Mantovani à Besançon, Mozart et l’absurde

La Scène, Opéra, Opéras

Besançon, Nouveau Théâtre. 20-IX-2008. Bruno Mantovani (né en 1974) : L’enterrement de Mozart, conte musical sur un livret d’Hubert Nyssen. Création scénique. Mise en scène et costumes : Jeanne Roth ; décors : François Bancilhon ; lumières : Cédric Baudic. Avec : Olivier Coiffet, le visiteur ; Jean-Manuel Candenot, le vieillard ; Kaoli Isshiki, Elise Deuve, Mareike Schellenberger, les voix. Ensemble Musicatreize, direction : Roland Hayrabédian.

Sixième des sept contes musicaux commandés par (avec Les sorcières, Conte nomade, L’arbalète magique, Le grand dépaysement d’Alexandre le Grand et Antti Puuhaara, le septième est à venir), L’enterrement de Mozart créé dans le cadre du Festival de Besançon n’a qu’un très lointain rapport avec l’illustre compositeur. Le livret, signé Hubert Nyssen, fondateur des éditions Actes Sud, est un drame de l’absurde, enfant adultérin de Ionesco ou Beckett avec Lacan. Une matière riche à mettre en musique, ce qu’a réussi avec maestria , qui finissait en cette journée ses trois années de résidence à Besançon et en Franche-Comté. Un passant voit dans une échoppe du quartier latin de Paris la gravure dite de «l’enterrement de Mozart», en réalité une œuvre anonyme de la fin du XVIIIe intitulée Le convoi du pauvre et qui aurait été rebaptisée, selon la légende, par Beethoven… Déjà de l’absurde à plus de deux siècles d’écart. Le passant entre, et surgit un vieillard hirsute qui ne comprend que ce qu’il veut bien comprendre. S’en suit un dialogue de sourds, commenté par les trois voix, peut être réminiscences des trois dames de La flûte enchantée ? Le passant, éberlué, part, sans la gravure, et sans avoir eu l’impression de vivre cet instant. La gravure est restée dans l’échoppe : sans elle, personne n’entrerait.

La partition de se fait aussi riche et touffue que le livret d’Hubert Nyssen. L’écriture vocale y est très tendue, au détriment de la compréhension des paroles parfois, mais c’est bien là le seul défaut. Si l’arsenal des sonorités acoustiques du XXe siècle est rassemblé (sons multiphoniques, microtonalité, jeu sous le chevalet, etc) c’est toujours dans un but expressif, sans volonté d’étalage. L’instrumentation (en l’occurrence clarinette, violon, alto, violoncelle, contrebasse, piano et percussions) est inventive, la verve mélodique inépuisable, la vitalité rythmique constante. Jamais l’attention du spectateur ne peut se relâcher dans ce condensé de 55 minutes. Les interprètes défendent becs et ongles cet objet lyrique qui ne les épargne pas, avec une facilité trompeuse et déconcertante. La mise en scène de Jeanne Roth ne fait que magnifier texte et musique, sans jamais mettre en avant l’un au détriment de l’autre.

Nous voici en présence d’une forme réussie de mariage entre théâtre et musique. Dommage que mis à part une prochaine représentation à Marseille, aucune production de cet Enterrement de Mozart ne soit prévue. L’œuvre a plus d’un tour de séduction dans son sac.

Crédit photographique : © Yves Petit

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