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Standing Ovation pour Flórez le magnifique !

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Toulouse. Théâtre du Capitole le 24-01-2008. Airs et mélodies de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) ; Christoph Willibald Gluck (1714-1787) ; Gioacchino Rossini (1792-1868) ; Gaetano Donizetti (1797-1848) ; Vincenzo Bellini (1801-1835) ; Rosa Mercedes Ayarza de Morales (1881-1969) ; Juan Diego Flórez, ténor ; Vincenzo Scalera, piano.

Le Théâtre du Capitole avait découvert en lui un Almaviva élégant et bien chantant dont il avait deviné l’avenir brillant, il y a déjà dix ans. Il retrouvait, ce soir, auréolé de ses nombreux succès internationaux. La beauté du timbre sur toute la tessiture est frappante, la longueur du souffle est peu commune, la largeur de la tessiture est exceptionnelle, le physique est celui d’un séducteur. Autant de qualités qui n’ont cessé de se développer. Même si elles reposent sur des dons de nature il reste à parler du prodigieux travail technique qui lui permet de vocaliser comme aucun autre ténor depuis Rubini. Flórez a envoûté le public si exigeant du Capitole, une sorte de communion l’aidant à s’investir pleinement.

Il s’est présenté avec simplicité et élégance, sans partitions, toujours très souriant. Sa gestuelle accompagne naturellement la ligne musicale. C’est peut-être ce qui restera le plus exceptionnel souvenir : Voir cet homme élégant, chanter avec tout son corps, phrasant sans cesse, et accompagnant ses lignes par d’amples gestes des bras. La musique est pour lui ligne, même lors des vocalises les plus insensées de Rossini. Chaque note aiguë, et sur aiguë, s’intègre dans la phrase musicale, et n’est jamais une fin en soi. La diction est toujours exemplaire et chose rare même dans les longues séries de vocalises, le texte reste présent.

Le programme de ce récital a été savamment construit. D’abord l’air de Tamino de La Flûte Enchantée. L’allemand est très correct et le phrasé mozartien d’une grande aisance. Ce chant d’amour devient aussi simple qu’une romance, mais une romance de prince. Le timbre est envoûtant, le souffle long, les nuances exquises. L’air d’Alessandro d’Il Re Pastor demande de la brillance dans les vocalises. L’italianité de la voix fait merveille et la rigueur stylistique donne finalement beaucoup d’allure à cet air.

Avec Bellini, Flórez atteint au sublime. La mélodie très mélancolique, la Ricordenza, annonce une superbe phrase d’Elvira dans sa scène de folie des Puritains. L’appui sur le texte est fascinant, la longueur de souffle permet des phrasés raffinés. La beauté de la voix se teinte de brumes et les couleurs solaires s’estompent. L’émotion naît petit à petit et prend l’auditeur à la gorge. La parfaite adéquation des moyens du ténor ainsi que sa sensibilité personnelle en font un interprète idéal de Bellini. L’air de Bianca et Fernando le confirme avec des vocalises toujours musicales et parfaitement réalisées. Pour la fin de la première partie du concert, le ténor Péruvien offre des mélodies et un air d’opéra du cygne de Pesaro.

Tout, absolument tout est parfait, depuis le style en passant par les nuances, l’humour et le rythme, jusqu’à l’énergie indispensable à cette musique brillante. Personne n’est aussi à l’aise que lui dans le répertoire rossinien. Vincenzo Scalera, son compère très complice, offre au public le prélude pour piano en forme de valse, extrait des Musiques anodines de Rossini, joué avec beaucoup d’humour et une virtuosité impeccable. Pourtant ce serait une erreur d’enfermer cet artiste rare dans la musique de Rossini. Dans sa deuxième partie de concert il saura nous en convaincre. Il a choisi de présenter une compositrice de son pays, Rosa Mercedes Ayarza de Morales, avec cinq mélodies très variées. Le texte est magnifié et ce qui s’impose c’est l’extraordinaire capacité d’adaptation rythmique des deux artistes. Les variations de tempi sont fulgurantes, mais avec une rare science du rubato, aucune subtilité rythmique ne semble les inquiéter.

Préparant ses prochaines interprétations scéniques du rôle d’Orphée de Gluck le jeune ténor nous offre le célèbre lamento suivi par l’air vocalisé rajouté, à sa demande, par le Chevalier Gluck pour Joseph Legros lors de la création parisienne. Rares sont les ténors qui osent chanter Orphée, seul Nicolaï Gedda a chanté également l’air virtuose sans trop s’y perdre. Il est incroyable d’entendre à la suite ces deux airs que tout oppose, mais qui sont chantés ce soir, avec tact et une belle perfection vocale et stylistique. Flórez semble sans rival sérieux aujourd’hui dans ce rôle. Donizetti est l’autre compositeur que Flórez affectionne. La grande scène avec air de Carlo extrait de Linda di Chamonix lui permet de briller en musicien dramatiquement juste et toujours en éblouissant technicien.

Après un tel programme, l’enthousiasme du public a obtenu 4 bis, prouvant la générosité de l’artiste. Il a ainsi offert des rôles en préparation, comme Roméo et le Duc, laissant entendre son évolution vocale, mais a aussi offert deux airs de ses plus grands succès. « Una furtiva lagrima » émouvant comme il se doit a obtenu un triomphe, mais c’est après l’air final de la fille du régiment (avec ses 9 contre ut), que la salle s’est levée d’un bon pour une standing ovation historique pensant l’art de Rubini ressuscité …

Crédit photographique : © Decca

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Toulouse. Théâtre du Capitole le 24-01-2008. Airs et mélodies de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) ; Christoph Willibald Gluck (1714-1787) ; Gioacchino Rossini (1792-1868) ; Gaetano Donizetti (1797-1848) ; Vincenzo Bellini (1801-1835) ; Rosa Mercedes Ayarza de Morales (1881-1969) ; Juan Diego Flórez, ténor ; Vincenzo Scalera, piano.

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