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Dijon, Grand Théâtre, 9-XII-2007. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor n°11 en fa mineur op. 95. Bela Bartòk (1881-1945) : Quatuor n°3 Sz85. Ludwig van Beethoven : Quatuor n°13 en si bémol majeur op. 130 ; Grande Fugue op. 133. Quatuor Ysaÿe : Guillaume Sutre, premier violon ; Luc-Marie Aguera, second violon ; Miguel Da Silva, alto ; Yovan Markovitch, violoncelle.

Mettre en parallèle les quatuors de Beethoven et ceux de Bartòk, telle était l’ambition avouée du qui donnait une partie de ce répertoire les jeudi 6, vendredi 7 et enfin dimanche 9 en matinée. Il est vrai que les musicologues ont beaucoup disserté sur la filiation qui existe entre les deux compositeurs dans le domaine de la musique de chambre ; Bernard Fournier, auteur de L’Esthétique du quatuor à cordes et de L’histoire du quatuor à cordes, publiés chez Fayard, parle de « rencontre au sommet » lorsqu’il compare les recherches formelles, harmoniques et timbriques, qui témoignent de l’importance que ce genre occupe chez les « B & B ». En outre les compositions de ces divers opus s’étalent sur une longue période de leur vie et on peut légitimement prétendre qu’étudier leurs quatuors, c’est aussi avoir une vue d’ensemble sur l’évolution de leurs styles.

Le a su rendre aisée d’accès cette lecture comparée, qui aurait pu facilement être pédante et ennuyeuse. Le professionnalisme de ces musiciens s’est conforté depuis la fondation de leur groupe en 1984 : leur homogénéité sonore s’est renforcée et ils ont laissé s’épanouir leur sensibilité et leur musicalité. Leur interprétation intelligente souligne le caractère judicieux du choix de ces trois quatuors : elle donne à la lecture une vue d’ensemble et permet au public épaté une compréhension totale de ces œuvres.

Le rapprochement effectué entre le Quatuor n°11 de Beethoven et le Quatuor n°3 de Bartòk dans la première partie du programme est particulièrement convaincant. Sans entrer dans des détails fastidieux d’analyse musicale, il faut noter qu’ils sont tous deux très représentatifs des personnalités confrontées. Les deux musiciens, déchirés entre violence et spiritualité, aiment à opposer les moments rythmiques, nerveux et denses à des passages suaves, voire éthérés, qui mettent en valeur des mélodies émouvantes : moments nocturnes chez Bartòk, moments qui ne sont « plus de ce monde » chez Beethoven. D’autre part, à l’audition de ces deux œuvres composées à un siècle de distance, on perçoit des liens solides avec le passé : pour Beethoven le lien avec le contrepoint de Bach, et pour Bartòk le lien avec celui de ses deux prédécesseurs. Un des fils conducteurs du rapprochement est bien cette vieille écriture savante de la musique occidentale. Bien sûr on perçoit en plus très nettement chez Bartok le lien avec sa terre, notamment dans l’alternance des tempi, qui rappelle le lassù-friss (lent / vif) cher à la musique populaire d’Europe centrale. Enfin l’aspect ramassé de ces deux compositions a été subtilement mis en lumière par l’interprétation, qui nous a permis de percevoir toute la densité des informations.

Que dire de la seconde partie du programme, qui nous présente le Quatuor n°13 du maître viennois, suivi de son authentique dernier mouvement qu’est la Grande Fugue ? C’est une révélation ! De cette œuvre monumentale nous gardions un souvenir d’étudiant en musicologie : à la fois un éblouissement devant tant d’inventivité dans la manipulation des thèmes et aussi une impression de KO face à tant de génie. Mais là, enfin l’intelligence du discours laisse place à la musique vraie, celle qui procure l’émotion esthétique, et en plus grâce à un Beethoven résolument optimiste, celle qui nous redonne un bol de vitamines !

Crédit photographique : Gérard Rondeau

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Dijon, Grand Théâtre, 9-XII-2007. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor n°11 en fa mineur op. 95. Bela Bartòk (1881-1945) : Quatuor n°3 Sz85. Ludwig van Beethoven : Quatuor n°13 en si bémol majeur op. 130 ; Grande Fugue op. 133. Quatuor Ysaÿe : Guillaume Sutre, premier violon ; Luc-Marie Aguera, second violon ; Miguel Da Silva, alto ; Yovan Markovitch, violoncelle.

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