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Beau succès pour la difficile sonate de Furtwängler

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Paris. Eglise Luthérienne de Saint-Marcel. 11-X-2008. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour piano et violon n°3 en ré mineur op. 108. Wilhelm Furtwängler (1886-1954) : Sonate pour violon et piano n°2 en ré majeur. Sophie Moser, violon ; Katja Huhn, piano

Concert de la Société

Brahms et Furtwängler sont deux noms intimement liés dans la mémoire des mélomanes, tant le chef allemand a laissé d’impressionnantes interprétations des symphonies de son compatriote, presque contemporain, puisque le jeune Wilhelm avait déjà onze ans à la mort de Brahms. De nombreux enregistrements, publiés sous différents labels, montrent un chef particulièrement inspiré, tour à tour puissant, survolté, déchaîné, émouvant, dirigeant les Philharmonies de Vienne et de Berlin (sans oublier l’Orchestre de Hambourg dans une Symphonie n°1 de légende) comme personne alors ni depuis, faisant tout le prix de ces témoignages exceptionnels, et une partie (aux côtés de Beethoven, Bruckner et Wagner, entre autres) de la gloire du chef. Mais, nous le savons bien, celui-ci aurait voulu faire de la composition sa principale activité, et être reconnu par la postérité pour ses œuvres plus que pour ses interprétations. Cela ne sera sans doute jamais le cas, mais ses compositions, de style résolument romantique, ne déméritent pas et les entendre en concert n’est pas sans intérêt. C’est ce qu’a pensé la Société , en organisant, à l’occasion de son Assemblée Générale, ce concert gratuit ouvert à tous, permettant ainsi au public de découvrir une autre facette du musicien à travers une de ses compositions majeures, accompagnée par une sonate de Brahms. Judicieux choix.

Pour interpréter ces deux œuvres, ce sont deux jeunes artistes russo-germaniques qui se sont attelées à cette redoutable tâche avec un réel succès dans la longue sonate de Furtwängler, ce qui n’était pas joué d’avance vue la difficulté de l’œuvre. Mais c’est Brahms qui ouvrit le concert avec la Sonate n°3 et ses quatre mouvements relativement courts au découpage classique. Et si nous avons eu une légère inquiétude au début lorsque la violoniste appuya un peu trop ses effets d’archet, nous fûmes vite rassurés car sitôt la courte introduction passée, le phrasé retrouva simplicité et naturel, ce qui, allié à un bon choix de tempo, à un bon engagement dynamique sans faute, à une sonorité réellement prenante du violon, à un équilibre et une entente piano violon parfaitement réussis, aboutit à une interprétation, certes assez classique mais très vivante et de fort belle tenue, méritant nos applaudissements, surtout rapportée à l’âge encore précoce de nos deux artistes, dans une œuvre où la maturité est habituellement un atout.

Avec la longue sonate de Furtwängler, la difficulté et les risques montaient d’un cran. Héritage de Brahms et Schubert plus que de Beethoven, avec quelques accents de César Franck (dont le chef était un excellent interprète de la Symphonie en ré mineur), cette œuvre aux thèmes assez simples voire presque «naïfs», tire tout son intérêt de sa structure en longs développements qui, comme on peut s’en douter, nécessite de la part des interprètes un souffle au long cours, un sens aigu de l’animation interne à chaque section, une puissance expressive et une dynamique quasi symphoniques (du pppp au ffff), ne donnant jamais la part belle à la pure virtuosité ou à l’effet facile. On l’aura compris, le compositeur demande ici à ses interprètes des qualités que le chef a lui-même développées au plus haut point. Et si la pianiste et la violoniste n’ont évidemment pas encore le génie ni l’expérience du chef, elles en ont manifestement, consciemment ou inconsciemment, retenu la leçon, s’emparant à bras le corps de ce texte difficile, réussissant à lui insuffler vie et dynamique, ne perdant jamais l’équilibre ni la ligne directrice, sachant bien éviter les baisses d’intérêt qui guettent ici où là, bref un bien beau travail. Et même, à dire vrai, sans doute la meilleure interprétation de cette œuvre que nous ayons entendue à ce jour. Elle reçut d’ailleurs un accueil plus que chaleureux d’auditeurs qui, pour la plupart, la découvraient ce soir, qui plus est dans d’excellentes conditions sonores, la proximité avec les instruments étant un atout irremplaçable en musique de chambre. Notons que le duo Moser-Huhn enregistrera ce mois-ci pour MPG l’exact programme joué ce soir. Pour finir, trois généreux et brillants bis permirent d’apprécier la virtuosité des deux artistes, culminant dans d’excellentes Danses roumaines de Bartok.

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Paris. Eglise Luthérienne de Saint-Marcel. 11-X-2008. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour piano et violon n°3 en ré mineur op. 108. Wilhelm Furtwängler (1886-1954) : Sonate pour violon et piano n°2 en ré majeur. Sophie Moser, violon ; Katja Huhn, piano

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