupitres, absolument tous, ont été brillantissimes. Le chef les a fait saluer les uns après les autres visiblement satisfait d’avoir pu leur en demander tant, tous partageant le bonheur d’avoir insufflé un tel enthousiasme au public pour un compositeur encor trop peu joué.

Ainsi défendue, la musique de Chostakovitch est sortie victorieuse comme rarement !

Crédit photographique : © DR

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Toulouse. Halle aux grains. 06-XII-2007. Alexandre Borodine (1833-1887) : Dans les Steppes de l’Asie centrale ; Antonín Dvořák (1841-1904) : Concerto pour violoncelle et orchestre en si-mineur, op. 104 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975)  : Symphonie n°5 en ré-mineur, op. 47 ; Truls Mork, Violoncelle ; Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction : Tugan Sokhiev.

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