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La Saint-Mathieu par l’Orchestre de Chambre de Cologne, fresque en version originale

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 21-III-2008. Johann Sebastian Bach (1685- 1750) : Matthäus-Passion BWV 244. Nico van der Meel, ténor (Evangéliste) ; Andreas Hörl, baryton (Christ) ; Siri Thornhill, soprano ; Yvonne Berg, alto ; Virgil Hartinger, ténor ; Locky Chung, basse ; Annette Wurm, soprano ; Achim Rück, basse. Collegium Vocale Siegen (chef de chœur : Ulrich Stötzel), Knaben des Kölner Domchores (chef de chœur : Eberhard Metternich), Orchestre de Chambre de Cologne, direction : Helmut Müller-Brühl.

Des cinq passions composées par Bach pour le Vendredi Saint, et parmi les deux survivantes, la Passion selon Saint Matthieu (c. 1727) est une pièce unique. Inspiré des expérimentations vénitiennes flamboyantes de Gabrieli ou de Willaert dans la seconde moitié du XVIe siècle, Bach y fait figurer deux chœurs, deux orchestres et deux orgues. En apparence, un tour de force technique qui dépasse le registre intimiste de la Passion selon Saint Jean (1724) pour une plus grande théâtralité. En vérité, c’est un enjeu rhétorique, hautement didactique : les deux parties symbolisent la division entre l’Eglise et le Christ à l’heure de son sacrifice. Et que le Théâtre des Champs Elysées soit remercié d’avoir pensé au sous-titrage…

Exhumation toujours délicate à cause de sa luxuriante orchestration bicéphale, cette Passion requiert une grande homogénéité des forces en mouvements. Sous la baguette de Helmut Müller- Brühl, l’effectif réduit (mais somme toute important) de l’orchestre de Chambre de Cologne, le Collegium Vocale de Siegen et le chœur d’enfants de la Cathédrale de Cologne ont canalisé leurs énergies et servi la partition avec justesse.

Une fresque sans discordance stylistique dont le succès a été assurée par une excellente distribution. A la narration, l’Evangéliste et ténor Nico van Meel maîtrise son sujet de longue date. La soprano Siri Thornhill, dotée d’une voix aérienne et délicate, personnifie l’ascension spirituelle tandis que Locky Chung, basse, incarne le tragique de la condition humaine avec une articulation superbe. Mais aucun soliste ne saurait être oublié, l’alto Yvonne Berg, qui offre une interprétation pleine de ferveur, le ténor Virgil Hartinger, (le Christ) malgré une justesse un peu chancelante ou les solistes du chœur.

Ce dernier, d’une technique irréprochable (sureté des aigus propulsés avec aisance) tient lui aussi une place de choix dans la distribution, tout comme le chœur d’enfants, puissant et volontaire. La doublure des voix de femmes par les voix d’enfants est d’une pureté exemplaire. Si l’écriture évite tout effet gratuit, les instrumentistes insistent un peu trop sur leurs parties et ne conduisent pas assez les solistes : hétérogénéité des violons du second orchestre, basse continue un peu statique, une certaine lourdeur pointe dans l’accompagnement des solistes (flûte et voix d’alto), négligence dans les plans sonores (violon et voix de basse).

Mais ces quelques détails de mise en place restent néanmoins assujettis à une belle vision d’ensemble. Une interprétation historique nuancée, dans laquelle, la chaleur expressive des solistes rachètent une certaine retenue dans l’émotion (chœur, orchestre).

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 21-III-2008. Johann Sebastian Bach (1685- 1750) : Matthäus-Passion BWV 244. Nico van der Meel, ténor (Evangéliste) ; Andreas Hörl, baryton (Christ) ; Siri Thornhill, soprano ; Yvonne Berg, alto ; Virgil Hartinger, ténor ; Locky Chung, basse ; Annette Wurm, soprano ; Achim Rück, basse. Collegium Vocale Siegen (chef de chœur : Ulrich Stötzel), Knaben des Kölner Domchores (chef de chœur : Eberhard Metternich), Orchestre de Chambre de Cologne, direction : Helmut Müller-Brühl.

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