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Christoph von Dohnányi & le NDR Sinfonieorchester : Flamme … où es tu ?

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 22-XI-2008. Richard Strauss (1864-1949) : Till Eulenspiegels lustige Streiche op. 28 ; Métamorphoses op. 142. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°2 en ut majeur op. 61. NDR Sinfonieorchester Hamburg, direction  : Christoph von Dohnányi.

Il faut croire que les mélomanes parisiens n’avaient pas été irrésistiblement attirés par ce programme résolument germanique, défendu par des interprètes tout aussi teutons, car ils n’avaient, en cette soirée un peu frisquette d’automne, rempli la salle Pleyel qu’au 3/4. On pouvait pourtant imaginer que nous aurions là des exécutions exemplaires de Strauss et de Schumann, tant orchestre et chef, ensemble ou séparément, s’y étaient déjà illustrés dans le passé. Les absents ont-ils eu tort ? … Pas totalement…

Car il faut bien l’avouer, ce concert a été une légère déception que nous attribuerons à deux facteurs principaux, l’un purement musical, l’autre fondamentalement sonore. Commençons par ce dernier, car il explique en partie et aggrave certainement le premier. Il nous a en effet semblé que chef et orchestre étaient tombés dans le piège habituel tendu par l’acoustique de la salle Pleyel, où il ne faut pas hésiter à creuser les nuances dynamiques si on veut les rendre perceptibles à tout le public présent et pas seulement à ceux qui sont suffisamment proches des instrumentistes. Or ce soir, dès le Till introductif, nous avons senti comme un léger manque de puissance sonore qui ne permettait pas de jouir pleinement de cette spectaculaire partition, sans pour autant la gâcher. Mais dans Métamorphoses, joué avec l’effectif officiel de vingt trois cordes solistes, qui plus est dans un esprit très musique de chambre, les dégâts étaient irrémédiables. Plus aucun fortissimo n’était perceptible, tout semblait joué dans un doux et paisible piano culminant au plus fort de la bataille en mezzo forte. Ce qui rend complètement impossible la compréhension de cette œuvre, très originale dans sa forme comme dans ses effectifs, et pleine de vie pour qui sait animer les différents épisodes, mais encore faut-il s’en donner les moyens sonores. Au point que cette écoute nous a fait regretter que n’ait pas osé tricher, comme un autre célèbre « von », augmentant les effectifs afin, tout simplement de se faire entendre ! Quand il faut, il faut !

Musicalement parlant, il nous a également semblé que le chef avait légèrement perdu la flamme, usant de tempi très réguliers, métronomiques, sans imagination, et de phrasés respectueux mais sans plus. Ce qui ne sera que légèrement pénalisant pour Till, mais là encore redoutable pour Métamorphoses où il ne s’est à peu près rien passé, même l’arrivée du célèbre motif de la Marche funèbre de la Symphonie « Héroïque » de Beethoven tombait comme un cheveu sur la soupe. Pourtant l’ensemble des cordes du NDR semblait de qualité, capable d’une belle harmonie et d’une grande douceur, réussissant un superbe pianissimo conclusif, mais il fallait sans doute être placé sur le podium à la place du chef pour profiter pleinement du reste.

Le meilleur moment sera quand même la Symphonie n°2 de Schumann. Certes, elle aussi a souffert du même déficit en dynamique sonore qui avait frappé avant l’entracte, mais la direction, très noblement « kapellmeister », de Dohnányi était ici plus adéquate que dans Strauss, et permettait à cette musique de s’écouler très classiquement mais très proprement, sans faute de goût ni de tempo. Dommage qu’il ait manqué un peu de jus. Comme ce concert a été enregistré par France Musique, il faudra guetter sa diffusion, car elle permettra peut-être, grâce à une perspective sonore plus favorable, d’ajuster la perception plus que mitigée que nous a laissée le concert de ce soir.

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 22-XI-2008. Richard Strauss (1864-1949) : Till Eulenspiegels lustige Streiche op. 28 ; Métamorphoses op. 142. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°2 en ut majeur op. 61. NDR Sinfonieorchester Hamburg, direction  : Christoph von Dohnányi.

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