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Le Pays à Tours, redécouverte majeure

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Tours. Grand Théâtre. 27-I-2008. Joseph-Guy Ropartz (1864-1955) : Le Pays, drame en musique en 3 actes et 4 tableaux, sur un poème de Charles Le Goffic. Mise en scène : Alain Garichot. Décors : Denis Fruchaud. Costumes : Claude Masson. Lumières : Marc Delamézière. Avec : Barbara Ducret, Kaethe ; Jean-Francis Monvoisin, Tual ; Evgueniy Alexiev, Jörgen. Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction musicale : Jean-Yves Ossonce.

A en juger par la qualité de cette représentation comme par la réaction particulièrement enthousiaste du public, il est difficile de comprendre l’oubli dans lequel est tombé Le Pays pendant plus de huit décennies.

Nous connaissions, depuis l’enregistrement signé en 2001 par pour le label Timpani, la rare qualité d’une partition savamment élaborée et pourtant d’une chaleur et d’un élan souvent enivrants. La démonstration est encore plus évidente dans la salle. Le mérite en revient au chef qui maîtrise parfaitement la structure thématique de l’œuvre et souligne, avec un admirable sens des dosages sonores, l’admirable talent de coloriste de Ropartz en sollicitant les brillants pupitres de l’Orchestre Symphonique Région Centre – Tours, parfaitement à son affaire ici. Sa lecture conjugue précision et fougue, dès le prélude dans lequel le drame s’inscrit déjà tout entier, et rend pleinement justice au savoir-faire instrumental et rythmique du compositeur.

Nous nous interrogions davantage sur le potentiel scénique de l’œuvre, en raison principalement des restrictions voulues par le compositeur : trois personnages seulement dans un cadre unique, avec une action particulièrement réduite. Cette fois encore, l’ouvrage s’impose grâce à la précision et à l’inspiration de la direction d’acteurs d’, qui met en scène trois personnages de chair et de sang : Tual, mari égoïste tourmenté par le regret de sa Bretagne natale ; Kaethe, si volontaire derrière sa douceur apparente ; Jörgen enfin, qui dévoile dans l’acte final un côté manipulateur insoupçonné. On sent dans ce travail ciselé une réelle empathie pour ces personnages dont la rudesse du climat islandais excuse les excès. Cette mise en scène d’une grande lisibilité, qui révèle le considérable potentiel dramatique du Pays, se déroule dans un cadre dépouillé (une maisonnette et une carcasse de bateau), laissant le soin aux remarquables projections conçues par d’installer les atmosphères, en évoquant tour à tour une Bretagne passée au prisme de la nostalgie et le rude pays des glaciers. Signalons aussi, dans le final, l’impressionnante et très hitchcockienne irruption des corbeaux qui annoncent que le drame est consommé.

La tâche des chanteurs n’est pas aisée, le principal protagoniste étant ici un orchestre dont le franchissement exige plus d’une fois des prouesses. La belle et attachante , s’empare du personnage de Kaethe avec une luminosité certaine et une générosité impressionnante, dont elle paye d’ailleurs peut-être le prix dans quelques aigus à l’arraché. La Ballade de Messire Olaf révèle une fine musicienne, tandis que l’engagement interprétatif et vocal de l’artiste contribue à une scène finale bouleversante. apparaît en difficulté au premier acte qui le contraint à forcer ses moyens, avec des inégalités dans l’émission et quelques signes d’engorgement. Ses louables intentions musicales lui permettent toutefois de redresser la barre par la suite, en particulier dans le rêve de Tual, abordé avec lyrisme, et le duo qui suit. Le baryton bulgare sert avec constance le répertoire français, même en dehors des sentiers battus (nous nous rappelons personnellement l’avoir découvert dans l’Appel de la Mer de ), et campe ici un solide Jörgen en s’appuyant sur un instrument sain et sonore. Il faut en tous cas rendre hommage à ces trois artistes pour leur investissement sans faille dans cette production.

Plus globalement, la foi et la générosité de tous les participants à cette redécouverte nous permettent aujourd’hui de l’affirmer : Le Pays est l’un des plus beaux fleurons de la production lyrique française du début du XXe siècle, d’une vitalité inentamée, et ne mérite en aucun cas de connaître à nouveau une aussi longue période d’oubli.

Crédit photographique : Kaethe : . Tual : © François Berthon

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Tours. Grand Théâtre. 27-I-2008. Joseph-Guy Ropartz (1864-1955) : Le Pays, drame en musique en 3 actes et 4 tableaux, sur un poème de Charles Le Goffic. Mise en scène : Alain Garichot. Décors : Denis Fruchaud. Costumes : Claude Masson. Lumières : Marc Delamézière. Avec : Barbara Ducret, Kaethe ; Jean-Francis Monvoisin, Tual ; Evgueniy Alexiev, Jörgen. Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction musicale : Jean-Yves Ossonce.

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