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Concert « performance » du National

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 13-XII-2007. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°6 en la mineur « Tragique ». Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti.

Quelques jours après avoir montré de quoi il était capable avec Kurt Masur dans la Symphonie Alpestre, l’Orchestre National remettait le couvert face à une autre montagne de difficultés, cette fois sous la direction de son futur chef , avec la Symphonie n°6 de Mahler.

Œuvre puissante, sombre, voire torturée, cette énorme symphonie présente pour le chef comme pour l’orchestre de multiples problèmes techniques et musicaux, et peut facilement devenir terrible à écouter si l’orchestre n’est pas au point et ne maîtrise pas sa capacité à produire des décibels tout en restant fondamentalement musical. Par le passé, dans nos salles parisiennes dont l’acoustique ne les a pas forcément aidés non plus, certains chefs ne s’en sont pas sortis et n’ont abouti qu’à nous torturer les oreilles. Ce soir, le National a réussi à éviter ce piège même s’il a parfois tutoyé la limite, sans jamais la franchir.

Nous avons d’ailleurs retrouvé au travers de ces deux concerts un National à son plus haut, avec la même qualité d’engagement individuel (chapeau les premiers pupitres !), ainsi qu’une intensité collective et une cohésion que nous avions déjà pu appréciées dans Strauss. Il est impossible de ne pas y voir le résultat du travail de fond effectué par Kurt Masur depuis 2002, qui a littéralement fait faire un bond qualitatif à cette formation tout en la sortant d’une ronronnante routine. Cette volonté de se défoncer, artistiquement parlant, pour le concert du soir comme si sa vie en dépendait est à saluer bien bas car elle n’est pas si courante dans les concerts d’abonnement.

Toutes ces qualités font sans doute actuellement de cet orchestre le meilleur des orchestres parisiens, en tout cas celui dont les prestations récentes nous ont apportés, et nettement, le plus de satisfactions. Il lui manque encore un petit « plus » pour devenir un « vrai grand » d’Europe et lui permettre de titiller Berlin, Vienne, Amsterdam, et quelques autres (pas si nombreux). En particulier, il lui manque ce « son » que les meilleurs orchestres ont su bâtir et conserver au cours du temps. Car si les bois sont excellents, les cordes et les cuivres n’ont toujours pas le velouté, la suavité, ni encore la puissance et l’assise dans les basses qui feraient franchir un cap supplémentaire. Comparé aux grands sus cités, le son produit par notre orchestre, notamment dans le grand répertoire symphonique allemand qui nous occupe ici, est encore trop impersonnel, presque banal, il n’est pas en lui même porteur d’émotion musical.

Mais quittons un moment le son pour revenir à Mahler et sa symphonie, et l’interprétation pleine d’énergie que nous en a donné . Il a réussi à donner et maintenir de bout en bout un équilibre, si important ici, entre les pupitres de l’orchestre qui ne faisaient qu’un lorsqu’il le fallait, mais qui savaient de différencier lorsqu’il fallait se répondre ou se compléter. Sa vision, assez directe, faisait la part belle à l’énergie et la puissance immédiate plus qu’à la profondeur du propos et la mise en évidence de l’architecture globale. Pour les trois premiers mouvements, le chef s’est rangé dans le camp de ceux qui optent pour un tempo rapide, option qui ne nous a encore jamais convaincu qu’elle était la meilleure, mais elle a ses défenseurs. Après l’expérience de ce soir, nous continuons à penser qu’un tempo plus modéré permet de mieux contrôler l’expression des multiples thèmes et mieux doser la réalisation des nombreux changements de climats et de tempo que Mahler réclame explicitement tout au long de ses symphonies. Avec ce tempo, il nous semble que le centre de gravité et la trajectoire de chaque mouvement sont moins clairs, les contrastes dynamiques moins marqués, les transitions un peu effacées. D’ailleurs Gatti a plus d’une fois quelque peu forcé son phrasé pour justement faire ces transitions lent-vif, vif-lent, leur donnant ainsi un côté étrangement artificiel qu’un tempo moins précipité lui aurait peut-être évité. Le très beau thème qui va traverser tout le troisième Andante moderato s’en trouvera un peu à l’étroit, joué quasi allegretto. Le final, au tempo plus classique fut fort bien mené, musicalement le plus abouti à notre goût, avec un très réussi et impressionnant dernier accord ff précédant de peu le pizzicato piano conclusif, montrant qu’après 1h20 d’effort, les instrumentistes étaient restés totalement concentrés, réagissant à la baguette aux instructions du chef.

Alors, si l’aspect tempo rapide nous a personnellement un peu gênés, force est de constater la performance quasi sportive des musiciens qui n’ont jamais donné le moindre signe de baisse de tension ni d’attention, tout au long de ce fleuve, tout sauf tranquille, que constitue la Symphonie n°6 de . Même si pour nous, la performance l’a emporté sur la pure émotion musicale, elle mérite d’être saluée à sa juste valeur. Notons également que l’orchestre a unanimement et à plusieurs reprises lors des rappels, applaudi son chef d’une façon telle que la sincérité de ce geste ne fait aucun doute, signifiant ainsi manifestement leur satisfaction d’avoir Daniele Gatti comme Directeur musical à compter de 2008. Reconnaissons que s’il est capable de maintenir ce niveau (merci Monsieur Masur), ce que le concert de ce soir laisse présager mais qu’il faudra confirmer, l’Orchestre National a quelques beaux moments devant lui.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 13-XII-2007. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°6 en la mineur « Tragique ». Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti.

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