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Bouleversante Cio-Cio-San blonde d’Aušrinė Stundytė

La Scène, Opéra, Opéras

Cologne, Opernhaus. 19-XII-2008. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly, tragédie japonaise en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Patrick Kinmonth ; décors et costumes : Patrick Kinmonth/Darko Petrovic ; lumières : Hans Tœlstede. Avec : Aušrinė Stundytė, Cio-Cio-San ; Andrew Richards, B. F. Pinkerton ; Viola Zimmermann, Suzuki ; Miljenko Turk, Sharpless ; Andrés Felipe Orozco Martínez, Goro ; Jeongki Cho, Le Prince Yamadori ; Wilfried Staber, Le Bonze ; Adriana Bastidas Gamboa, Kate Pinkerton ; Abraham Singer, Le Commissaire ; Eriko Yamashiro, La Mère ; Akkiko Sawatari, La Tante ; Cordula Hack, La Cousine. Chœur de l’Opéra de Cologne. Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Enrico Delamboye.

Une Cio-Cio-San blonde ? A vrai dire, nous avions d’abord du mal à croire nos yeux. Et pourtant, c’est bien cela ce que a imaginé pour sa première mise en scène d’opéra, une nouvelle production de Madama Butterfly à l’Opéra de Cologne. Pour éviter tout exotisme pittoresque, le fidèle décorateur de Robert Carsen a transposé l’action aux années 1950 tout en radicalisant l’intrigue. Ainsi, Miss Butterfly n’est plus qu’une geisha, mais une véritable prostituée, le «zio Bonzo» étant son souteneur. C’est pour fuir ce milieu qu’elle épouse Pinkerton. Peut-être l’emmènera-t-il un jour aux Etats-Unis ? Pour mieux plaire à son mari, elle endosse des vêtements occidentaux et met une perruque à la Marilyn Monrœ. Ce n’est qu’au dernier moment de la pièce, juste avant son suicide, qu’elle met fin à ce déguisement pour redevenir japonaise dans la mort – certainement le moment le plus fort d’une production par ailleurs dense et très réussie. Car, contrairement à d’autres néophytes de la mise en scène, Kinmonth s’avère un maître de la direction d’acteur. Dans un décor minimaliste, suggérant habilement une maisonnette japonaise, il met l’accent sur la psychologie des personnages et les relations entre eux.

Pour ce faire, Kinmonth dispose d’un ensemble très homogène et globalement très convaincant. En premier lieu, il faut nommer la formidable , troupière de l’Opéra de Cologne depuis quelques années, qui semble avoir trouvé dans Cio-Cio-San le rôle de sa vie. Elle ne trouve aucune difficulté dans un rôle pourtant très prenant vocalement et interprète le personnage avec une telle conviction, une telle intensité que l’on oublie vite quelques petites duretés du timbre. Sa scène de mort d’une expressivité hors normes a arraché les larmes à plus qu’un spectateur. Pinkerton est chanté par . Avec un physique plus américain que nature, il incarne à merveille le jeune homme superficiel et insouciant. Son timbre assez métallique convient également au rôle, mais on regrette un aigu par moments un peu crispé ne lui permettant pas d’accompagner sa bien-aimée dans le contre-ut final du grand duo d’amour. Rien à redire, en revanche, en ce qui concerne le Sharpless profondément humain de Miljenko Turk (une prise de rôle). Avec son timbre radieux, son chant nuancé et sa présence scénique il est un choix de luxe pour cet emploi. De même Viola Zimmermann, malgré un timbre moins exceptionnel, campe une Suzuki très convaincante à la fois vocalement et scéniquement.

Tous ces chanteurs ont trouvé un grand soutien dans la fosse. Rarement avons-nous entendu le Gürzenich-Orchester aussi à l’aise dans la répertoire italien. Vents brillants, bois souples et cordes charnus, l’orchestre a tissé un tapis merveilleux aux solistes. Veillant à ne jamais couvrir les chanteurs, a montré une grande affinité avec le phrasé puccinien – une lecture sensible et émotionnelle sans pour autant sombrer dans le kitsch.

Crédit photographique : (Cio-Cio-San) & (Pinkerton) © Klaus Lefebvre

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