La Scène, Opéra, Opéras

Le feu à l’Opéra de Lyon

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Lyon. Opéra. 17-V-2008. George Gershwin (1898-1937) : Porgy and Bess, opéra en 3 actes sur un livret de Ira Gershwin et DuBose Heyward sur la nouvelle Porgy de DuBose Heyward. Mise en scène : José Montalvo/Dominique Hervieu. Scénographie et conception vidéo : José Montalvo. Costumes : Dominique Hervieu. Lumières : Vincent Paoli. Avec Janice Chandler-Eteme, Bess ; Derrick Lawrence, Porgy ; Timothy Robert Blevins, Crown ; Ronald Samm, Sporting’Life ; LaVerne Williams, Maria ; Magali Léger, Clara ; Rodney Clarke, Jake ; Kristin Lewis, Serena ; Bernard Abervandana, Peter ; Keel Watson, Frazier ; Odile Dovin, Lily ; Larry Hilton, Mingo ; Phumzile Sojola, Robbins ; Peter Brathwaite, Nelson ; Jean-Loup Pagésy, Jim ; Josselin Michalon, le Croque-Mort ; Daïa Durimel, Annie ; Luanda Siquiera, La Marchande de fraises ; Brian Bruce, Le Détective ; Gérard Bourgoin, Le Policier. Danseurs du Centre Chorégraphique National de Créteil et du Val de Marne/Compagnie Montalvo-Hervieu. Chœur et Orchestre de l’Opéra de Lyon (chef de chœur : Alan Woodbridge), direction musicale : William Eddins.

Porgy and Bess

Pendant près de trois heures, l’Opéra de Lyon vit le feu, l’énergie, la danse, l’éclatement vocal, la vie avec cette formidable production de Porgy and Bess de Gershwin. Nouveau venu dans le monde de la mise en scène d’opéra, le couple / fait exploser l’œuvre de Gershwin dans une débauche communicative de dynamisme relayée par une lecture admirable des drames à la fois festifs et misérables de cette communauté noire d’un bidonville de Caroline du Sud. Si on connaissait leur succès mondial avec l’opéra de Jean-Philippe Rameau Les Paladins avec William Christie), cette récidive les porte parmi les grands novateurs de la mise en scène d’opéra. Le mélange du chant avec les chorégraphies surprenantes et originales qu’ils ont créées avec leur troupe ajoute avec bonheur le langage des corps avec celui des mots du livret.

Pendant que les protagonistes déroulent l’intrigue sur le devant de leurs cases rudimentaires, sur un grand écran de fond de scène, des projections cinématographiques relaient les acteurs pour les situer dans leurs actions, soit en direct, soit en légers décalages ou encore en gros plans suggestifs, comme ces filets de sang coulant en travers de planches de bois quand Porgy égorge Crown.

Si Porgy and Bess ne jouit pas de la notoriété qui devrait être la sienne, c’est que pour les amateurs de jazz, c’est un opéra et pour les lyricomanes, c’est du jazz ! Pour les premiers, une musique écrite ne peut pas swinguer. Pour les seconds, les accents jazzy n’épousent pas les critères propres à la musique lyrique. Les premiers comme les seconds, aussi sectaires qu’ils aient pu être, ont immanquablement révisé leur jugement après avoir assisté cette fantastique production. Dans cet univers coloré et spontané d’une congrégation noire où tout est prétexte à la danse et au chant, entraînés dans un tourbillon de talents, le chef insuffle un esprit de jazz et de fête dramatique à un transformé Orchestre de l’Opéra de Lyon en même temps, que les protagonistes invitent le chœur à se surpasser. N’a-t-on jamais entendu le Chœur de l’Opéra de Lyon swinguer comme dans Yes, a woman is a sometime thing ? C’est peut-être parce que quelques minutes auparavant, la soprano (Clara) offrait un superbe Summertime qui ne devait en rien aux innombrables versions connues de cet air fameux. Ce qu’on imaginerait comme un opéra avec ses airs, ses récitatifs, se transforme ici en un véritable spectacle de rue, une fresque naturelle de la vie de gens simples qui prennent sur eux le bonheur et les malheurs du groupe. Dans ce théâtre de gens, l’authenticité artistique inonde le plateau. Quelle émotion avec la soprano Kristin Lewis (Serena) pleurant son mari dans My man’s gone now. Quelle voix et quel swing avec le plantureux ténor (Sporting’Life) offrant un It ain’t necessarily so ! savoureux d’humour. Si Porgy () apparaît vocalement presque trop beau pour le personnage, la surprise vient de l’étonnante et superbe prestation de Janice Chandler-Eteme (Bess). Coutumière du répertoire concertant et autres œuvres religieuses, la soprano s’empare du plateau avec une remarquable audace théâtrale. Colorant sa voix au gré d’un langage propre à la langue noire du sud des Etats-Unis, outre sa capacité de «dire» les textes, elle s’avère une actrice étonnante de sincérité. Sculptural, athlétique, le baryton campe un Crown rustre et violent jusque dans sa voix souvent aboyante. Petits et grands rôles se noient dans une unité de jeu qui porte chacun à briller pour le mieux du spectacle.

Et ces danseurs ! Noyés dans la foule des figurants ou du chœur, ils surgissent soudain, en arabesques coupées de gestes brusques des mains ou des bras, toujours en adéquation à une intention dramatique, comme pour souligner un mot, une phrase. Un spectacle très justement ovationné, où le couple Montalvo/Hervieu dispense son talent dans une direction d’acteurs remarquable et une continuité scénique empreinte d’un rythme époustouflant. Une leçon de théâtre musical exceptionnelle.

Crédit photographique : Bertrand Stofleth

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Lyon. Opéra. 17-V-2008. George Gershwin (1898-1937) : Porgy and Bess, opéra en 3 actes sur un livret de Ira Gershwin et DuBose Heyward sur la nouvelle Porgy de DuBose Heyward. Mise en scène : José Montalvo/Dominique Hervieu. Scénographie et conception vidéo : José Montalvo. Costumes : Dominique Hervieu. Lumières : Vincent Paoli. Avec Janice Chandler-Eteme, Bess ; Derrick Lawrence, Porgy ; Timothy Robert Blevins, Crown ; Ronald Samm, Sporting’Life ; LaVerne Williams, Maria ; Magali Léger, Clara ; Rodney Clarke, Jake ; Kristin Lewis, Serena ; Bernard Abervandana, Peter ; Keel Watson, Frazier ; Odile Dovin, Lily ; Larry Hilton, Mingo ; Phumzile Sojola, Robbins ; Peter Brathwaite, Nelson ; Jean-Loup Pagésy, Jim ; Josselin Michalon, le Croque-Mort ; Daïa Durimel, Annie ; Luanda Siquiera, La Marchande de fraises ; Brian Bruce, Le Détective ; Gérard Bourgoin, Le Policier. Danseurs du Centre Chorégraphique National de Créteil et du Val de Marne/Compagnie Montalvo-Hervieu. Chœur et Orchestre de l’Opéra de Lyon (chef de chœur : Alan Woodbridge), direction musicale : William Eddins.

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