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Le Cincinnati Symphony Orchestra à Paris

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Paris. Salle Pleyel. 10-IV-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Ouverture des Noces de Figaro K. 492 ; Serge Rachmaninov (1873-1943)  : Concerto pour piano et orchestre n° 3 en ré mineur op. 30 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°10 en mi mineur op. 93. Nikolai Lugansky, piano. Cincinnati Symphony Orchestra, direction : Paavo Järvi.

S’il n’est pas le plus célèbre orchestre symphonique des Etats-Unis, le n’en est pas moins une des plus anciennes institutions symphoniques, prenant sa source dès les années 1825, avant d’être officiellement créé sous son nom actuel en 1895. Depuis 2001, en assure la direction, succédant ainsi à Jesús López-Cobos qui en détenait les rênes depuis 1986. Sous contrat avec la maison Telarc où il publie régulièrement deux disques par an, le couple Järvi-Cincinnati a ainsi pu se faire connaître hors de son berceau d’origine, mais comme rien ne vaut un concert live, nous avons profité de sa visite parisienne pour se faire une idée de la qualité de cet ensemble.

On peut se demander ce que l’Ouverture des Noces de Figaro a à voir avec le Concerto n°3 de Rachmaninov ou avec la Symphonie n°10 de Chostakovitch, mais c’est pourtant bien avec cette œuvre que le chef a décidé de lancer le concert. Soit, au moins la brièveté de cette ouverture a permis aux quelques retardataires de rejoindre leur place pour le concerto, moment le plus attendu par une grande partie de la salle si on en croit les discussions volées dans le hall. Mais c’est Mozart qui ouvrit le bal, avec un orchestre au format délibérément symphonique, au quatuor largement fourni (ce qui se défend pour la salle Pleyel, où trop réduire la voilure nous semble plus risqué). Malgré tout, un peu plus de fermeté et d’accent sur les phrasés des bois et cuivres n’aurait pas nuit, le début de cette exécution nous semblant ainsi manquer de poigne. Et pas beaucoup de folie ni de drame tout au long de ces cinq petites minutes, sensées être le début d’une « folle journée » qui nous a laissé sur notre faim.

Depuis le début de la saison, les orchestres visiteurs nous on donné une profusion de Tchaïkovski et c’est avec soulagement que nous avons accueilli ce nouveau programme russe sans Piotr Llitch (l’overdose nous guette !). Néanmoins, ayant toujours eu quelques problèmes avec le long Concerto n°3 de Rachmaninov, qui avouons le humblement, ne nous a jamais totalement convaincu, nous attendions cette nouvelle expérience comme une chance de réviser notre jugement. Malheureusement, ça n’a pas été réellement le cas, même si, reconnaissons le, le public a été nettement plus enthousiaste. Le jeu très équilibré de , évitant soigneusement les extrêmes, finalement assez peu « à la russe », presque trop intimiste, avait certes un aspect très agréable à l’oreille, mais peu de passion ou d’intensité s’y manifestait. On attendait alors la longue cadence pour espérer frissonner, ce qui est presque arrivé, le pianiste s’y montrant remarquable, même si, là encore, nous aurions aimé un peu plus de puissance expressive, mais c’était le meilleur moment de cette sage exécution. L’orchestre y joua tout aussi sagement son rôle (décidément nous n’arrivons pas à nous passionner pour cette partition orchestrale), mais on put y apprécier quelques beaux solistes dans les rangs des bois et des cuivres, et un ensemble d’une précision toute américaine.

Pour nous la pièce de résistance du programme était incontestablement la Symphonie n°10 de Chostakovitch, une de ses plus célèbres, mais pas la plus facile tant l’équilibre entre les mouvements est délicat à trouver et réaliser. A commencer par le long Moderato initial, lui-même sérieusement problématique avec son début d’un profond pessimisme, proche de la désolation la plus totale, carte qu’a clairement jouée en choisissant un tempo très retenu, jouant avec aussi peu d’expression que possible, espérant ainsi glacer le sang de l’auditeur par cette absence de vie, effet risqué, mais assez réussi. La suite, plus contrastée, avec ici un aspect « rouleau compresseur stalinien », là une ironie cynique classique chez Chostakovitch, s’est bien passée, sans toutefois être mémorable. L’Allegro qui suivit, pris dans un tempo très rapide, plein d’énergie, soudant l’ensemble du mouvement, a permis de constater le bon niveau de virtuosité collectif dont était capable cet orchestre. Et l’Allegretto, plus propice à l’exposition des solistes, les a montrés à leur avantage, avec une mention spéciale au cor solo, Elizabeth Freimuth, qui a réussi à la toute fin du mouvement, un pianissimo inouï. Le finale, seul mouvement porteur d’optimisme, a clairement emporté l’adhésion du public de la salle Pleyel qui n’a pas ménagé ses applaudissements. Pour notre part, nous retiendrons de ce concert un bien meilleur niveau de satisfaction avec la symphonie de Chostakovitch qu’avec le reste du programme, et un orchestre tel qu’on l’attend d’un orchestre américain, certes moins impressionnant que le top five d’outre-atlantique (auquel il faut ajouter le Philharmonique de Los Angeles), mais tenant bien son rang.

Crédit Photographique : Paavo Järvi © Lang Photography, Inc.

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Paris. Salle Pleyel. 10-IV-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Ouverture des Noces de Figaro K. 492 ; Serge Rachmaninov (1873-1943)  : Concerto pour piano et orchestre n° 3 en ré mineur op. 30 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°10 en mi mineur op. 93. Nikolai Lugansky, piano. Cincinnati Symphony Orchestra, direction : Paavo Järvi.

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