Gewandhausorchester Leipzig et Riccardo Chailly, toujours plus près du Paradis

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 07-VI-2008. Johannes Brahms (1833- 1897) : Concerto pour violon en ré majeur op. 77 ; Arvo Pärt (né en 1935) : Cantus in memoriam Benjamin Britten ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur op. 36. Leonidas Kavakos, violon. Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, direction : Riccardo Chailly.

C’est une fin de programmation qui roule à plein régime. Prestigieux invités du cycle « Tchaïkovsky et l’esprit russe », à la tête de son orchestre du Gewandhaus de Leiptzig et le violoniste ont donné l’un des concerts les plus enthousiasmant de la saison.

Le Concerto pour violon de Brahms (1878-1879) a trouvé en un défenseur ardent. Il a su éclairer ces pages, soumises aux excès des passions, d’une confiance radieuse. Dès l’exposition, le charisme et le raffinement de l’orchestre ont tenu le soliste comme en retrait jusqu’à la cadence. L’audace qu’on lui soupçonnait a repris là sa juste place : avec une intonation impeccable, une technique agile et assurée, il sait à quel moment reprendre sa liberté. La pâte de Paganini n’est pas loin (adolescent, il a gagné le concours de Gènes). Avec la complicité d’un pupitre de bois exceptionnels, il a façonné un deuxième mouvement aux lignes généreuses et à l’émotion intériorisée. Enfin sa spontanéité a finit d’éclore dans l’Allegro giocoso final où l’accentuation du caractère hongrois était prétexte à une explosion de joie et de vitalité. S’y est mélangé le plaisir physique de la virtuosité à son faîte et du dialogue avec un orchestre en effervescence. Un soliste d’une sérénité majestueuse qui tutoie la perfection et un accompagnement à pleurer… Du grand art de tous côtés.

En deuxième partie, la Symphonie n° 4 de Tchaïkovski a bénéficié d’une vision baignée de clarté et de la minutie d’un orchestre dévoué. Dans la manière dont les pianissimi sont habités, dont les mélodies sont portées, dont la douceur fait place à la fermeté et les sonorités dialoguent (très judicieuse disposition des cuivres) le chef prouve sa profonde influence sur cet orchestre mythique (fondé en 1743). Une influence psychologique qui semble magnifier ses performances techniques et musicales. Le deuxième mouvement, émotionnellement chargé, s’est peu à peu laissé gagner par une légère langueur, amplifiée par une absence de fantaisie dans l’énonciation du thème (basson). Mais le troisième mouvement a mis à l’épreuve une cohésion inaltérable et exploré des nuances en pizzicati avec une précision (et un tempo) redoutable. Le tout, dans une atmosphère ludique. C’est particulièrement dans cette partie que s’est révélée la véracité du motto de cet ensemble : « C’est une chose sérieuse que la vraie joie». Tout aussi redoutables ont été les prouesses immaculées du piccolo, du hautbois ou celles des cordes dans l’Allegro con fuoco, pris à une allure folle.

Voici un orchestre qui s’est forgé une âme et un appétit de perfection qu’il partage avec un des plus grands musiciens actuels. Une équipe qui ne marche pas, mais vole.

Crédit photographique : – DR

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