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De plus en plus radieux

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Toulouse. Halle aux Grains. 3-IV-2008. Olivier Messiaen (1908-1992) : Les oiseaux exotiques (1956) ; Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche en ré majeur ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 10 en mi mineur, op. 93 ; Roger Muraro, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; direction  : Ilan Volkov.

Trois passions ont été à l’origine de nombreuses compositions de Messiaen : Le plain-chant, les rythmes de l’Inde et, le plus connu, le chant des oiseaux. Pour ouvrir ce concert, qui mettait en vedette le pianiste , grand spécialiste de l’œuvre de Messiaen, il était naturel de choisir les oiseaux, superbe partition de 1956, qui rassemble 48 chants d’oiseaux dont certains très exotiques. L’effectif instrumental est particulièrement original, avec un petit orchestre de vents, le glockenspiel, le xylophone et des percussions, en plus du piano solo. Une grande complicité à unit les interprètes et le chef. L’extrême précision de cette partition a été rendue grâce à une concentration extrême de chacun et la jouant par cœur. Une incroyable performance, qui a réuni tous les musiciens et le très jeune chef de ce soir dans une perfection technique inouïe.

La deuxième œuvre au programme est adorée du public. Ce concerto pour la main gauche de Ravel est une œuvre admirable, extrêmement émouvante car la guerre, par ses ravages et ses mutilations y est présente, mais au final confondu. La noirceur du début, (quel admirable bassoniste !), la douleur de la main droite du pianiste parfois levée sur le clavier comme un reproche, est au fur et à mesure de l’œuvre éclairée par le piano capable d’une délicatesse extrême et par des éléments de jazz réjouissants. Le message semble être : l’homme est capable du pire par la noirceur qui l’habite, mais aussi du meilleur par la musique. L’osmose a été totale ce soir entre un pianiste sensible, un chef inspiré et un orchestre en état de grâce. La précision de chaque instrumentiste, de chaque pupitre mérite d’être soulignée. La poésie émanant du jeu de Muraro est prodigieuse. Quelles couleurs ! Quelles nuances !! Quelle écoute entre tous ces fabuleux artistes !!! L’émotion du public a été grande. Le bis donné par Muraro a été un extrait de ma mère l’oie : une pavane pour la belle au bois dormant d’une délicatesse et d’un chic suprêmes.

Après l’entracte, à peine remis de ses émotions, un grand choc attendait le public. La composition de la Dixième symphonie a coûté beaucoup d’efforts à Chostakovitch. La critique l’avait tellement maltraité pour sa neuvième symphonie que la mise en route a été particulièrement pénible. Même après le succès de la création, l’ambiance était tellement hostile qu’il a fallu trois jours pour qu’enfin musiciens, critiques, mélomanes et compositeurs, réunis dans la maison des compositeurs, admettent la haute valeur de cette partition qui touche droit au cœur et souvent beaucoup plus profondément encore. En tout cas, il n’aura fallu qu’une audition au public Toulousain pour rendre un vibrant hommage au génie d’orchestrateur de Chostakovitch. Réglant ses comptes avec les horreurs de la vie, le stalinisme en particulier, le compositeur a osé des rythmes incroyables, des associations d’instruments improbables et des nuances foudroyantes. avec sa baguette, a une direction d’une précision d’horloger. Il domine cette partition terrible avec une aisance déconcertante et obtient de ce fait de l’orchestre d’aller au-delà du raisonnable. Les bois et les cuivres ont été ensorcelants et de précision et de force mais également capables d’une délicatesse à pleurer. Les percussions en grand nombre ont également brillé tout particulièrement. Les cordes n’ont jamais démérité. Il s’agit d’un monument d’émotion symphonique comme il y en a très peu. Un sommet vertigineux car semblant issu d’un abîme de souffrance : un véritable choc pour le public. Après une symphonie n°5 inoubliable, Chostakovitch pourrait bien être la révélation de l’année pour beaucoup à Toulouse. Cela ferait un projet d’enregistrement pour l’orchestre assez fascinant…

Crédit photographique : Illan Volkov © Keith Saunders

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