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François-Frédéric Guy : fin du marathon Beethoven

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Paris. Cité de la musique. 16 & 17-X-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n°27 en mi mineur op. 90 ; n°28 la majeur op. 101 ; n°29 « Hammerklavier » en si bémol majeur op. 106 ; n° 30 en mi majeur op. 109 ; n°31 en la bémol majeur op. 110 ; Sonate n°32 en ut mineur op. 111. François-Frédéric Guy, piano.

Les deux concerts dont nous rendons compte ici clôturaient un projet très intéressant de la Cité de la Musique, consistant à faire exécuter dans l’ordre chronologique, les intégrales des sonates pour piano de Beethoven et de l’œuvre pour piano de Debussy par deux pianistes, respectivement et Alain Planes. Cet arbitraire parti pris prend évidemment tout son sens pour ceux qui pouvaient assister à une, ou mieux encore, aux deux intégrales in extenso, l’expérience consistant à suivre l’évolution d’un compositeur tout au long de sa vie risquant d’être passionnante. Sans doute peu d’entre nous ont pu la réaliser totalement, mais quelques uns ont pu en profiter partiellement. Pour notre part, nous avons assisté aux deux derniers concerts de la série Beethoven, avec les sonates n°27 à 32.

avait déjà réalisé une intégrale en concert à Monaco du 7 au 13 avril 2008. Il s’agissait alors de sa toute première intégrale, jouant d’ailleurs certaines sonates pour la première fois à cette occasion. Il a entrepris par ailleurs l’enregistrement de ces sonates et des concertos pour piano pour Naïve. Les concerts avaient lieu dans l’Auditorium de la Cité de la Musique, salle de dimension raisonnable à l’acoustique peu réverbérée, permettant une bonne perception de toutes les nuances de timbre ou de dynamique réalisées par le pianiste. Ce qui est déjà fondamental. Trois sonates étaient programmées chaque soir, avec le sommet absolu après l’entracte, l’immense «Hammerklavier» le premier soir, et la géniale op. 111 le second. Paradoxalement ce sont les deux sonates jouées en ouverture de chaque concert qui nous ont paru les plus réussies, car les plus naturelles, les plus fluides, les plus cohérentes dans leur réalisation. D’ailleurs, peut-être effet d’une fatigue, bien compréhensible dans un tel marathon, certains relâchements digitaux ou approximations se sont fait sentir ici ou là, plus rares en début de concert qu’ensuite, ce qui a participé aussi à la perception plus «propre» des Sonates n°27 et n°30.

Caractériser le style de François-Frédéric Guy n’est pas si aisé car son interprétation n’était pas exagérément typée dans un sens ou un autre. On sentait d’ailleurs clairement que le pianiste ne voulait pas se laisser enfermer dans un style précis, mais laissait libre cours à son inspiration du moment. Dans dix ans peut-être jouera-t-il très différemment. Mais pour l’heure le souci de clarté et de lisibilité semblait prédominer dans chaque section de chaque mouvement, au détriment de la fameuse grande ligne qui conduit de la première à la dernière note en donnant l’impression que la partition ne pouvait prendre un autre chemin. Les différences entre les sections étaient de fait bien marquées, parfois avec des respirations et des ralentissements un poil appuyés, mais l’unité de chaque œuvre n’était pas la première chose qui sautait aux oreilles. Ainsi, la musicalement très difficile Sonate n°28 souffrait sans doute plus que les autres de ce déficit de fluidité et d’unité que bien peu de pianistes ont réussi à surmonter. La recherche du romantisme et l’émotion immédiate ne nous a pas semblé non plus le but visé, exception faite dans les mouvements lents joués avec une retenue parfois digne du grand Richter. Sans doute avec raison d’ailleurs, ces sonates pouvant fort bien s’accommoder d’une lecture rigoureuse fuyant les effets. Ainsi en allait-il des nombreuses fugues où Beethoven a essayé de retrouver, moderniser et dépasser le modèle issu de Bach, jouées de façon presque sensa expressionne, plus en cadence qu’en rythme, par François-Frédéric Guy. On saluera par ailleurs l’équilibre très réussi des lignes, le parfait dosage dynamique des deux mains, et si nous avons légèrement égratigné l’artiste pour avoir sous exposer la grande ligne de chaque œuvre, la cohérence et la personnalité de sa conception, l’homogénéité de son exécution, étaient sans faille. Ce qui, allié à une bonne acoustique, nous permit d’entendre du très beau piano.

Crédit photographique : © Guy Vivien

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Paris. Cité de la musique. 16 & 17-X-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n°27 en mi mineur op. 90 ; n°28 la majeur op. 101 ; n°29 « Hammerklavier » en si bémol majeur op. 106 ; n° 30 en mi majeur op. 109 ; n°31 en la bémol majeur op. 110 ; Sonate n°32 en ut mineur op. 111. François-Frédéric Guy, piano.

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