Concerts, La Scène, Musique symphonique

Un concert bien décevant…

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Paris, Théâtre des Champs-Élysées. Le 10-I-08. Antonín Dvořák (1841-1904) : Le Rouet d’or op. 109. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ré mineur op. 15. Stephen Hough, piano. Orchestre National de France, direction : Daniel Harding.

Fondé sur un recueil de légendes locales du poète Karel Jaromír Erben, célèbre en son pays, le groupe des cinq poèmes symphoniques de 1896 (L’Ondin, La Sorcière de midi, Le Rouet d’or, Le Pigeon des bois, Le Chant du héros) ne constitue peut-être pas le principal titre à la gloire de Dvořák. Les thuriféraires inconditionnels du maître tchèque argueront bien de sa fidélité à l’esprit et au texte d’Erben, mais c’est là un médiocre argument pour convaincre le public mélomane que le Rouet d’or brillerait à jamais au firmament des chefs-d’œuvre de l’histoire musicale : quelques accents de cavalerie, un zeste de réalisme populiste et trois airs de polka d’un Lehár des mauvais jours ne sauraient sans ridicule réclamer leur inscription au marbre de la postérité. Quatre ans avant Rusalka, le compositeur tchèque semble ici – ce qui est son droit le plus strict – moins préoccupé de pure invention musicale que d’incertaine analogie avec le conte épouvantablement sanglant qui a mis son imagination en branle. Au point que les auditeurs du Théâtre des Champs-Élysées pouvaient à bon droit se poser la question d’un tel choix pour le programme d’un concert si flatteusement annoncé par toute la presse spécialisée. Non que la maestria de l’ soit le moins du monde discutable ; bien au contraire, la relative faiblesse d’une partition disparate ne fit en l’occurrence que signaler l’excellence de sa prestation et la haute valeur de tous ses pupitres. Mais, dans leur disparité rhapsodique, les quelques sept sections de l’ouvrage ne signalaient ni un très haut degré d’exigence musicale ni un très grand souci d’originalité chez celui qui avait choisi de briller en les dirigeant.

Venait en seconde partie le Concerto pour piano et orchestre n° 1 de Brahms. D’emblée, l’orchestre sonnait avec cette vigueur roborative qui signale toujours le grand compositeur allemand, et l’on se réjouissait déjà du merveilleux moment de musique à venir ; hélas, il fallut assez vite déchanter en raison directe de l’inégalité des choix d’interprétation pour ce sommet de la musique concertante. Et ce tant du point de vue du chef que de celui du pianiste. Ainsi, l’orchestre passait-il, avec une déconcertante soudaineté, de fragments admirablement menés, d’un profond lyrisme en parfaite harmonie avec cette musique si tourmentée, à des épisodes d’inexplicables flottements, distillant l’ennui dans le meilleur des cas, la réprobation dans le pire, c’est-à-dire dans les moments de défaillance rythmique et métrique. Du côté du soliste, même perplexité ; comment s’y est-il donc pris pour alterner tant de passages à la sonorité si recherchée, si délicate, et de telles séries de martèlements dont la surprenante dureté restait impuissante à aiguiser l’intensité dramatique ? Au total, un concert singulier auquel il serait aussi injuste qu’absurde de dénier tout mérite, dispensateur même de quelques moments d’émotion rare, mais finalement décevant au regard de ce que chacun était en droit d’espérer.

Crédit photographie : © Martha Rial

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Paris, Théâtre des Champs-Élysées. Le 10-I-08. Antonín Dvořák (1841-1904) : Le Rouet d’or op. 109. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ré mineur op. 15. Stephen Hough, piano. Orchestre National de France, direction : Daniel Harding.

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