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Au c[h]œur de l’éternelle Russie

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Paris, salle Pleyel. 24-VI-2008. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Liturgie de Saint Jean Chrysostome op. 41 (extraits). Gueorgui Sviridov (1915-1998) : Hymnes à la patrie ; Concerto à la mémoire d’Alexandre Yourlov. Sofia Gubaïdulina (née en 1931) : Et expecto. Sergheï Rachmaninov (1873-1943) : Liturgie de Saint Jean Chrysostome op. 31 (extraits) ; Les prières vigilantes de la Sainte Vierge. Anthony Millet, accordéon. Chœur de l’Orchestre de Paris, direction : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain.

Chœur de l’

La Liturgie de Saint Jean Chrysostome est dans l’office orthodoxe l’équivalent de l’ordinaire de la messe catholique, mais en beaucoup plus long. Toutefois à l’instar du chant grégorien qui ne doit rien au saint du même nom, cette liturgie n’a qu’un lointain rapport avec ce Jean « Bouche d’Or », prêcheur assez réactionnaire d’Asie mineure à la fin de l’Antiquité. Le culte orthodoxe a banni de son chant liturgique les instruments, puisque ceux-ci ne peuvent prier. Le poids du conservatisme fut si fort que Tchaïkovski eut quelques démêlés judiciaires avec la Chapelle Impériale lors de l’édition de sa Liturgie de Saint Jean Chrysostome. Pourtant point d’effusions romantiques dans cette austère partition, l’harmonisation est simple, verticale, presque statique, et le syllabisme prône. Après un Gospodi pomiluj pour se chauffer les cordes vocales, le Chœur de l’ se lance pour trente minutes de liturgie quasi-extatique. La formation imposante de 120 chanteurs est idéale pour ce répertoire, basé sur la masse. L’importance du nombre ne change en rien les dynamiques, toujours extrêmement soignées et méticuleusement dosées par Didier Bouture qui dirigeait cette première partie de concert. Les trois Hymnes à la patrie de Sviridov qui suivent offrent moins d’intérêt : nous restons sur ce calme planant, ces couleurs sombres, toujours très bien rendues, mais l’œuvre en elle-même ne convainc pas. De même pour ce simili-entracte avec l’accordéon d’ : Et expecto de Sofia Gubaïdulina ajoute encore dans le sentiment mystique, et la lassitude engendrée par cette uniformité de l’expression empêche pleinement d’apprécier l’œuvre.

Cela ne s’arrange pas avec le Concerto à la mémoire d’Alexandre Yourlov, vaste mélopée sans paroles absolument inintéressante, malgré l’engagement physique que donne devant ses troupes. Avec la Liturgie de Saint Jean Chrysostome de Rachmaninov nous retrouvons enfin une fraîcheur qui manquait cruellement depuis le début de ce concert. Comme chez Tchaïkovski (les extraits choisis sont sur les mêmes textes) point d’effusions sentimentales, tout est retenu. Toutefois Rachmaninov ose aller plus loin dans l’utilisation de l’harmonie et du contrepoint, il profite de la masse du chœur pour doubler ou tripler certaines lignes mélodiques et n’hésite pas à utiliser le langage modal. Le Chœur de l’Orchestre de Paris défend admirablement cette partition, mais peut être pourrait-on regretter que le pupitre de basses, fondamental dans ce répertoire, ait été relégué en fond de scène. Les délicates Prières vigilantes qui concluent ce concert confirment la qualité des interprètes et ce défaut d’équilibre inhérent au placement des chanteurs. Le public, vraisemblablement peu habitué au concert classique (point de toux intempestive mais sonneries de portable à gogo) n’en a eu cure en réservant des salves d’applaudissements plus que jamais chaleureux et amplement mérités. N’oublions pas que le Chœur de l’Orchestre de Paris n’est formé que d’amateurs de (très) haut niveau. Rendez-vous en septembre pour les applaudir de nouveau durans la Missa Solemnis de Beethoven.

Crédit photographique : © DR

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Paris, salle Pleyel. 24-VI-2008. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Liturgie de Saint Jean Chrysostome op. 41 (extraits). Gueorgui Sviridov (1915-1998) : Hymnes à la patrie ; Concerto à la mémoire d’Alexandre Yourlov. Sofia Gubaïdulina (née en 1931) : Et expecto. Sergheï Rachmaninov (1873-1943) : Liturgie de Saint Jean Chrysostome op. 31 (extraits) ; Les prières vigilantes de la Sainte Vierge. Anthony Millet, accordéon. Chœur de l’Orchestre de Paris, direction : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain.

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