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L’Autre Monde, ou les Estats et Empires de la Lune : Ecoute lecteur

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655) : L’Autre Monde, ou les Estats et Empires de la Lune. François Dufaut (av. 1604-av. 1672), Prélude ; Sarabande. Monsieur de Sainte Colombe (ca. 1640 – ca. 1700), Les Couplets. John Playford (1623-1686), Lady Catherine Ogle (new dance), Kemp’s Jig. Nicolas Hotman (ca. 1610 – 1663), Bourrée. Jean Lacquemant dit Dubuisson (ca. 1622-1681), Sarabande ; Allemande. Giovanni Girolamo Kapsperger (ca. 1580-1651), Colascione : Canario ; Toccata Arpeggiata. Marin Marais (1636-1728), Musette. Diego Ortiz (ca. 1510-ca. 1570), Recercada Quarta. Anonyme – Manuscrit Vaudry de Saizenay (2e moitié du XVIIe siècle), Prélude. Benjamin Lazar, déclamation baroque. Ensemble La Rêveuse. Benjamin Perrot, théorbe, luth et guitare baroque. Florence Bolton, dessus et basse de viole. 2 CD Alpha. Réf. 078. Code barre : 3 760014 190170. Enregistrement au Temple du Bon Secours à Paris en décembre 2004 et février 2005. Notice en français. Durée : CD 1 : 53’39’’, CD2 : 68’27’’

 

« C’est un livre …qui n’a ni feuillets ni caractères…un Livre où pour lire les yeux sont inutiles ». De la Vie est un songe au Songe d’une Nuit d’été en ne s’interdisant pas les Illusions comiques, le XVIIe siècle baroque fut beaucoup, beaucoup plus libre, sous les contraintes, que notre temps sous les flots de paillettes virtuelles. Libre de rêver, libre de penser, libre d’aimer ou de remettre en question certains dogmes. Tout ceci, , que le XIXe siècle et Edmond Rostand avaient réduit au ridicule d’un long appendice et d’un amour dont ce dernier le rendrait indigne, le vrai Cyrano donc le savait bien et dans L’Autre Monde, ou les Estats et Empire de la Lune nous livre une vision très personnelle de cet univers où poésie et science, musique et mots sont éloquents et donnent aux rêves une réalité fantasmagorique.

Interpellant le lecteur « mais escoutte lecteur », Cyrano, par la voix et le corps de , s’empare de votre esprit, et par ses mots qui résonnent comme une formule magique, vous invite à le suivre par-delà le temps et l’espace dans un voyage aux confins des rêves et de la réalité, du Québec à la Lune (ne peut-on rêver plus poétique et moins polluant moyen de transport que « quantité de fioles pleines de rosée » ?). Plus encore, il vous encourage à remettre en cause les vérités établies et les idées préconçues. Si l’on peut aussi considérer ce roman tout à la fois comme un roman d’anticipation avant la lettre, ou un parcours initiatique, il est aussi une invitation à la curiosité du (des) monde(s) et de l’autre. Sur la Lune et après quelques déboires et un apprentissage du regard sur, et de, l’inconnu, de « l’étranger », sur la différence, il rencontre le « Démon de Socrate », y croise « lémures, farfadets et nayades »… ayant trouvés exils plus chaleureux que sur notre Terre où les habitants ont renoncés aux enchantements… Mais seule l’écoute du Cd ou la vision du spectacle vous conduira au « bout » du voyage.

n’est pas seulement un narrateur ou un comédien, il est Savinien. Enchanté, envouté par les mots, il redonne vie, lumière et ombre à ce texte étrange et fascinant. Il nous fait passer de l’autre côté, dans un tableau, un miroir, dans l’histoire au côté de son personnage et on se surprend en l’écoutant à devenir à notre tour conteur, comédien, …acteur d’une autre vie. Sur la Lune lorsque ses habitants « sont las de parler ou quand ilz dédaignent de prostituer leur gorge à cet usage, ilz prennent, tantost un luth…un autre instrument, dont ils se servent aussi bien a communicquer leurs pensées… ».

Cyrano de Bergerac aimait la musique et l’Ensemble apporte un contrepoint à la perception de l’œuvre. Tour à tour mélancolique ou burlesque les morceaux choisis couvrent cette musique intime, savante ou populaire, du XVIIe siècle et ressemble à la flamme d’une bougie ou à la flambée dans une cheminée, source de chaleur et d’onirisme, éloquente au même titre que les mots, elle est en elle-même un personnage, et nous murmure la valeur de la vie, la joie ou les peines du voyage, elle « sait le secret ». Ce disque est une interprétation merveilleuse d’une œuvre à (re)découvrir de toute urgence.

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