Artistes, Compositeurs, Portraits

Ralph Vaughan Williams (1872-1958)

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A la seule évocation d’un compositeur anglais, il y a fort à parier que le mélomane français imaginera un style à la fois sentimental et pompeux, à moins que, comme le producteur Walter Legge, il ne classe Vaughan Williams parmi les compositeurs «agraires», bons pour les «jours de marché». Il serait dommage de s’en tenir à ces idées discutables et de ne pas découvrir le compositeur anglais le plus important de la première moitié du XXe siècle, tant par la richesse de son œuvre que par la qualité de son inspiration.

A sa mort, le critique Desmond Shawe-Taylor le saluera ainsi comme «the very voice of England», de la même façon que Sibelius a été la voix de la Finlande, et Grieg celle de la Norvège. C’est en effet dans les paysages et les chansons de l’Angleterre au sens strict qu’il puise son inspiration, et on ne trouvera guère chez lui de pièces de genre ou de marches à la gloire de l’empire britannique.

Bien que né trois ans avant Elgar, Vaughan Williams est beaucoup moins ancré dans la tradition symphonique allemande du XIXe siècle. Il est aussi moins cosmopolite et moderniste que son cadet Britten, dont il n’atteindra jamais la renommée internationale. C’est donc une voie toute personnelle qu’il suit, se forgeant un style propre à partir d’influences successives : entre 1897 et 1906, il commence par une formation au Royal College of Music et à Berlin, auprès de Max Bruch, puis il se rend à Paris, où il se lie avec Ravel et découvre Debussy. Parallèlement, il approfondit son goût pour les folksongs de la campagne anglaise, qu’il collecte et édite. Enfin, il possède une bonne connaissance du patrimoine musical anglais.

Vaughan Williams n’était guère à l’aise avec le piano et la musique de chambre ; en revanche, il a composé des mélodies, des pièces chorales sacrées et surtout un imposant ensemble de neuf symphonies qui résument son évolution stylistique sur plus de quarante ans, et feront l’objet d’un article à venir. En marge des tendances musicales du continent, il laisse une œuvre marquée par des atmosphères rêveuses, comme dans la Fantaisie sur un thème de Tallis (1910), pour orchestre à cordes, ou la Sérénade à la musique (1938), pour 16 chanteurs et orchestre. Fondé sur une orchestration raffinée et sur un langage souvent modal, son art poétique et mystérieux atteint une dimension poignante dans The lark ascending (1914), pour violon et orchestre, et dans Flos campi, pour alto, chœur et orchestre (1925), pièce inspirée du Cantique des cantiques. Ailleurs, la réécriture de folksongs confère un humour nostalgique à ses opéras, notamment Hugh the drover (1924) et Sir John in love (1929), sur le thème de Falstaff. Néanmoins, d’autres œuvres sont d’une tonalité plus sombre, comme le drame intimiste de Riders to the sea (1937), sur les femmes de pécheurs dans les îles d’Aran, ou le mystère tiré du Pilgrim’s progress de Bunyan (1951).

La composition n’est que l’une des nombreuses activités de cette vie humblement et totalement dévouée à la musique : il est aussi chef de chœur, chef d’orchestre, professeur au Royal College of Music, et il refuse aussi bien de se poser en chef de file que d’être anobli, attitude caractéristique chez cet humaniste meurtri par les conflits mondiaux.

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