Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Quand la pratique amateur bouleverse les idées reçues…

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Paris. Auditorium Saint Germain. 19-I-2008. Victor Lliao : Finition ; Alexandre Cussonneau : Œuvre pour piano et saxophone ; Simon Lendormy : An Artificial Flower ; Gauthier Toux : Le Papillon. Anonyme : chants Corses et Béarnais. Gustav Holst (1874-1934) : Mars, extrait de The Planets. Albert Roussel (1869-1937) : A Glorious Day op. 48. Alfred Reed (1921-2005) : Danses Arméniennes. Andrew Lloyd Weber (né en 1948) : Le Fantôme de l’Opéra. Chœur des Deux Vallées (chef de chœur : Annie Couture). Orchestre d’harmonie La Sirène, direction : Fabrice Colas.

Semaine du Son

Voilà un concert extrêmement original que la Semaine du Son, désireuse de mettre en avant la pratique amateur, nous a proposé ce soir là. Venu en simple auditeur, nous avons contre toute attente assisté à un panorama surprenant de ce que les musiciens amateurs peuvent proposer au public, suffisamment en tout cas pour justifier un article sur ResMusica. Trois parties, trois façons de voir la musique en amateur, trois façons de bouleverser nos idées préconçues sur le niveau supposé passable de ce qu’on appelle communément les « musiciens du dimanche ».

Vous pensiez que la maturité et un long apprentissage étaient un préalable pour proposer au public des compositions cohérentes ? La première partie vous aurait donné tort. Depuis 1972, la Fondation Yamaha pour la Musique organise le Junior Original Concert, un événement de renommée internationale qui permet à des enfants de jouer leurs compositions au public. Ce soir là, quatre compositeurs de moins de quinze ans nous ont interprété une œuvre de leur crû, travaillée pendant des mois. Lorsque la lumière s’éteint, on s’attend bien entendu à des fautes omniprésentes, à des erreurs d’écriture criantes. Il n’en est rien. Ces quatre compositeurs, timides au micro, déconcertant d’assurance au piano, ont écrit des œuvres sous influence et sans originalité, mais curieusement maîtrisée pour des enfants de leur âge : on est ainsi surpris par leurs efforts pour développer de différentes manière un même thème. Mais plus encore, comment ne pas être surpris lorsqu’un enfant de dix ans, Simon Lendormy, accompagné par une flûtiste habitée, propose entre autre, avec un sens étonnant de l’à-propos une variation de son thème doublé à la seconde, montrant ainsi qu’il a assimilé parfaitement l’intérêt que cette harmonisation apporte au timbre de son instrument de prédilection ?

Vous pensiez que les amateurs travaillent dans leur coin et sont incapables de se regrouper pour se donner les moyens de leurs ambitions ? La troisième partie vous aurait démontré que vous faites fausse route. Depuis 1874, La Sirène, qui possède sa propre salle de répétition dans le 14e arrondissement rayonne dans le monde des orchestre d’harmonie. Constitués en association, dirigés par un professionnel, Fabrice Colas, cet orchestre propose un répertoire de qualité et contrasté : un medley d’une comédie musicale, des œuvres composées pour orchestre d’harmonie par des spécialistes du genre, des arrangements grandioses d’œuvres symphoniques connues de tous. Si le niveau de ce soir, très inégal et sinueux, n’était pas très représentatif de leur niveau réel (appréciable en répétitions lorsqu’ils ne sont pas sous pression), ils ont tout de même montré une certaine exigence, de l’ambition et une grande joie d’être ensemble.

C’est surtout sur la base du critère de la qualité artistique et technique que la plupart des gens différencient professionnels et amateurs (davantage que sur la base d’un critère juridique). Le Chœur des Deux Vallées, en deuxième partie, montre magistralement (et le mot est faible) que la frontière est complètement poreuse. Autant vous le dire tout de suite : ce petit chœur d’amateur, dirigé par , fait preuve d’une exigence, d’une justesse et d’une expressivité très rares, même dans le milieu professionnel. Les choristes sont des jeunes chanteurs du milieu rural. Ils ont voyagé de par la France et de par le monde pour perfectionner leur technique et apprendre aux contacts des chanteurs autochtones la musique de leur pays. Ils ont ainsi rapporté de ces périples initiatiques des chants du Béarn, des chants Corses et des chants d’Argentine. Le résultat est saisissant. On est stupéfait par leur technique sans faille, par leur concentration, par une justesse mélodique sans aucun accroc, une synergie, une communion éblouissante.

L’émotion est à son comble. Le public est sous le choc, sous le charme d’un étrange envoûtement. Le Chœur des Deux Vallées, par leur implication totale, réussit à démolir d’un coup le mur qui les sépare du monde professionnel. Ils le sont dans l’esprit, jusqu’au bout des ongles mais restent de simples amateurs : le prix de la liberté… Un chœur à suivre.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Auditorium Saint Germain. 19-I-2008. Victor Lliao : Finition ; Alexandre Cussonneau : Œuvre pour piano et saxophone ; Simon Lendormy : An Artificial Flower ; Gauthier Toux : Le Papillon. Anonyme : chants Corses et Béarnais. Gustav Holst (1874-1934) : Mars, extrait de The Planets. Albert Roussel (1869-1937) : A Glorious Day op. 48. Alfred Reed (1921-2005) : Danses Arméniennes. Andrew Lloyd Weber (né en 1948) : Le Fantôme de l’Opéra. Chœur des Deux Vallées (chef de chœur : Annie Couture). Orchestre d’harmonie La Sirène, direction : Fabrice Colas.

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