Artistes, Instrumentistes, Portraits

Henri Salvador (Cayenne, 18 juillet 1917 – Paris, 13 février 2008)

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Hommage

Un monument de la chanson française, grand-père éternellement jeune, vient de s’en aller. Avant de tirer sa révérence du monde des vivants, avait fini sa tournée d’adieu le 21 décembre 2007.

Bien que né à Cayenne, a passé toute son enfance et son adolescence à Paris. En 1933 a lieu la révélation avec Louis Armstrong et Duke Ellington : il sera musicien de jazz. La Seconde Guerre Mondiale ne freine pas ses ambitions : en 1941 il fait la connaissance de Django Reinhardt puis il intègre l’orchestre de Ray Ventura (les Collégiens) et son nom apparaît en haut de l’affiche à l’occasion d’une tournée au Brésil. L’après-guerre est faste en succès, émissions et enregistrements. 1950 voit la sortie de sa chanson la plus célèbre : Une chanson douce. En 1955 avec Boris Vian et Michel Legrand il concocte le premier titre rock français.

Dans les années 60 il se retire de la scène au profit d’émissions de télévision, de productions de disque, d’édition de partitions et surtout de composition : Dis rien remporte le deuxième prix de l’Eurovision de la chanson. Les années 60 voient la prolifération de chansons drôles, devenues de grands succès populaires : Le travail c’est la santé, Zorro est arrivé, Faut rigoler, Juanita banana, etc. entrecoupées d’autres succès au caractère plus intimiste : Syracuse, Le lion est mort ce soir, …

Dans les années 70, devenu indésirable à l’ORTF, Henri Salvador se recycle : il est LA voix des versions françaises des films d’animation à succès de Walt Disney. Selon l’adage « on est jamais si bien servi que par soi-même » il effectue seul l’intégralité de l’enregistrement des chansons des Aristochats, usant et abusant du re-recording, enregistrant un à un les instruments sur la bande-son. Cela lui a valu le Grand Prix de l’Académie du disque Charles Cros en 1971. Toujours perméable aux styles musicaux du moment, après le jazz et le rock Henri Salvador s’ouvre dans les années 70 au disco. 1977 voit la mort de son épouse Jacqueline Garabédian. Contrairement aux us et coutumes du show-business, le couple Salvador n’a jamais défrayé la chronique. Après quelques mois de silence, il repart dans la chanson avec un album en hommage à son ami Boris Vian en 1979, puis la collaboration la même année au conte musical Emilie jolie de Philippe Chatel.

En 1982 il tente un retour à la scène. Si le premier spectacle est auréolé de succès (60 représentations), une fois la surprise passée le public ne suit pas, et malgré diverses interventions télévisuelles Henri Salvador n’arrive pas à se débarrasser d’une image de chanteur rigolo et suranné. Les années 90 voient son retour progressif, dans un style de plus en plus jazzy, aux cotés de Michel Petrucciani ou Ray Charles. Prix d’honneur spécial des Victoires de la Musique 1996 pour l’ensemble de sa carrière, ses titres sont de plus en plus repris par des groupes de formation récente (Le lion est mort ce soir par Pow-Wow). Ses maisons de disque n’oublient pas de fêter ses 80 ans en 1997 par diverses compilations, mais un album « surprise » le renoue avec le grand succès populaire : Chambre avec vue, qui fait revenir le spectre du jazz cool et de la bossa-nova des années 50, écrit en collaboration avec deux jeunes créateurs : Keren Ann et Benjamin Biolay. En moins de deux ans l’album est disque de diamant (1 500 000 exemplaires). Ces dernières années il a été couvert d’honneur (Légion d’honneur, Ordre brésilien du Mérite, …), a enchaîné tournées sur tournées, collaborations et apparitions diverses, jusqu’à son ultime album en signe d’adieu : Révérence, disque d’or en France dès sa sortie.

Et la musique classique dans tout ça ?

Musicien autodidacte, Henri Salvador n’en a pas été pour autant moins curieux ni ouvert. Perméable à bien des styles musicaux, parti du jazz pour revenir au jazz, premier importateur du rock en France, sollicité et repris par nombre de chanteurs étiquetés « disco » (Sheila, Claude François, …), les oreilles d’Henri Salvador se sont frottées à tout. En témoigne le tube Juanita banana, qui une fois passé l’aspect comique troupier reprend… « Caro nome », air de Rigoletto de Giuseppe Verdi. Un lointain entretien diffusé sur France-Musique à l’occasion de ses 80 ans, que nous vous retranscrivons de mémoire, témoigne de l’attachement d’Henri Salvador pour la musique classique. Il y clamait son amour pour la musique du premier XXe siècle, plus spécifiquement Ravel, qu’il considérait comme « le père de la musique de film ». Puis citait tout à coup Hindemith ! Avant de conclure « il y a des dissonances, et j’aime quand ça frotte ».

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