Norah Amsellem, soprano

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Discrète dans sa patrie, la soprano française Norah Amsellem triomphe à l’international dans des rôles emblématiques comme Violetta ou Mimi. A l’opéra de Seattle, elle est Elvira dans Les Puritains de Bellini. Une prise de rôle acclamée tous les soirs par une standing ovation. L’artiste reçoit ResMusica dans sa loge au sortir de la représentation du 14 mai 2008.

Notre dossier : Art lyrique

 

ResMusica : Ces Puritains sont une vraie réussite (lire notre critique), avec une standing ovation pour toute la distribution et particulièrement pour vous et . Vous devez être satisfaite?
: Oui bien sûr. J’ai été étonnée par cette standing ovation, le public du mercredi soir est d’ordinaire plus réservé.

RM : Comment s’est passée cette prise de rôle ? Avez-vous rencontré des difficultés imprévues ?
NA : Le plus délicat dans I Puritani se situe sur le plan scénique, le troisième acte est invraisemblable. On a l’impression que le livret a été écrit à la hâte, et le retour instantané d’Elvira à la raison, comme ça, est un peu bête. J’ai donc travaillé à donner un sens dramatique à cet acte. Je ne me suis pas seulement concentrée sur la musique, j’ai fait des recherches sur la gestuelle des fous, j’ai aussi analysé les vidéos du ballet Giselle, pour comprendre comment les danseurs restituaient l’expression de la folie.

RM : Vous n’avez pas de professeur pour vous y aider? Et n’est-ce pas le rôle de Linda Brovsky, la metteur en scène ?
NA : Aujourd’hui, les metteurs en scène n’ont pas forcément le temps de travailler sur une scène pendant des jours comme il se faisait autrefois. Je dois donc faire une préparation du rôle musicale et scénique avant de me rendre à ma première répétition. Bien sûr, Linda Browsky nous a guidés par rapport à l’espace dans lequel elle nous concevait, mais c’est au chanteur d’émouvoir et de trouver le geste lié à l’émotion juste. Je n’ai pas de professeur sur place, et elle n’a donc pas pu m’aider.

RM: Pour créer Elvira, avez-vous dû vous démarquer d’autres rôles dramatiques qui ont joué une place essentielle dans votre carrière, comme celui de Violetta dans la Traviata ?
NA: Une prise de rôle, c’est une page vierge. Violetta est un personnage très différent, pour commencer, elle n’est pas folle et n’a pas du tout le même parcours émotionnel qu’Elvira. Il n’y donc pas eu de difficulté de ce point de vue. Quand on fait Traviata et qu’on en est à la soixante-dixième représentation, il faut éviter les clichés, ceux notamment de la courtisane fragile, et se garder de la routine. J’y parviens en adaptant mon jeu à la mise en scène. Si vous chantez dans une mise en scène contemporaine, vous ne bougez pas de la même façon. Pour ne pas se répéter sur scène, je vis dans le moment, je me rends réceptive à mes partenaires, je joue en osmose avec eux. Si on est dans le moment, totalement investie, l’émotion sera toujours juste.

RM : Un élément passé sous silence dans vos biographies publiées ici ou là est que vous avez fait partie de la Maîtrise de Radio-France. Est-ce que ce passage dans un chœur vous a aidée dans votre carrière de soliste ?
NA : J’étais dans la Maîtrise au moment où nous avons enregistré les films de Carmen et de La Bohème,
cela m’a permis d’être au contact des grands artistes, Lorin Maazel, Placido Domingo, Jose Carreras, Jessie Norman, Riccardo Muti, et bien d’autres… Baigner dans la musique à ce niveau, et toute jeune, a été extrêmement formateur pour moi.

RM : Que cherchiez-vous en rejoignant la Maîtrise de Radio-France. Etait-ce pour vous une étape pour devenir soliste, ou l’idée venait-elle de vos parents?
NA : Ma mère chantait, mais seulement pour elle-même, mon père jouait de la guitare, mais, ils n’étaient pas professionnels. Nous habitions à La Frette, à l’Ouest de Paris, et ils cherchaient à me faire accéder à une bonne école de la Capitale. Tout en suivant l’enseignement de la Maîtrise de Radio-France, je poursuivais mes études d’abord, dans une école des Champs-Elysées, puis au lycée Racine. J’ai étudié la harpe, très jeune, de 4 à 16 ans, puis je me suis entièrement consacrée au chant. J’étais assez insouciante à cette époque et je n’aurais jamais imaginé devenir soliste!

RM : Et quand a eu lieu le déclic, aussi bien sur l’aspect vocal que dramatique ?
NA : était mon professeur à la Maîtrise, c’est lui qui a identifié mon potentiel vocal et qui m’a présentée à mon professeur actuel, Lorraine Nubar à New York. Après le lycée, je suis partie étudier à l’Université de Princeton. Je me suis présentée au concours du Metropolitan Opera que j’ai gagné et suite à cela j’ai été sélectionnée pour participer au programme de formation des jeunes artistes du Metropolitan Opera de New-York, le Lindemann Young Artist Development. C’est seulement au cours des deux années que dure ce programme que j’ai travaillé mon jeu scénique avec un professeur d’art dramatique.

RM: Cette formation vous a ensuite ouvert les portes prestigieuses du Met, ce qui explique que vous chantiez aussi souvent aux Etats-Unis ?
NA: En fait cela s’explique surtout par mon agent, qui est américain. Ceci dit, je chante tout de même plus en Europe qu’aux Etats-Unis.

RM: On vous voit peut-être plus en Europe qu’aux Etats-Unis, mais en tout cas pas en France. Est-ce un choix de votre part ?
NA: Je ne chante jamais en France, ça me désole, car du coup je ne suis jamais chez moi. A part les Chorégies d’Orange en 2004, je n’y ai plus chanté depuis 1997. J’en ai parlé à Nathalie Dessay qui avait eu la même difficulté, il lui a fallu dix ans avant d’être invitée en France.

RM : Et quelle est votre explication ?
NA : Je ne sais pas trop. Peut-être est-ce lié au fait que je n’ai pas fait le Conservatoire, ma formation a été faite ailleurs. Cela dit je chante un récital en juillet au 25ème Festival des Heures Musicales de Biot accompagnée par Dalton Baldwin le 1er Juillet 2008, et je chanterai en 2010 aux Chorégies d’Orange.

RM : Que cherchez-vous dans les récitals?
NA : Le récital est une expérience tout à fait différente comparée à l’opéra. C’est un moyen de communiquer beaucoup plus intimiste, délicat et raffiné. On ose beaucoup plus de nuances et de couleurs que sur une scène d’opéra et l’attention au mot est beaucoup plus subtile. J’aime énormément me produire en récital. J’ai la chance de travailler avec Dalton Baldwin, ce qui me permet de savoir dans certains cas ce que voulait vraiment le compositeur, il a connu Poulenc par exemple.

RM : Après le DVD de La Traviata enregistré à Madrid chez Opus Arte, est-ce qu’il y aura un DVD des Puritains ?
NA : Non, malheureusement pas de DVD pour Les Puritains, dommage, c’est une œuvre rarement donnée. J’ai, par ailleurs, La Bohème de Puccini en CD, qui sortira fin juillet chez Telarc, dirigée par Roberto Spano avec Markus Haddock dans le rôle de Rodolfo. On annonce aussi un DVD de la Carmen de Londres, donnée en 2007 avec Anna-Caterina Antonacci.

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