Le Poème Harmonique : La quintessence de la musique

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Cathédrale Saint Maclou, Pontoise, Festival de Musique baroque. 28-IX-2008. Nova Metamorfosi. Aquilino Coppini ( ?- 1629). Claudio Monteverdi (1567-1643). Claire Lefilliâtre, Catherine Padaut (Sopranos). Jan Van Elsacker, Hugues Primard, Serge Goubioud (Ténors). Bruno Lelevreur (alto). Arnaud Richard (baryton). Philippe Roche (basse). William Dongois, cornet à bouquin ; Jérémie Papasergio Tamby, dulciane – Kaori Uermura, dessus de viole ; Sylvia Abramowicz, basse de viole – Isabelle Saint Yves, basse de viole ; Françoise Enock, violone ; Jean Luc Tamby, basse de cistre luthé – Frédéric Rivoal, orgue positif. Le Poème Harmonique. Théorbe, guitare baroque et Direction : Vincent Dumestre.

Le XXIIIe festival de Pontoise a choisi cette année pour thème conducteur les métamorphoses dont l’époque baroque, et surtout sa musique, aimait à se jouer.

Le programme «Nova metamorfosi» de et son Poème Harmonique semble en être la quintessence.

Ce florilège de musiques profanes détournées par les compositeurs du début du XVIIe siècle à Milan, sous la pression des exigences exorbitantes du concile de Trente prouvent l’ingéniosité humaine face à la répression. Ces pièces se parent ainsi de couleurs et de diaprures ensorcelantes, faisant fi des textes latins greffés souvent artificiellement. La preuve est éclatante, le langage de la musique va droit au cœur, et les mots ne peuvent y faire obstacle. Monteverdi lui-même avait repris le lamento d’Arianne sur un texte religieux. Ici l’analyse de détail des pièces présentées nuirait à retranscrire l’émotion de ce concert, mais Monteverdi lui est bien présent. Dans un ordre légèrement différent du CD portant le même titre, ce concert se construit d’une pièce avec des stations mais sans rupture dans la solution de continuité de l’émotion musicale. Ce n’est pas un mince paradoxe de ce programme, dire si bien des textes dont le sens est complètement superflu ! Car comment une telle émotion si dégagée du sens des textes peut –elle se construire si sûrement ? En fait les chanteurs du Poème Harmonique sont habités d’une telle flamme qu’ils donnent un sens profond quasi universel aux mots qu’ils distillent pourtant avec une grande précision. Diction impeccable, voix très assorties dans une homogénéité et une complémentarité totales, nuances extrêmes, précisions des attaques et phrasés d’une subtilité unique sont quelques une de leurs qualités. Du point de vue strictement vocal quelques prouesses se détachent comme la splendeur de timbre et de ton de la basse ou l’art délicat des diminutions et des abellimenti de Claire Leffiliâtre. Chaque chanteur est non seulement un musicien délicat mais surtout un coloriste utilisant sa voix pour des nuances semblant illimitées. Et quelle suavité dans les mariages de timbres par deux trois, quatre, cinq et plus. De mini duos de sopranos, ou de ténors, des trios de voix graves tous les plaisirs que la voix humaine peut procurer sont présents.

Les instrumentistes partagent la même virtuosité et la même recherche de couleurs inouïes. Le chiarottone saute aux yeux dans sa forme évoquant un crocodile et un son proche du clavecin (modèle unique recrée pour ce programme d’après un modèle utopique dans un musée viennois !). Le théorbe de offre un contraste et un complément idéal. Le concert de violes est d’une élégance rare et d’une suavité extrême. Le cornet à bouquin est d’une grande élégance et d’une sensualité pressante, un duo avec le dessus de viole tient du prodige dans un rapprochement de sonorités irréelles. Le basson clair de est capable de colorer le son et de phraser à l’infini. Certaines sonorités rauques font sursauter tandis que la douceur d’un légato liquide se marie admirablement avec les voix. On aurait tord d’oublier l’accompagnement au sens amoureux de l’orgue idéal de Frédéric Rivoal

La direction de Vincent Dumestre, discret et assis, toute de délicatesse, suggère plus qu’elle n’impose à ces amis des phrasés et des courbes sensuelles irrésistibles.

Le public enivré, hypnotisé, n’a applaudit qu’en toute fin de programme, sonné, et triste à pleurer que tant de beauté ne puisse se perpétuer à l’infini. Un bis a prolongé ce concert dont la seule indélicatesse, mais douloureuse, est de nous renvoyer à la finitude de tout, même du plaisir musical….

Crédit photographique : photo © R. Davies

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