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La comédie mais en sourdine

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Paris, Opéra Garnier. 14-X-2008. Bedřich Smetana (1824- 1884) : Prodaná nevešta [La fiancée vendue], opéra comique en 3 actes sur un livret de Karel Sabina. Mise en scène : Gilbert Deflo. Décors et costumes : William Orlandi. Chorégraphie : Micha van Oecke ; Avec : Christiane Oelze, Marenka ; Ales Briscein, Jeník ; Franz Hawlata, Kecal ; Christoph Homberger, Vašek ; Oleg Bryjak, Krušina ; Martina Dike, Ludmila ; Stefan Kocán, Mícha ; Helene Schneiderman, Háta; Heinz Zednik, le maître de manège ; Amanada Squitieri, Esmeralda ; Ugo Rabec, l’indien. Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Winfried Maczewski), direction : Jiří Bĕlohlávek

La fiancée vendue, depuis longtemps déjà au répertoire des grandes maisons telles que le Met (Mahler la dirigeait en 1909), Milan (1905) ou encore Londres (1907), entre cette saison à l’Opéra de Paris. Mais en version originale, s’il vous plaît.

Opéra comique ou, plus justement, drama giocoso, le plus populaire des neufs opéras de Smetana (1866) s’intéresse au très sérieux problème du mariage forcé à la campagne. Aussi rigide dans ses institutions que riche dans son folklore, l’arrière pays tchèque est le cadre idéal au développement d’une tragi-comédie simple et fluide, non dépourvue de profondeur. Smetana s’y inspire de Mozart, Rossini (airs et récitatifs) comme de Wagner pour arriver à ses fins.

Devenue rapidement un symbole, l’œuvre est dépositaire d’une identité nationale marquée mais non exhibée. Elle est habitée par une veine populaire qui transparaît dans une gaîté solide et saine (paillarde ou enfantine, dans l’Ode à la bière de l’acte II ou la danse et le cirque de l’acte III). Elle prend même la forme d’une philosophie de vie, comme chez certains personnages éminemment positifs (Jeník, le héros sans famille, parti chercher bonne fortune dans le monde), S’y côtoient un idéal de simplicité, de pureté et une profondeur dramatique (« je préfère rester seule et vivre toujours dans la fidélité » dit Marenka). Sans jamais basculer de l’autre côté du miroir, l’histoire recèle des points d’ombre : le passé de Jenik, le soupirant, ou la figure de Vašek, le promis de Marenka. Immature, bègue, paranoïaque, le pauvre hère incarne non seulement l’idiot du village mais une réalité tragique d’autant plus manifeste et risible qu’entourée de légèreté.

Confiée à une distribution efficace, une direction sur mesure et une mise en scène honorable, cette version a eu son lot de réussites. Le décor technicolor d’une campagne aux allures communistes a misé sur les couleurs saturées pour donner « l’entrain irrésistible » dont a manqué la direction d’acteurs. Outre la chorégraphie de l’acte III et l’amusant clin d’œil au catalogue des belles du Don Giovanni de Losey pour « Elle a deux vaches et un beau ptit veau,… », la plus grande trouvaille de cette dernière réside dans le personnage de Vašek. Homme- enfant, chaussettes d’écolier et chapeau de clown, traînant un ballon suspendu, suçant son pousse, elle tire tout le potentiel de ce personnage intemporel incarné par l’excellent .

Dans les rôles titres de Marenka et Jeník, et Ales Briscein ont su discerner le caractère astucieux et candide de leurs personnages, aidés par un timbre savoureux pour la première, lumineux pour le second. Outre un manque d’équilibre avec l’orchestre, on peut regretter leur investissement prudent et un jeu de scène encore emprunté (Jeník) ou irrégulier (Marenka) qui n’ont pas favorisé l’entrée dans l’histoire. , alias Kecal le marieur fanfaron, a maîtrisé avec désinvolture les lois de la basse bouffe et apporté, avec Christophe Homberger, ce qu’il faut de comique à l’ensemble. Même succincts, les seconds rôles (Krušina, Esmeralda, Mícha,…) ont bénéficié d’un casting remarquable dont on regrette le court passage sur scène : air d’Esmeralda, quintette a capella de l’acte III ….

L’orchestre, en bonne forme mais trop peu adepte des nuances, confirme une impression générale : « le meilleur est à venir ». Il a manqué à cette vision ce pétillement et cette audace propres à la comédie humaine…. qu’elle soit latine ou slave.

Crédit photographique : (Marenka) © Sébastien Mathé / Opéra National de Paris

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Paris, Opéra Garnier. 14-X-2008. Bedřich Smetana (1824- 1884) : Prodaná nevešta [La fiancée vendue], opéra comique en 3 actes sur un livret de Karel Sabina. Mise en scène : Gilbert Deflo. Décors et costumes : William Orlandi. Chorégraphie : Micha van Oecke ; Avec : Christiane Oelze, Marenka ; Ales Briscein, Jeník ; Franz Hawlata, Kecal ; Christoph Homberger, Vašek ; Oleg Bryjak, Krušina ; Martina Dike, Ludmila ; Stefan Kocán, Mícha ; Helene Schneiderman, Háta; Heinz Zednik, le maître de manège ; Amanada Squitieri, Esmeralda ; Ugo Rabec, l’indien. Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Winfried Maczewski), direction : Jiří Bĕlohlávek

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