15e anniversaire du Festival Musique et Mémoire

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Le Festival Musique et Mémoire, en Haute-Saône, fête cette année son 15e anniversaire retrouvant avec bonheur des artistes qui l’ont accompagné dans ses évolutions tout en nous les faisant redécouvrir. « Festival laboratoire », comme le nomme son directeur artistique Fabrice Creux, Musique et Mémoire aime à confronter et à relier, musiques anciennes et contemporaines, provoquant des rencontres inédites, parfois dérangeantes et forcément innovantes créant ainsi des passerelles permettant à la musique de vivre intensément l’instant.

Le Festival Musique et Mémoire, en Haute-Saône, fête cette année son 15e anniversaire retrouvant avec bonheur des artistes qui l’ont accompagné dans ses évolutions tout en nous les faisant redécouvrir. «Festival laboratoire», comme le nomme son directeur artistique Fabrice Creux, Musique et Mémoire aime à confronter et à relier, musiques anciennes et contemporaines, provoquant des rencontres inédites, parfois dérangeantes et forcément innovantes créant ainsi des passerelles permettant à la musique de vivre intensément l’instant.

Vendredi : Les Cris de Paris, jeune chœur a capella, et leur directeur artistique nous ont offert un programme bouleversant dont il fût impossible de ressortir indemne. Ce programme offrait une mise en regard d’œuvres contemporaines, dont le De Profundis d’Arnold Schœnberg ou Géhennes de , avec les motets de Bach. Par sa force dramatique, opposant le terrifiant et glacial silence d’une musique née après la découverte de la barbarie du génocide, et celle de la flamme indicible exprimant une foi en l’humanité émanant des motets de Bach, il nous a révélé à quel point certaines rencontres aussi improbables fussent-elles, permettent de mieux percevoir tout ce que la musique peut dire, exprimer, lorsque plus aucun mot ne le pourrait.

La jeunesse enflammée des interprètes, a tétanisé toute respiration dans la nef de la basilique de Luxeuil-les-Bains, lorsque s’imposèrent à nous, les premières minutes interprétées bouches fermées de Mit geschlossenem Mund de Wolgfang Rihm. La fougue de , sa direction si précise, soulignant avec délicatesse l’infinie souffrance d’un chant qui semble vouloir s’éteindre retrouvant la force de vivre lorsque le silence s’abat. Accompagner par une basse continue sobre et extatique dans les motets de Bach, ce concert s’acheva par un Bis du Jesu meine Freude. Difficile de rendre hommage, au talent de ces jeunes interprètes, car l’âme qui les habitait ce soir, est de celle qui peut redonner vie au-delà de l’abjection.

Samedi : Quasi impossible défi à relever pour que de passer après ce premier programme, avec des musiques festives (et militaires) à la cour de Louis XIV, associant Lully et André Philidor. Car il ne peut pas ne pas y avoir plus grand hiatus entre elles et celles du premier soir. Les musiques de Lully et d’André Philidor sont celles d’une époque où la guerre était célébrée au même titre que la musique et l’agriculture comme un Art. Jouées dans les jardins de Versailles où sur les champs de Mars, par la Grande écurie, elles rythmaient la vie de cour et donc du Roi. Musiques solaires, musiques truculentes, elles oscillent entre fantaisie et poésie.

C’est dans les jardins de l’abbaye de Lure que nous aurions du les entendre, l’orage obligeant ce concert à se donner en l’église de cette ville.

en maître de cérémonie dans une mise en scène survoltée, parfois improvisée (ceci expliquant sans doute quelques petits problèmes de justesse comme dans certains déplacements où les trompettes ne sonnaient pas toujours justes) mais tellement irrésistible, a su nous faire partager sa joie et son amour à les interpréter. Il n’est qu’à entendre la Mascarade du Roy de la Chine pour saisir le sens du mot Divertissement qui sied si bien à cette musique. Le concert s’acheva au son de la Marche Turque dont le public marqua le rythme en battant des mains.

Tel un songe (pourquoi pas celui d’Atys), lorsque la musique s’achève, nous avons savouré l’instant comme un plaisir, oubliant ce monde dans l’ivresse qu’elle procure.

Dimanche : Nous avons terminé ce second week-end de Musique et Mémoire, en compagnie de deux interprètes exceptionnels, et d’une musique semblant reprendre le flambeau là où l’avait déposé 24 heures auparavant Geoffroy Jourdain. au violon baroque et au clavecin nous ont donné à entendre au-delà des mots la quintessence de la musique, les Sonates pour violon et clavecin obligé de Johan Sebastian Bach. Deux flammes vives courant l’une après l’autre. Le doigté si délié, l’archet si aérien, donnant à l’instant son éternité, l’urgence à dire, à ne jamais renoncer, à poursuivre intensément cette quête absolue qu’aucune larme ne peut éteindre. Deux flammes vives, aux couleurs flamboyantes, mais jamais éblouissantes, loin du faste et du pouvoir qui corrompt les âmes et où le songe baroque peut redevenir un idéal.

Dans un monde où l’égoïsme, l’intolérance et l’obscurantisme n’ont jamais eu autant les moyens d’hurler leur haine à la face du monde et de nous imposer un avenir sombre, la programmation et tous les interprètes de ce week-end musical, et les musiciens qui les accompagnaient, Hugo Reyne et , et , tous ont su nous souligner tout ce que la musique baroque peut nous offrir sous toutes ses facettes, multiple et autre, son sens du partage, son ouverture d’esprit, sa liberté de penser, d’oser, d’agir, de réfléchir en redonnant couleurs et force de l’espérance en une humanité qui n’a toujours pas trouvé sa voix (voie).

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