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Les dérives (de) Bruno Giner

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Bagnolet, Le Théâtre l’Echangeur, 12-VI-2008 Bruno Giner (né en 1960) : Contours pour violon, marimba et petites percussions ; Jetzt pour clarinette ; Adagietto pour flûte en sol, violoncelle et piano ; Paraphrase sur Guernica de Dessau pour piano, clarinette, violoncelle et percussions ; Quatuor n°3 avec percussions pour quatuor à cordes et percussion. Ensemble L’instant donné : Caroline Cren, piano ; Saori Furukawa, Pierre-Olivier Queyras, violons ; Nicolas Carpentier, violoncelle ; Cédric Jullion, flûte ; Mathieu Steffanus, clarinette ; Maxime Echardour, percussion.

L’instant donné

Jeune ensemble instrumental voué à l’interprétation de la musique de chambre d’aujourd’hui, L’instant donné aime envisager ses concerts comme un scénario sans interruption et affectionne plus particulièrement les monographies favorisant la cohérence et l’unité d’une soirée invitant à la découverte d’une personnalité ; on se souvient, dans ce même Théâtre de l’Echangeur, du rendez-vous avec Gérard Pesson ou du portrait « sur le fil » de Frédéric Pattar.

C’est autour de la personnalité de , ce jeudi 12 Juin, que l’ensemble avait composé un programme couvrant quelques vingt années de la carrière du compositeur jusqu’à sa dernière création de 2008. A quarante huit ans, poursuit son travail d’écriture en toute indépendance, loin des querelles de chapelle, militant au contraire contre toute répression, morale et culturelle, entravant les libertés individuelles. En témoignent la publication de plusieurs ouvrages traitant de « l’épuration musicale » sous le régime nazi (cf. De Weimar à Térézine aux Editions Van de Velde en 2006), et un récent opéra de chambre intitulé Charlie analysant la montée d’un régime totalitaire. Nous entendions ce soir la paraphrase sur Guernica de Paul Dessau, pour clarinette, violoncelle, piano et percussions, un pièce d’une belle autorité de geste s’enchaînant à la courte partition pour piano du compositeur allemand qui, contraint à l’exil après 1933, poursuivra sa lutte contre la barbarie.

à la clarinette jouait au préalable la pièce la plus ancienne de cette monographie, Jetzt (1988) dans laquelle Giner sonde les potentialités de l’instrument dans ses registres les plus outrés jusqu’à demander à l’interprète le jeu simultané à deux clarinettes ! Situations extrêmes, certes, mais qui ne relèvent plus aujourd’hui du défi technique tant l’écriture semble totalement assimilée par l’interprète virtuose nous invitant à partager cette expérience d’étrangeté à travers l’écoute essentielle du son.

On relève dans l’œuvre de des affinités particulières avec la percussion, sans doute exacerbées par sa collaboration avec l’éminent interprète qu’est Jean Geoffroy. C’est à lui qu’il dédie Contours, une pièce pour violon, marimba et petites percussions de 1994 jouée ce soir, en parfaite connivence, par et . L’idée première, un autre défi, est de partir des quatre premières mesures d’une œuvre pour violon seul de Brian Ferneyhough, Intermedio alla ciaccona et d’en imaginer toutes les dérives sonores s’incarnant, sous forme de variations, dans le geste instrumental du violon et de la percussion.

Après cette conversation à deux, jouait en solo sur le zarb l’éblouissante étude de peau n°4, Mit. D’une écriture exigeante autant qu’inventive, la pièce inventorie, entre violence et sensualisme, toutes les manières de générer le son sur la peau comme sur le fût du zarb, d’en varier le grain et la résonance, d’en tester la résistance sans jamais freiner l’énergie cinétique qui le propulse. Maxime Echardour en offre une interprétation captivante, tant par la dextérité de son geste que par la concentration qui émane de son jeu.

Après Adagietto pour flûte en sol, violoncelle et piano cumulant les références, à Scelsi d’abord puisque la pièce est écrite sur une seule note, à Liszt pour ses effluves poétiques, à Mahler enfin par son titre, les solistes de L’Instant donné donnaient en création le Quatuor n°3 avec percussions, une pièce en deux mouvements qui, à l’instar de Contours, joue sur les complémentarités sonores entre les quatre cordes et la matière percutée induisant des modes de jeu inédits. L’attention est captée par l’énergie qui innerve les textures et confère à ces spéculations sonores toute leur dramaturgie. Un troisième mouvement toujours en chantier devrait donner à l’œuvre ses justes proportions. « Je suis persuadé nous dit Bruno Giner, que la vision première de l’œuvre est sonore, fugace, violente et définitive. Vient ensuite le temps de l’écriture… ».

Crédit photographique : Bruno Giner © DR

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Bagnolet, Le Théâtre l’Echangeur, 12-VI-2008 Bruno Giner (né en 1960) : Contours pour violon, marimba et petites percussions ; Jetzt pour clarinette ; Adagietto pour flûte en sol, violoncelle et piano ; Paraphrase sur Guernica de Dessau pour piano, clarinette, violoncelle et percussions ; Quatuor n°3 avec percussions pour quatuor à cordes et percussion. Ensemble L’instant donné : Caroline Cren, piano ; Saori Furukawa, Pierre-Olivier Queyras, violons ; Nicolas Carpentier, violoncelle ; Cédric Jullion, flûte ; Mathieu Steffanus, clarinette ; Maxime Echardour, percussion.

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