Une hirondelle sans fard

La Scène, Opéra, Opéras

Nice. Opéra, 9-XII-2008. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Rondine, comédie lyrique en 3 actes sur un livret de Giuseppe Adami. Mise en scène : Lorenzo Amato ; décors et costumes : Nall ; éclairages : Valerio Alfieri ; chorégraphie : Giancarlo Stiscia. Avec : Daria Masiero, Magda ; Giorgio Casciarri, Ruggero ; Diletta Rizzo Marin, Lisette ; Florian Laconi, Prunier ; Andrew Oakden, Rambaldo ; Stéphanie Loris, Ivette ; Alexia Ercolani, Bianca ; Christine Tocci, Suzy. Chœur de l’Opéra de Nice (chef de chœur : Giulio Magnanini), Ballet de l’Opéra de Nice, Orchestre Philharmonique de Nice, direction musicale : Alberto Veronesi

La Rondine

Disons le sans ambages, cette soirée niçoise ne fut pas à la hauteur de ce que l’opéra de Nice nous propose d’ordinaire. On ne peut pas dire que c’était mauvais, c’était juste fade et sans saveur. Les voix étaient faibles, trop faibles, sans puissance. Lorsque la puissance était là c’était plutôt une confusion criarde, comme sur la fin de l’acte II, lors du ballet, lui-même confus et inégal. Les voix inégales entre elles et en elles-mêmes ne s’épousaient pas, à dire vrai elles n’ont pas vraiment été de concert, sauf peut-être dans la scène finale. L’ensemble manquait de relief et d’unité. Inattendu pour du Puccini, surprenant quand on connaît l’habitude qu’ a de Puccini.

Déconcertant au regard de ce qui pourtant est une des qualités habituelles de l’. Même si l’on considère La Rondine comme une œuvre secondaire de Puccini, tout du génie du compositeur italien est là. La mélodie est bien marquée de sa patte. Pourtant l’exécution n’a jamais réussi à rejoindre Puccini. Un constant sentiment d’inachevé, d’inaccompli, a traversé la soirée. Toute la puissante légèreté qui fait cette marque aérienne de Puccini, n’est jamais parvenue à s’exprimer. Les nombreuses valses d’inspiration viennoise plombaient littéralement la ligne mélodique par des premiers temps trop lourds et trop présents. Au lieu de l’habituelle fluidité, ce fut une œuvre discontinue et hachée tant par la lourdeur de l’orchestre que par la faiblesse des voix. Un manque flagrant d’unité qui de ce fait gâcha ce qu’il y avait d’individuellement bon, réduisant la partition à une succession de « passages » juxtaposés et déséquilibrés.

L’explication de Laurent Crozier dans le livret de présentation n’est pas satisfaisante. Si Puccini s’est peut-être fourvoyé en choisissant ce livret, cela n’a pas transformé la qualité de sa composition en une recension de « perles » sans unité que seule la mise en scène permettrait de rapprocher. C’est en revanche ce que nous a livré l’opéra de Nice ce soir, une ligne musicale décomposée et alourdie avec de nombreuses longueurs.

Le public, du reste, ne s’est pas laissé tromper, en saluant par de simples applaudissements de courtoisie les chanteurs et en réservant plus de chaleur au très beau couple de danseurs campant avec grâce l’amour. Donnant raison à Laurent Crozier, la mise en scène fut dès lors le fil conducteur d’une soirée qui s’éternisait. Costumes et décors ont porté agréablement le déroulement scénique, de qualité mais surdimensionné pour une musique de Puccini qui d’ordinaire se suffit à elle-même, comme de nombreux metteurs en scène (pensons par exemple à ) l’ont compris ; la thèse, développée ici, de l’art total semblant simplement pallier l’insuffisance musicale.

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