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Crédit Photographique ©Jean-Luc Lénart

Festival de musique classique Opus 5

Prenez une ville d’eau, des arbres tout juste en fleurs, un brin de mistral, ajoutez-y un compositeur majeur, de brillants exécutants, offrez à tout cela le cadre d’un château, d’une église et d’un théâtre… vous aurez réuni tous les ingrédients d’un magnifique événement printanier, le festival Opus.

Opus… 5 ! Cinq ans déjà que les villes d’Aubenas et de Vals-les-Bains vibrent d’une ardente vitalité sonore à chaque retour de la belle saison. Profondément attaché à cette région dans laquelle il a passé son enfance, , directeur artistique du festival, a souhaité en initier les habitants à la musique, cette musique que l’on dit classique, que l’on qualifie de savante, mais dont le premier caractère reste, et doit rester, l’universalité. En fonction de cette exigence précise, le choix des responsables a délibérément porté sur la période du printemps, hors donc le cadre traditionnel des congés scolaires. C’est à une semaine de musique intense et partagée que le public est convié de la sorte, dans le cadre d’une manifestation alternant judicieusement actions pédagogiques et concerts. Une semaine dont tous les acteurs musiciens tendent ainsi à multiplier, avec le plus parfait naturel, les rencontres avec leur auditoire : aussi les verrez-vous passer et s’attarder dans les collèges et les lycées, présenter leurs instruments, parler de leur métier, se prêter devant ces assemblées néophytes à la sévère discipline de la répétition en direct. Au passage, on se gardera, bien sûr, de passer sous le silence le concert le plus attendu de ce festival, celui qui, regroupant les écoles de musique d’Aubenas et de Vals-les-Bains, reste l’émanation la plus directe, la plus féconde, la plus significative de cette superbe entreprise.

Une fois réunies de si belles conditions, restait à trouver – et à inviter – le fédérateur idéal de ces énergies sensibles, un compositeur de haute lignée, inventif, altruiste, pleinement inscrit dans le panorama contemporain. Cette année, il est vite apparu qu’avec , les organisateurs avaient eu la main particulièrement heureuse, le ton de la session ayant été donné dès la journée musicale du vendredi. Une journée ouverte, dans le décor enchanteur du si joli château d’Aubenas, par une conférence au gré de laquelle le compositeur présenta, avec une verve et un humour propres à lui rallier toutes les sympathies mais aussi à stimuler toutes les attentions, ses choix instrumentaux ainsi que les techniques d’écriture et les modalités dynamiques mises en jeu dans ses œuvres. En la matière, rien de plus convaincant que la présentation, illustrée de nombreux exemples musicaux, de ses singuliers et délectables arrangements de lieder de Schubert.

Quelques heures plus tard, le concert « Gros plan sur un instrument » mettait à l’honneur le piano, autre invité d’honneur du festival. Carte blanche ayant été donnée au talentueux Michel Dayez, ce dernier avait fait le choix d’un programme éclectique, invitant à une errance trois fois séculaire, de Bach à Crumb en passant par une sonate pour violon de Beethoven, dans laquelle fit une brève et brillante apparition, ou encore par l’Élégie de , donnée avec la complicité du brillant violoncelliste .

Au sein de l’église d’Aubenas gagnée par les lueurs mouvantes du crépuscule, le programme « Autour de Schubert » offrait enfin au public la contribution directe de notre compositeur. Schubert… en souvenir de tous les merveilleux moments musicaux et autres impromptus dont les célestes longueurs avaient bercé, distillées par les doigts maternels, l’enfance de . De la magie de ces mutations harmoniques en perpétuelle évolution, nombre d’incertains échos offraient au public subjugué le piquant paradoxe d’une osmose conflictuelle : Marguerite au rouet, Au Printemps, La Jeune nonne, Nostalgie de printemps… autant de pages immortelles impeccablement accordées aux audaces de Bernard Cavanna, re-créateur d’un univers à proprement parler inouï par simple arrangement de ces pièces pour soprano, violoncelle, accordéon (instrument né à Vienne un an après la mort de Schubert et à l’endroit duquel notre compositeur ne cache pas une tendresse particulière) et violon. Dévoilant les ressources insoupçonnées du “piano du pauvre », c’est en jouant sur le registre expressif des timbres et sur l’ingéniosité de leurs combinaisons que Bernard Cavanna évacuait la prégnance si marquée du « noir et blanc » des claviers, au profit d’une fusion sensible et raffinée des paramètres sonores. Parti-pris esthétique à la réussite duquel la soprano contribuait de façon décisive par son intelligence prosodique et musicale.

Vinrent ensuite les trios n°1 et 2 pour accordéon, violon et violoncelle du même Cavanna, toujours aussi inspiré et toujours aussi bien servi par ses interprètes (Éric Crambes, David Simpson, Bruno Maurice, ). Au long de ses quatre mouvements, la première partition offrait un panel aussi séduisant que contrasté d’ambiances sonores, de l’affrontement initial des trois instruments à la magie statique du finale. Musique d’une envoûtante beauté dont les échos semblaient curieusement ranimer, méconnaissables et pourtant familières, les sonorités du second trio, d’une rare subtilité dans l’utilisation des harmoniques et d’une plaisante saveur dans son deuxième mouvement, teinté d’un pentatonisme « passé au micro-onde » selon le mot même de son auteur ! Retour à Schubert (Romance, Le Pigeon voyageur, Mer calme, Le Roi des aulnes) pour la conclusion d’un concert acclamé par un public debout, digne récompense de cette grande soirée musicale.

La journée ensoleillée du dimanche débuta, dans la salle du cinéma de Vals-les Bain, par une éclatante démonstration, à l’accordéon, du beau Bruno Maurice faisant découvrir au public ravi son magnifique « Bayan ». Sous le label évocateur de « l’âme russe », le concert de clôture, organisé dans le joli théâtre à l’italienne de Vals, proposait enfin deux pièces magistrales de Prokofiev : la sonate n° 2 op 94 a pour flûte et piano et la sonate n° 2 op 80 pour violon, supérieurement interprétées. En seconde partie, le sextuor à cordes « Souvenir de Florence » de Tchaïkovski présentait pour particularité un délicieux arrangement, tout de vie et de fraîcheur, d’une partie de violoncelle à la contrebasse réalisé par l’interprète lui-même, Eckhard Rudolph.

Un compositeur dont la musique laisse une trace profonde dans la mémoire, des interprètes de grande classe, un programme mariant la qualité à l’originalité… Rien à ajouter, sinon un grand bravo pour ce pari réussi à Eric Crambes… Rendez vous au printemps prochain pour l’opus 6 !

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