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Dijon. Grand Théâtre. 27-I-2008. Franz Joseph Haydn (1732-1809) : quatuor en Mi bémol majeur, op. 1 n°2 Hob. III. 2 ; quatuor en Ut majeur, op. 20 n°2 Hob. III. 32 ; quatuor en Sol majeur op. 33 n° 5 Hob. III. 41 ; quatuor en Si bémol majeur op. 50 n° 1 Hob. III. 44. Quatuor Manfred : Marie Béreau, 1er violon ; Luigi Vecchioni, 2nd violon ; Emmanuel Haratyk, alto ; Christian Wolff, violoncelle.

Avec ce premier concert le entame l’ambitieuse entreprise d’interpréter l’intégrale des quatuors de  : comme l’a dit avec humour l’altiste Haratyk, « après ce jour, il en reste soixante-quatre » ! Les concerts s’étaleront probablement sur trois années, l’année 2009 étant celle du bicentenaire du compositeur. Les quatre œuvres judicieusement choisies pour ce début permettent d’embrasser une grande partie de la carrière du maître autrichien. La première d’entre elles nous montre la naissance de son style, la seconde définit la structure du quatuor en tant que genre musical, et les deux dernières symbolisent l’épanouissement du style classique viennois.

Le quatuor en Mi bémol majeur est encore une sorte de divertimento en cinq mouvements en arche (allegro, menuet, adagio, menuet, presto) uniquement destinés à quatre instruments à cordes un peu par le hasard de la commande du baron Fürnberg (en 1757 ?). Cette œuvre d’un style agréable et pétillant, mais sans grande profondeur, nous offre pourtant de très beaux moments : dans le mouvement lent, le premier violon chante une très belle mélodie en alternance avec des passages en pizzicati exécutés par l’ensemble. Les dynamiques contrastées des mouvements, une certaine recherche formelle, tout cela met déjà cette œuvre au dessus du lot commun.

Le quatuor en Ut de l’opus 20 (1772), fait partie des six « quatuors du Soleil », ainsi nommés à cause du frontispice de l’édition ; ils n’ont pas été composés à la suite d’une commande et sont le fruit d’une recherche personnelle. Celui-ci adopte la structure en quatre mouvements qui va devenir habituelle : moderato, adagio, menuet, finale. Cependant l’écriture de Haydn nous réserve des surprises. Le Quatuor Manfred met remarquablement en valeur les oppositions de registre particulières au premier mouvement en rendant lumineux les passages où les instruments chantent dans l’aigu d’une façon inhabituelle, et il sait leur opposer le développement central véhément et très modulant. Le second mouvement est étonnant : débutant par un récitatif dramatique exposé par les quatre instruments à l’unisson puis repris avec délicatesse par le violoncelle, il nous permet aussi d’apprécier par opposition le chant magnifique du premier violon. La structure du même mouvement surprend aussi : elle est « ouverte », sans symétrie, ce qui est inhabituel à l’époque. L’œuvre se termine par une fugue jubilatoire que les musiciens dijonnais nous ont révélée sans nulle pesanteur. Cette écriture complexe, nous la découvrons d’abord comme une conversation aimable qui se transforme ensuite en discussion percutante pour conclure.

Le quatuor en Sol de l’opus 33 fait partie d’une série de six publiée en 1781, appelée Gli Scherzi, car le troisième mouvement est un scherzo. Haydn reconnaissait lui-même qu’ils « sont d’un genre tout à fait nouveau et particulier ». Le quatuor en Si bémol de l’opus 50, composé en 1787, fait partie des six quatuors « prussiens » dédiés au roi Frédéric-Guillaume II.

Ces deux œuvres témoignent de l’épanouissement du style classique. D’abord à cause de la clarté des structures de chaque mouvement ; ensuite par l’art du développement des motifs issus des thèmes : par exemple le si bémol répété du violoncelle de l’allegro initial de l’opus 50 est réutilisé constamment tout au long du mouvement comme une impulsion des modulations. Style classique, par la recherche de l’unité de l’œuvre entière : la formule cadentielle par laquelle débute le quatuor opus 33 se retrouve dans trois mouvements sur quatre. Le classicisme réside aussi dans les emprunts en forme de clins d’œil à la musique populaire, comme dans le mouvement lent du dernier quatuor, où apparaît une danse qui évoque déjà le Ländler viennois.

Enfin le classicisme repose aussi sur une maîtrise parfaite de l’équilibre entre les partenaires : l’altiste Emmanuel Haratyk, qui assure pour quelques mois la partie d’alto, s’est intégré avec aisance et dynamisme à l’ensemble existant. L’interprétation de l’ensemble permet d’apprécier la clarté de l’écriture de , pleine d’imprévus pétillants, mais en même temps sensible et raisonnée.

Crédit photographique : Quatuor Manfred © Vincent Arbelet-le Bien Public

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Dijon. Grand Théâtre. 27-I-2008. Franz Joseph Haydn (1732-1809) : quatuor en Mi bémol majeur, op. 1 n°2 Hob. III. 2 ; quatuor en Ut majeur, op. 20 n°2 Hob. III. 32 ; quatuor en Sol majeur op. 33 n° 5 Hob. III. 41 ; quatuor en Si bémol majeur op. 50 n° 1 Hob. III. 44. Quatuor Manfred : Marie Béreau, 1er violon ; Luigi Vecchioni, 2nd violon ; Emmanuel Haratyk, alto ; Christian Wolff, violoncelle.

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