Du comique avant toute chose

La Scène, Spectacles divers

Paris. Théâtre le passage vers les étoiles. 03-I-2008. Les Essoufflés. Mise en scène : Jean-Paul Rolin. Jonathan Jolin, Morgane Raoux, Christophe Louis, Lionel Rokita, clarinettes.

Les Essoufflés

Ils sont quatre musiciens à vent, confirmés, bardés de diplômes, et ils sont fatigués… Ils n’en peuvent plus d’être enfermés dans les conservatoires et salles de concert où les vestes en queues de pie n’offrent guère plus de liberté qu’une camisole. Les voilà harassés, exténués, démoralisés, voire –n’ayons pas peur des mots – essoufflés ! En phase terminale d’ennui, une seule solution s’impose à eux pour éviter que les portées musicales leur apparaissent comme d’interminables barres d’une prison fermée à clé de sol : le rire.

Lorsque les quatre comparses entrent en scène sur des pas chorégraphiés, le public est rapidement soulagé en se rendant compte que les artistes sont bien plus doués pour jouer de la musique que pour danser. Un pied écrasé vient ponctuer les quelques pas, et le cri de la victime se transforme en aria de Haendel, Lascia ch’io Pianga, entonnée comme une chanson très réaliste, et pour laquelle l’interprète aura en plus la bonne idée de nous faire grâce du da capo.

Quatre chaises et autant de chapeaux de safari accueillent les musiciens. Vu l’aspect très animé du concert, on aurait pu se passer des chaises, mais pas des couvre-chefs, qui protègent les randonneurs dans leur visite des contrées les plus lointaines. La musique fait voyager. En à peine une heure, les voilà en Bretagne, dans l’Amazonie brésilienne, à Rio de Janeiro (pour fêter le carnaval sur le son d’Aquarela do Brasil), en Afrique pour un safari haletant, dans le Far West… Cette traversée sera l’occasion idoine pour visiter une faune des plus atypiques : un éléphant à trompe de saxophone, des chevaux moyenâgeux ressuscités, un tigre, des poules qui pondent des œufs de tailles diverses, ou encore un bourdon avec son vol rendu célèbre par Rimski-Korsakov et que personne ne réussi à écraser. Même Woody Woodpecker nous fera l’honneur d’une petite visite.

Les Essoufflés aiment les attributs d’époque et de circonstance. L’Adagio (celui soi-disant d’Albinoni) est d’une telle tristesse, que des habits de deuil s’imposent, et les larmes suffocantes forment un accompagnement de premier choix. Ce sont des fantômes qui viennent nous jouer La Danse Macabre de Camille Saint-Saëns. Mais la plus grande invention est gardée pour la fin : un quatuor de vampires nous apporte un instrument qui devrait apparaître d’ici peu dans le Livre Guinness des Records…

Vous l’aurez compris, Les Essoufflés est un spectacle de feu (terme que Morgane Raoux va prendre au pied de la lettre en confondant à un moment sa clarinette avec une torche). Même si les interprètes sont d’abord des musiciens – remarquables, jouant tout par cœur – et ensuite des comédiens, leur double jeu (musical et scénique) offre un parfait exemple de théâtre musical réussi. Les trouvailles scéniques, variées, se succèdent rapidement. Tous les ingrédients sont réunis pour savourer ce spectacle, mesure par mesure !

Crédit photographique : © Les Essoufflés

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