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Ian Bostridge dans un jardin anglais

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Salle des fêtes du Musée d’Orsay. 23-X-2008. Benjamin Britten (1913-1976) : Trois divertimenti pour quatuor à cordes ; Quatuor-Fantaisie op. 2 ; Frederick Delius (1862-1934) : La Calinda ; Air and dance ; Ralph Vaughan Williams (1872-1958)  : Suite de ballet pour flûte et piano ; On Wenlock edge ; William Alwyn (1905-1985) : Trio pour flûte, violoncelle et piano. Ian Bostridge, ténor  ; The Nash Ensemble of London.

Le plaisir d’entrer dans la splendide salle des fêtes du Musée d’Orsay était malheureusement assez vite assombri par une acoustique difficile et par les bruits de circulation sur les quais. Le programme, quant à lui, évoquait un jardin anglais : de beaux massifs de fleurs étaient séparés par des étendues de gazon beaucoup moins intéressantes, mais tout aussi soigneusement mises en valeur par de merveilleux jardiniers. Le gazon, c’était l’impressionnisme gracieux de Delius, la jolie Suite de ballet de Vaughan Williams, et un trio désossé d’Alwyn : malgré l’excellence du , on pouvait regretter que des compositeurs aussi rarement joués en France soient représentés par des œuvres secondaires.

En revanche, les deux pièces de Britten, écrites entre dix-neuf et vingt ans, n’étaient en rien mineures. On comprenait mieux les Trois divertimenti pour quatuor à cordes quand on lisait dans le programme que leur titre original était Alla quartetto serioso : Go play, boy, play, une référence ludique à l’un des quatuors les plus tourbillonnants de Beethoven, et aussi aux derniers mots de Madame Butterfly. Cette œuvre tout aussi virtuose que subversive annonce par moments la musique de chambre répétitive. Quant au Quatuor-Fantaisie pour hautbois et cordes, il révèle combien Britten maîtrisait déjà la couleur et la structure (parfaitement cyclique, ici). La seule chose qui lui manquait encore était une véritable émotion : la relecture du romantisme de Brahms, que Britten n’appréciait guère, tourne un peu trop à la parodie.

Le trésor de ce jardin anglais était le cycle On Wenlock edge, six poèmes d’Alfred E. Housman (1859-1936), brillant latiniste de Cambridge. Sur ces textes étranges et subtils, Vaughan Williams a composé des mélodies poignantes, accompagnées par les textures délicates d’un quatuor avec piano. Deux mélodies sont particulièrement remarquables : la troisième, Is my team ploughing, est un dialogue fantomatique entre un jeune homme mort et son ami encore vivant. Dans la cinquième, Bredon Hill, l’accompagnement figure de façon saisissante les cloches qui résonnent dans les collines pour annoncer le mariage du héros, avant de se transformer en glas pour sa fiancée. Pâle et distingué comme un personnage de Virginia Woolf, incarnait parfaitement le héros de ce cycle mélancolique, et, sans les maniérismes qu’on peut lui reprocher au disque, il fascinait par son art du chant et de la diction.

Crédit photographique : © Sheila Rock

 

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