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Paris. Salle Pleyel. 25-I-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 61 ; Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie nº6 en si mineur « Pathétique » op. 74. Anne-Sophie Mutter, violon ; Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Seiji Ozawa.

Ce concert « Hommage à Herbert von Karajan » dont 2008 est l’année du centenaire était sans doute le plus attendu de l’année tant il y avait du beau monde, non seulement dans la salle où se télescopaient les microcosmes musicaux, médiatiques et politiques, mais aussi et surtout sur scène puisque l’, façonné pendant plus de 30 ans par le maestro autrichien, était dirigé ce soir par . Il fut son assistant, justement à Berlin, rejoints pour le concerto de Beethoven par , sans doute sa plus célèbre découverte puisqu’il l’engagea alors qu’elle avait à peine treize ans et lui fit faire son premier enregistrement à quinze ans, en 1978.

Quant au programme, il était on ne peut plus « karajanesque », reprenant deux de ses œuvres fétiches, en particulier la « Pathétique » qu’il a sans doute dirigée et enregistrée plus souvent que la plupart de ses confrères. Notons que ce programme, déjà joué le 23 janvier à Berlin, passait ce soir par Paris avant d’être donnée à Lucerne le 26 et à Vienne le 28.

avait enregistré jadis le Concerto pour violon de Beethoven avec Karajan dès 1979 et revue assez considérablement sa copie en 2002 à New York avec Kurt Masur. Car un monde sépare ces deux interprétations, la première plus classique et appliquée, la seconde plus originale, engagée et personnelle, peut-être un peu trop d’ailleurs. Avouons que nous avons largement préféré le concert de ce soir, marqué par un retour à une – relativement – plus sage sobriété, avec des phrasés à l’ampleur toujours beethovénienne, mais plus naturels et moins tarabiscotés qu’avec New York, transmettant ainsi à l’auditeur une émotion plus immédiate.

On peut aimer un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout le style d’Anne-Sophie Mutter, mais on ne peut nier que l’interprétation y est toujours pensée avec logique, conçue, travaillée, on sent bien que rien n’est laissé au hasard. Quant aux moyens violonistiques, ils sont toujours au top. Le reste est une question de goût. La chance nous ayant placés à peine à cinq rangées de sièges de la violoniste, nous avons pu apprécier tout au long du concert l’exceptionnel qualité de son violon, profitant de toutes les nuances de timbres et de dynamiques, particulièrement dans de magnifiques pianissimi impeccablement tenus jusqu’aux limites de l’audible, sans que jamais ne se rompe le lien charnel avec le son, ce qui, malheureusement nous était arrivé du haut du premier balcon quelques jours auparavant lors d’un concerto de Prokofiev.

Il est à craindre que ceux qui étaient moins bien placés ce soir ont peut être parfois perdu le contact dans ces moments ultimes, mais qu’y faire. L’accompagnement d’Ozawa, pour respectable qu’il fut, n’en est pas moins quelque peu resté à nos oreille un « accompagnement », comme s’il avait voulu laissé la direction artistique à la violoniste, ce qu’elle a d’ailleurs complètement assumé. Mais dès la fameuse première mesure aux timbales, une fois de plus inexpressives (malheureusement il semble bien que 99% des chefs aient oublié les leçons de Furtwängler qui, lui, savait à quoi servent les timbales chez Beethoven !), on a regretté ce léger manque de puissance expressive qui donne ce surplus de tonus et de tension, qui allait accompagner tout le premier mouvement. Le Larghetto fut pris dans un tempo lent, peut être un poil trop pour la continuité du discours, mais juste ce qu’il faut pour réussir, ce qui était manifestement l’objectif des interprètes, ces moments magiques où le temps est suspendu, plongeant dans un impressionnant silence la salle entière en apnée. Le Rondo final fut brillamment mené, avec en point d’orgue une phénoménale cadence réussie par la violoniste.

Pour la troisième fois cette saison, nous avons entendu une Pathétique, et après Muti -Chicago trop lisse qui est un peu « passé au travers », puis Temirkanov – Saint-Pétersbourg trop cafouillé, l’interprétation d’Ozawa nous a semblé à la fois la plus classique pour ne pas dire sans surprise voire banale, mais néanmoins la plus réussie des trois. Avec un premier mouvement expressivement varié, aux choix de tempo sans faute pour chaque épisode, vint un Allegro con gracia qui fut le moins convaincant des quatre mouvements, n’apportant pas de contrepoint expressif plus léger (ou moins pesant), aux trois autres mouvements très dramatiques. La suite fut, comme on pouvait l’attendre, vigoureuse dans l’Allegro molto vivace et à notre avis un peu trop directe et rapide dans l’Adagio lamentoso final, au pianissimo final néanmoins saisissant. Mais quel orchestre ! il a quand même de beaux restes, des solistes remarquables (ah ces bois !), une cohésion et un engagement exemplaire, et un son qui, même s’il s’est quelque peu banalisé avec Abbado et Rattle par rapport à l’ère Karajan et plus encore Furtwängler, reste un des plus impressionnant de la planète, capable d’aller du plus infime pianissimo au plus puissant forte sans perdre sa musicalité.

Crédit photographique : © Harald Hoffmann/DG

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Paris. Salle Pleyel. 25-I-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 61 ; Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie nº6 en si mineur « Pathétique » op. 74. Anne-Sophie Mutter, violon ; Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Seiji Ozawa.

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