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Coup de cœur pour Richard Cœur-de-Lion de Haendel !

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Riccardo Primo Re d’Inghliterra, HWV 23 ; Opéra en trois actes sur un livret de Paolo A. Rolli d’après Francesco Briani. Lawrence Zazzo, contre-ténor : Riccardo Primo ; Nuria Rial, soprano : Costanza ; Geraldine McGreevy, soprano : Pulcheria ; David Wilson-Johnson, bariton : Isacio ; Tim Mead, contre-ténor : Oronte ; Curtis Streetman, basse : Berardo ; Kammerorchesterbasel ; Direction : Paul Goodwin ; 3 CD Deutsche Harmonia Mundi ; Code Barre : 8 86971 74212 1. Enregistrement réalisé du 23 mai au 31 juin 2007 ; Notes en français, allemand et anglais, livret en PDF sur le CD 1 traduit dans les trois langues. Durée : 42’31’’ ; 74’29’’ ; 59’30’’

 

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La parution d’un enregistrement d’un opéra de Haendel encore inédit est une aubaine. Ce magnifique coffret est une réussite absolue. Dès qu’on le prend en main on est séduit par une présentation originale qui est d’une beauté rare, de plus teintée d’humour. Rien à voir avec les présentations incongrues de la Vivaldi édition, par exemple.

Il s’agit d’un véritable travail éditorial, car ici le flacon merveilleux contient en plus un nectar succulent et l’ivresse est totale. Cet opéra de Haendel date de 1727. Au faite de sa gloire le compositeur dispose pour sa création de sopranos rivales d’égale valeur, Faustina Bordoni et Francesca Cuzzoni qui avaient fait un terrible scandale en s’insultant sur scène, leurs partisants en étant venus aux mains… Il est peu de dire qu’il se surpasse et compose pour les divas rivales des airs merveilleux, mais le rôle de Riccardo primo dévolu à Senesino n’est pas en reste, ajoutons à cela un rôle de méchant pour un baryton qui offre également de vrais moments de bonheur, et les deux rôles mineurs pour basse et deuxième contre-ténor ajoutent de biens beaux airs. On peut également faire confiance à Haendel pour un savant équilibre qui ménage les susceptibilités entre les chanteurs mais procure surtout beaucoup de joies à l’auditeur. Pourtant ce qui est le plus remarquable dans cet opéra est une qualité d’orchestration inhabituelle. Cors, trompettes, timbales, flûtes, dont une extraordinaire flûte basse, hautbois, basson, complètent un orchestre de cordes fourni et saluons la performance d’un riche continuo qui avec diversité et engagement soutient admirablement les récitatifs et les accompagnato. Il est probable que la création ayant eu lieu pour le couronnement de Georges II ceci explique l’ampleur des moyens dont le compositeur a bénéficié.

Au plan dramatique Le livret est plutôt convenu avec des jeux de pouvoir et d’amour contrariés, des travestissements et des trahisons et une lieto fine. Rien d’indigne, rien de transcendant non plus. En tout cas on écoute un CD après l’autre avec beaucoup de plaisir et tout passe trop vite tant toute cette partition est admirable et d’une beauté constante.

Musicalement la redécouverte de cet opéra est donc parfaitement justifiée. Mais nous bénéficions en plus d’une interprétation particulièrement réussie. Les chanteurs sont tous excellents. Une virtuosité assumée tant chez les hommes que les femmes, et une maîtrise stylistique totale sont des atouts précieux. Les voix sont toutes belles et savent jouer de leurs particularités. Le contre-ténor est un Richard Cœur de Lion crédible même si la vaillance n’est pas son fort. Par contre dans le magnifique duo qui clos l’acte 2, dans lequel il retrouve enfin sa bien-aimée, le mariage de sa voix subtile avec celle de est d’une sensualité troublante. Ce duo est l’un des plus longs de Haendel et jusque dans la cadence la sensibilité amoureuse est rare.

Les deux sopranos sont d’égales valeurs et et Geraldine McGreevy ont à mon goût un timbre trop proche, une opposition plus marquée aurait permis de revivre la rivalité historique des divas. Il y a aussi des moments plus chevaleresques comme une tempête qui ouvre l’acte un et un appel à la guerre tonitruant à l’acte 3. Pourtant si il y un air plus irrésistible c’est celui de Constanza, la promise de Riccardo, qui le croyant perdu appelle la mort. L’accompagnement de la flutte basse est très étonnant. Mais sa rivale n’est pas en reste avec un air évoquant les oiseaux, accompagné par une flûte à bec sopranino.

Saluons également le remarquable travail de reconstitution et la direction à la fois dramatique et très souple de . À la tête du Kamerorchester Basel il interprète Haendel en développant la richesse de l’orchestration au maximum et offre au continuo le bénéfice d’une attention constante avec de très beaux effets théâtraux. Une direction en tout point enthousiasmante qui semble fédérer son équipe de chanteurs virtuoses.

La prise de son est claire et vivante, particulièrement naturelle. Voici donc une très belle découverte d’un opéra de Haendel injustement oublié, dans une interprétation merveilleuse et une présentation irrésistible. À connaître absolument. Seule ombre au tableau il faut prendre la peine, avant de mettre le premier CD dans sa platine, d’enregistrer le livret dans son ordinateur ou de l’imprimer afin de pouvoir suivre l’action pendant l’audition…

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Riccardo Primo Re d’Inghliterra, HWV 23 ; Opéra en trois actes sur un livret de Paolo A. Rolli d’après Francesco Briani. Lawrence Zazzo, contre-ténor : Riccardo Primo ; Nuria Rial, soprano : Costanza ; Geraldine McGreevy, soprano : Pulcheria ; David Wilson-Johnson, bariton : Isacio ; Tim Mead, contre-ténor : Oronte ; Curtis Streetman, basse : Berardo ; Kammerorchesterbasel ; Direction : Paul Goodwin ; 3 CD Deutsche Harmonia Mundi ; Code Barre : 8 86971 74212 1. Enregistrement réalisé du 23 mai au 31 juin 2007 ; Notes en français, allemand et anglais, livret en PDF sur le CD 1 traduit dans les trois langues. Durée : 42’31’’ ; 74’29’’ ; 59’30’’

 
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