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La sagesse de Bernard Haitink triomphe dans Strauss

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 19-VI-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n°25 en sol mineur K. 183 ; Richard Strauss (1864-1949) : Don Juan, poème symphonique Op. 20 ; Une vie de héros, poème symphonique Op. 40. London Symphony Orchestra, direction  : Bernard Haitink.

Mozart et Strauss, par le LSO et , on aurait pu se croire à Salzbourg du temps de sa splendeur, mais nous étions bien à Paris, et s’il restait quelques places libres, la salle Pleyel était bien garnie pour ce programme finalement pas si classique, car entendre deux poèmes symphoniques de Strauss dans le même concert est assez rare. Nous ne l’avons d’ailleurs pas regretté, ayant trouvé bien plus de satisfactions dans ces deux œuvres pour grand orchestre que dans un Mozart une fois de plus un peu perdu dans l’espace.

La Symphonie n°25 a démarré tout en douceur, sans les coups de boutoirs que certains y mettent, avec une fort réussie différentiation des cordes (il n’y avait que trois contrebasses mais on les entendait nettement). D’ailleurs pendant toute l’exécution, Haitink a clairement donné la primauté expressive aux cordes, profitant de cette assise grave solide sans être envahissante, utilisant le hautbois et les cors pour la couleur et l’accompagnement. Mais on s’est rendu compte assez vite que l’amplitude dynamique était un peu étroite, enlevant comme toujours une partie de la vie intrinsèque à toute musique. Usant de tempi relativement modérés, qui plus est peu variés, Haitink n’a pas non plus mis dans sa conduite musicale, malgré l’attention évidente portée à l’articulation, un surplus de vie qui aurait compensé le manque de puissance sonore. Ainsi tout le premier mouvement n’a pas semblé progresser, son passage central fort peu mis en évidence, n’a pas joué son rôle contrastant, et la coda est arrivée quelque peu mécaniquement. Cet aspect « mécanique » des phrasés était beaucoup moins sensible dans les mouvements suivants, qui s’écoulaient ainsi avec plus de fluidité, mais à qui il manquait toujours un surplus de dynamique pour nous emballer. Au final un Mozart un peu frustrant.

Avec Richard Strauss, et l’augmentation de volume de l’orchestre, plus de soucis de dynamique, la musique s’écoule avec une plénitude sonore jouissive grâce à un excellent London Symphony, précis, coloré, équilibré, produisant un son sans caractéristique typique, mais irréprochable de qualité. La juxtaposition de Don Juan et Une vie de héros montrait assez bien les points communs entre ces deux poèmes symphoniques, le second, plus tardif d’une dizaine d’année, reprenant en plus développé, la trame anecdotique du premier, même si le matériau thématique y est différent. Ainsi, après un bon Don Juan où nous avons retrouvé les qualités de toujours de , c’est surtout Une vie de héros qui nous a semblé le sommet de la soirée, du fait de l’ampleur de l’œuvre mais aussi de la plénitude de l’interprétation qui nous a été offerte. Certes, Haitink reste fidèle à lui-même, soigneux des équilibres sonores, rigoureux et précis dans sa direction, sans jamais se laisser aller à quelques fantaisies que cette partition pourrait permettre (on pense à son illustre prédécesseur à Amsterdam Wilhelm Mengelberg). On peut le regretter car cela peut donner, quand c’est fait avec génie, le plus qui parfois change tout, et transforme une belle interprétation en une référence gravée à jamais dans nos mémoires. Mais le très haut niveau atteint ce soir suffisait à nous convaincre que la sagesse aussi à du bon.

CRédit photographique : DR

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