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Felicity Lott illumine de sa présence le Festival de Prades

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Prades. Festival Pablo Casals. Abbaye Saint-Michel de Cuxa. 7-VIII-2008. Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor pour piano et cordes en mi bémol majeur op. 47 ; Frauenliebe und Leben ; Hugo Wolf (1860-1903) : Italienisches Liederbuch pour soprano et ensemble instrumental, arrangement de Ralph Gothoni (né en 1946) ; Jan Talich, violon ; Vladimir Bukac, alto ; Petr Prause, violoncelle ; Itamar Golan, piano ; Dame Felicity Lott, soprano ; Philippe Bianconi, piano ; Olivier Charlier, Philippe Graffin, violons ; Hartmut Rohde, alto ; Philippe Muller, violoncelle ; Niek de Groot, contrebasse ; Vincent Lucas, flûte ; Jean-Louis Capezzali, hautbois ; Carlo Colombo, basson ; Marie-Louise Neunecker, cor ; Thierry Caens, trompette ; Fabrice Pierre, harpe ; direction : Michel Lethiec.

Festival Pablo Casals 2008

Dès son origine, le Festival de Prades a bénéficié du concours exceptionnel, mais à plusieurs reprises, d’une Diva admirée dans le monde entier. Il s’agissait de la regrettée Victoria De Los Angeles. Pablo Casals lui-même ne résistait pas au plaisir de l’accompagner au piano. Il se trouve que ce soir, un peu de cette magie s’est retrouvée à Saint Michel de Cuxa avec la venue pour la première fois de Dame . Des qualités communes ont été évidentes entre les deux Diva. Charme de la personne, classe inouïe, contact personnel avec le public, diction millimétrique, voix magnifique, art du chant consommé et par-dessus tout une musicalité hors paire. a offert ce soir à un écrin digne de son talent et la musique a triomphé dans une plénitude rare.

En introduction à ce concert, le quatuor pour cordes et piano de Schumann était une excellente idée. Les solistes réunis ce soir ont donné une interprétation qui fera date par son énergie, sa vitalité et sa joie de vivre. Les membres du associés à ont créé une synergie dont la puissance semblait infinie. Quel plaisir de voir , bouillonnant derrière son clavier, arriver à canaliser de justesse sa vigueur, mais toujours capable de relancer ses complices. Le charme des sonorités des cordes a été proche de l’envoûtement, la délicatesse des phrasés, la mélancolie fugace, la profondeur jamais tragique ont affleuré grâce à ces interprètes sensibles. Le final inclassable et très original de cette superbe partition a été le moment le plus fantastique en raison d’une complicité et d’une écoute rare entre ces interprètes d’exception. Mais ce qui restera c’est la joie de faire si belle musique ensemble, provoquant l’enthousiasme du public.

Le contraste a été saisissant avec l’entrée de Dame Felicity Lott, suprêmement élégante et de qui en une intériorisation non dénuée de théâtralité mesurée ont offert une interprétation exemplaire du cycle «L’amour et la vie d’une femme», cycle probablement le plus connu de Schumann. Vivant intensément sur son beau visage les émotions variées proposées par les vers de Von Chamisso, Felicity Lott a dit ce texte avec une élégance et un naturel qui forcent l’admiration. Chaque mot est compris, ressenti, offert ; le public n’en perd pas une intension. Le piano de très à l’écoute des subtilités de la cantatrice y a répondu avec tact et poésie. La pureté de cette musique a rarement été aussi évidente. Et lors du seul lied triste, le dernier qui évoque la mort de l’homme aimé, Felicity Lott qui jusque-là avait semblé utiliser toutes les couleurs imaginables en a trouvé de nouvelles véritablement poignantes. Avec , le postlied au piano a gardé ce caractère d’intériorité proche de la résignation, refusant toute l’ostentation qu’un simple pianiste ne résisterait pas à y déployer. Il s’agissait bien mieux ici d’un vrai duo de poètes particulièrement émouvant qui a été très applaudi après un moment de silence recueilli.

Après la pause s’est mis en place un bien étrange orchestre, qui a été dirigé par , avant que ne revienne, superbe et souriante, Dame Felicity Lott.

Le culot d’oser orchestrer le bijou que représente l’Italianisches Liderbuch de Wolff n’est pas mince. Force est d’admettre que c’est mieux qu’une réussite, il s’agit d’une révélation. Les instrumentistes, trop nombreux pour être tous cités, sont tous d’éminents solistes et des chambristes parfaits, leurs extraordinaires qualités ont contribué à la réussite de ce concert. Ou peut t-on trouver pour une deuxième partie de concert une telle brochette de solistes sinon à Prades ? Cette partition de Ralph Gothoni crée à Stuttgart en 2003 a été donnée ce soir en première française. L’implication de tous en a fait une réussite exceptionnelle. Feliciy Lott avec beaucoup d’esprit s’est approprié ces textes très variés, certains tendres, d’autres moqueurs et grinçants voir même cruels. Sa parfaite diction, ses expressions de visage impayables, son sens du théâtre ont répondu aux trouvailles d’orchestration de Ralph Gothoni mettant en lumière comme jamais la modernité et la richesse de la partition de Wolff. Ces dix-huit mélodies se sont déroulées avec aisance dans une limpidité totale, presque trop vite. Les qualités qui permettent à Felicity Lott de s’investir dans les rôles les plus nobles comme la Comtesse et la Maréchale, et les plus espiègles dans les opérettes d’Offenbach, ont été utilisées ce soir avec un art de l’effet minimaliste hors du commun, réalisant une sorte de concentré d’esprit, d’humour et de musicalité. Chaque instrumentiste a eu des moments qui mettaient en valeur son instrument, chacun a été d’une concentration extrême pour réussir à la perfection parfois juste quelques notes (mais quelles notes !), tous ont été brillantissimes, stimulant Felicity Lott dont le visage reflétait le plaisir de cet accompagnement délicieux et plein d’esprit.

Deux bis ont été donnés au public, enthousiaste, dont Wie lange schon…. où faisant mine de se plaindre du violon, Felicity Lott a fini par accepter de se laisser charmer par le trille de l’altiste Hartmut Rohde, dans un jeu de scène improvisé inénarrable. Tous, les musiciens comme le public, ont bien senti avoir partagé un moment de communion musical hors du temps en raison de l’entente parfaite entre ces fins musiciens.

Crédit photographique : photo © Romain Baldet

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Prades. Festival Pablo Casals. Abbaye Saint-Michel de Cuxa. 7-VIII-2008. Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor pour piano et cordes en mi bémol majeur op. 47 ; Frauenliebe und Leben ; Hugo Wolf (1860-1903) : Italienisches Liederbuch pour soprano et ensemble instrumental, arrangement de Ralph Gothoni (né en 1946) ; Jan Talich, violon ; Vladimir Bukac, alto ; Petr Prause, violoncelle ; Itamar Golan, piano ; Dame Felicity Lott, soprano ; Philippe Bianconi, piano ; Olivier Charlier, Philippe Graffin, violons ; Hartmut Rohde, alto ; Philippe Muller, violoncelle ; Niek de Groot, contrebasse ; Vincent Lucas, flûte ; Jean-Louis Capezzali, hautbois ; Carlo Colombo, basson ; Marie-Louise Neunecker, cor ; Thierry Caens, trompette ; Fabrice Pierre, harpe ; direction : Michel Lethiec.

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