Quatuor Danel / IRCAM : les sons tournoient dans l’air du soir

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Espace de projection de l’IRCAM. 13-XI-2008. Sebastian Rivas (né en 1975) : Orbis tertius pour quatuor à cordes et dispositif électronique ; Franck Bedrossian (né en 1971) : Tracés d’ombres pour quatuor à cordes ; Florence Baschet (né en 1955) : StreicherKreis pour quatuor à cordes « augmenté » et dispositif électronique (création mondiale). Wolfgang Rihm (né en 1952) : Neuvième quatuor à cordes. Quatuor Danel : Marc Danel, violon ; Gilles Millet, second violon ; Vlad Bogdanas, alto ; Guy DanelSerge Lemouton, Benjamin Thigpen, réalisation informatique ; Technique IRCAM.

Il y avait foule ce jeudi 13 novembre pour le premier concert du cycle « Quatuor » initié par l’ à l’espace de projection. Le y donnait la création très attendue de , StreicherKreis, fruit d’un long travail engagé avec les équipes de recherche de l’ sur le quatuor « augmenté » afin de développer de nouveaux modes de communication et d’interaction entre les instruments et le dispositif électronique. Pour se faire – et c’était une grande première en matière de réalisation informatique – six capteurs étaient posés sur les archets permettant aux instrumentistes, en fonction de leurs coups d’archet, d’agir sur les paramètres des transformations sonores. StreicherKreis franchit très certainement une nouvelle étape dans la synchronisation entre partition instrumentale et partition électronique, Quant au résultat sonore donné à entendre sur une durée de vingt cinq minutes, s’il interpelle au départ en fixant l’écoute sur le rendu des effets interactifs, il s’achemine assez vite vers l’uniformité du geste et la neutralité rythmique sans que l’on puisse véritablement apprécier les finesses du projet musical.

Le résultat qu’obtient dans Orbis Tertius, troisième et dernière pièce d’un cycle pour cordes et électronique (après Tlön pour alto et dispositif et Uqbar pour violoncelle et dispositif) est plus jubilatoire. Travaillant de même sur les réponses de l’électronique en phase avec les gestes des quatre interprètes (mais sans capteur sur les archets cette fois), Rivas neutralise totalement la sonorité des cordes au profit d’un flux très énergétique des sons de synthèse qui ne dispensent pas les instrumentistes d’un investissement physique redoutable.

Aucun répit n’était d’ailleurs concédé ce soir aux Danel (exceptionnels) qui enchaînaient avec Tracés d’ombres de , ce maître « es démesure » qui renonce ici aux chimères de l’électronique et tord le coup au beau son pour travailler dans la saturation instrumentale et « articuler l’excès » selon ses propres termes. Le phénomène saturé y est « organisé, contrôlé, planifié » loin des limites du jeu instrumental traditionnel pour opérer un déplacement de l’écoute qu’appelle de ses vœux le compositeur. Donnés en avril dernier par l’ que dirigeait alors , les trois mouvements de ce quatuor – non dirigés ce soir – communiquent mieux encore l’énergie du geste déployé par les instrumentistes – à la limite du contrôle comme le demande Bedrossian – qui met le son à vif et génère cette transe de l’écoute dont on ne ressort jamais indemne.

Ce concert à haut voltage se terminait par le Neuvième quatuor à cordes (1992-1993) de (il en est à son douzième !) qui nous immergeait durant vingt cinq minutes dans un flot d’idées musicales d’une respiration plus libre mais non moins fascinante. Prônant l’errance formelle – « l’absence de direction comme projet » selon ses termes – Rihm entend disposer librement de tous les matériaux harmoniques possibles qui génèrent dans le Neuvième quatuor des zones sonores très hétérogènes flirtant avec la consonance ou crispées en des nœuds de tension plus dramatique selon une conduite labyrinthique qui nous invite à ne jamais perdre le fil : une expérience temporelle que les Danel nous faisaient vivre avec une intériorité et une force expressive confondantes.

Crédit photographique : ©

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