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Lang Lang, autobiographie (trop ?) précoce

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Le piano absolu. Lang Lang avec David Ritz. Jean-Claude Lattès, Paris. 304 pages. 20 euros. ISBN : 978-2-7096-3041-2. Parution Juin 2008.

 

Cette année, il ouvre les J. O. de Pékin, il est célébré par un documentaire et un livre et tout cela avec un battage marketing époustouflant. Mais quel homme n’aimerait-il pas, avant trente ans, se voir écrire une autobiographie ? Dire qu’avant même l’âge où certains commencent à vivre, d’autres dressent un bilan.

C’est le cas de , vingt six ans. Comme toute autobiographie de pop star ou d’homme politique, c’est avec l’aide d’un tiers qu’il décortique les étapes de ses succès indubitablement à une fin pédagogique. Réduire ces mémoires à un produit marketing, ce qu’elles sont en grande partie, serait toutefois réduire injustement une vie. Une vie de labeur acharné, construite avec une ténacité prométhéenne, sous les auspices d’un père tyrannique. Ce dernier, musicien frustré, planifie un avenir brillant à son fils dès ses quatre ans. Pour lui, il est prêt à toutes les privations et à se battre avec ou contre un régime politique élitiste et capricieux.

L’épisode de l’enfance, sacrifiée de bonne grâce, est riche de détails sur sa formation artistique teintée par la terrible relation avec son père, et sur le fonctionnement de la Chine communiste. Les débuts dans sa ville natale, les efforts surhumains de la famille pour sa scolarité, la pauvreté persistante, la dictature de la compétition, l’absence imposée de la mère… Une enfance bousculée par un rythme et des rêves qu’il s’approprie peu à peu. La découverte de l’Allemagne à douze ans est un des passages du livre les plus révélateur de la sensibilité native du personnage. Explosion de vie et de sensations nouvelles, c’est un éveil exaltant à une réalité qui lui parle.

Sa victoire au concours Tchaïkovski en 1995 lui ouvre la perspective d’aller aux Etats-Unis. Il y obtient une bourse à l’Institut Curtis de Philadelphie qui lui permet enfin de vivre honorablement. Il a quinze ans, son père l’accompagne, sa mère, restée en Chine, ne le reverra pas avant plusieurs années. À Curtis, son égo est mis à rude épreuve : on lui demande d’arrêter les concours qui sont sa raison de vivre ! Même l’agence qui l’a repéré ne lui propose rien qui assouvisse son appétit. Avec le Chicago Symphony ? Oui, dans dix ans. Pour lui, qui ne peut rester en place, qui a pour idoles Michael Jordan et Tiger Woods après Horowitz et Rubinstein, c’est un supplice.

En 1999, il auditionne pour Christoph Eschenbach au festival de Ravinia. Pendant des heures, il enchaîne les compositeurs et le lendemain, huit heures, on l’appelle pour remplacer le soir-même André Watts au festival. Après le concert, maestro Eschenbach lui demande les Variations Goldberg en séance privée : une journée invraisemblable qui marque le début de la reconnaissance. Celle du public, mais surtout celle des aînés. Les choses s’enchaîneront ensuite avec quelques dates clés comme la rencontre en 2002 de Daniel Baremboim qui deviendra l’un de ses mentors, en 2003 un récital au Carnegie Hall, …

Après Ravinia, malgré l’avalanche de propositions et l’invitation des plus grands orchestres américains, la Chine le boude. Quand cette dernière apprend qu’il n’a aucun concours récent à son actif, elle manque de refuser sa venue avec l’Orchestre de Philadelphie en 2001. C’est un curieux retour des choses pour celui qui, à quatorze ans, avait joué devant le président chinois. Versatilité d’un régime qui l’accueille aujourd’hui en ouverture des Jeux Olympiques…

Quelques confidences en forme de résolutions referment ces mémoires : la recherche d’une vie équilibrée contre un acharnement monomaniaque, l’apaisement face aux critiques et l’engagement humanitaire. Ouvrage à portée didactique, il témoigne du rôle du travail face auquel le talent apparaît bien accessoire… Sève d’une vie et nourriture de tout artiste, c’est bien la leçon à retenir.

Petit rappel du DVD de sorti en 2006

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Le piano absolu. Lang Lang avec David Ritz. Jean-Claude Lattès, Paris. 304 pages. 20 euros. ISBN : 978-2-7096-3041-2. Parution Juin 2008.

 
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