L’alto dans toute sa splendeur

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Emmanuel Nuñes (né en 1941) : « La Main Noire » pour trois altos re-recording ; « Improvisation II-Portrait » pour alto seul ; « Versus II » pour flûte en sol et alto. Christophe Desjardins, alto ; Emmanuelle Ophèle, flûte. 1 CD Aeon AECD 0756. Code barre : 3760058367568. Enregistré en juin/juillet 2007. Livret trilingue (français, anglais, portugais). Durée totale : 42’44’’.

 

fait parti des compositeurs de notre siècle les plus demandés. Cet artiste portugais a sillonné l’Europe en quête d’apprentissage, étudiant tous les aspects de l’écriture musicale, de Bach à la musique électro-acoustique. Il collabore régulièrement avec l’Ircam et l’Intercontemporain, donnant ainsi naissance à de nombreuses créations. et (tous deux membres de l’Intercontemporain) nous interprètent ici les trois grandes œuvres pour alto du compositeur.

La Main noire est une œuvre descriptive d’un des rôles de l’opéra d’ Das Märchen, écrit quelques années plus tôt, et inspiré du conte symbolique Le Serpent Vert de Gœthe : le personnage de la Vieille (die Alte). C’est en trois pistes que c’est fait l’enregistrement de l’œuvre pour alto seul, résultant d’un travail de mise en place admirable, exécuté avec pertinence et agilité par . Un résultat tout à fait surprenant.

Après l’œuvre de Gœthe, ce fut celle de Dostoïevski qui inspira Emmanuel Nunes, particulièrement La Douce. Ce récit fantastique est un monologue tragique réécrit en cinq improvisations dont Improvisation II-Portrait qui décrit le personnage de la Douce. Dans cette pièce, l’utilisation de l’alto est totalement innovante. Pour la jouer comme il se doit, deux instruments sont nécessaires, utilisés en alternance. L’un est accordé normalement et l’autre désaccordé à quelques tiers et quarts de tons des notes réelles, ce qui offre de nouvelles sonorités traduisant judicieusement le caractère lugubre du texte.

Après avoir exploré l’alto sous toutes les coutures, Christophe Desjardins et se sont retrouvés pour interpréter Versus III. Alors que ce duo nécessite bien deux instruments différents, l’œuvre n’est en fait qu’une seule et unique ligne mélodique née de la fusion de la flûte en sol et de l’alto. Cette extension des modes de jeux des deux instruments réunis donne une gamme extrêmement vaste en couleurs, exploitant des effets sonores et rythmiques nouveaux.

Pour résumer en quelques mots cet album surprenant et fort original, je dirai qu’Emmanuel Nuñes est à l’alto ce que Christophe Colomb est à l’Amérique.

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